Amillénarisme

Du repos à la rupture – Jérémie au cœur de la dissonance prophétique

Simon Arseneault
Simon Arseneault
12/12/2025·6 min read

Série sur l'amillénarisme ( 3 sur 8 )

Introduction : Du repos à la rupture – Jérémie au cœur de la dissonance prophétique

Dans l’article précédent, nous avons contemplé le sabbat comme type eschatologique : non seulement mémorial de la création, mais promesse d’un repos en Christ déjà inauguré. Le sabbat, disions-nous, chantait l’espérance d’un Royaume invisible, instauré par la résurrection, en contraste avec les attentes millénaristes terrestres.

Mais qu’en est-il lorsque ce repos est méprisé ? Lorsque le peuple rejette le Dieu de l’Alliance et transforme ses rythmes saints en routines mortes ? C’est ici que l’expérience prophétique de Jérémie prend le relais.

Alors que le sabbat préfigurait la délivrance et la restauration, Jérémie incarne le temps de la rupture. Il est le témoin douloureux de l’effondrement d’un monde désacralisé. Là où le sabbat annonçait le Royaume, Jérémie annonce l’exil. Là où le repos était offert, c’est désormais le jugement qui s’impose. Et pourtant, au cœur même de ce chaos, résonne encore la promesse : celle d’une alliance nouvelle, d’un cœur renouvelé, d’un Royaume indestructible.

Développement : La fin du sabbat mosaïque, le repos messianique et l’universalité du règne

Le message de Jérémie, la prière de Daniel et la conclusion des Chroniques forment une séquence canonique et théologique puissante. Jérémie annonce que la terre sera dévastée et qu’elle jouira de ses sabbats (Jr 25.11 ; 2 Ch 36.21) ; Daniel discerne que l’accomplissement de cette parole approche (Dn 9.2) ; enfin, les Chroniques en tirent une lecture théologique rétrospective, liant l’exil à l’infidélité sabbatique d’Israël. Cette dynamique préfigure un changement d’alliance : ce qui est en jeu n’est pas seulement un jugement, mais une reconfiguration du repos divin dans le Christ.

Le sabbat de la terre violé par Israël pointe vers un repos plus profond que le simple repos agricole ou hebdomadaire. Ce repos, comme le montre l’épître aux Hébreux (He 4.9-11), reste à venir pour le peuple de Dieu, non dans la continuité d’un sabbat mosaïque renouvelé, mais dans l’entrée dans l’œuvre achevée du Christ. La mention des « soixante-dix ans » trouve ici une portée symbolique : la terre jouit de ses sabbats parce que Dieu met un terme à l’ancienne économie.

Daniel, lorsqu’il lit Jérémie, ne s’attend pas à un simple retour en Israël ou à une reprise du cycle mosaïque. Sa prière (Dn 9.3-19) est une confession d’alliance, et la réponse qu’il reçoit (vv. 24-27) oriente vers l’onction du Saint des saints, la fin des sacrifices, l’inauguration d’un règne qui dépasse les frontières géographiques. Comme l’a noté Geerhardus Vos, cette structure canonique est déterminante : elle démontre une économie progressive de la révélation, culminant dans la venue du Messie et l’introduction d’une nouvelle création.

Ce basculement se confirme dans la conclusion de 2 Chroniques, qui note que la terre a reposé « tous les jours de sa désolation ». Cette note finale fonctionne comme un sceau théologique : le repos du sabbat ancien est désormais consommé dans le jugement. Ce repos, désormais, ne sera plus une obligation légale répétitive, mais une réalité eschatologique offerte en Christ.

C’est là que le dimanche chrétien prend sa place, non pas comme un sabbat transposé, mais comme le mémorial du repos achevé (Jean 19.30) et de la nouvelle création inaugurée par la résurrection. L’« ombre des choses à venir » (Col 2.16–17) s’est dissipée à l’aube du premier jour de la semaine. Le repos n’est plus un cycle imposé, mais une communion avec le Ressuscité.

Certains systèmes futuristes, notamment prémillénaristes, attendent encore un règne terrestre où Israël, restauré selon la chair, observerait à nouveau les fêtes et les sabbats. Mais cette lecture fait fi du mouvement canonique qui voit le sabbat atteint dans le Christ. Elle ramène les ombres après l’arrivée de la réalité. Le royaume ne doit pas être reporté à un âge futur, mais reconnu dans l’exaltation actuelle du Christ (Actes 2.33–36 ; 1 Co 15.25). Comme l’explique Anthony Hoekema, le millénium n’est pas une phase future, mais la réalité présente du règne du Christ depuis son ascension.

Ce que certains différeraient à un millénium terrestre, les Écritures l’installent dans le règne céleste du Messie. La terre s'est reposé. Le sabbat mosaïque est tombé. Le Fils de l’homme est monté. Et dans ce règne — déjà inauguré mais non encore consommé — le vrai repos est proclamé à toutes les nations.

Transition et application : Du sabbat consommé au sabbat transfiguré

À l’issue du troisième article, nous avons vu comment le jugement sabbatique prononcé par Jérémie, accompli dans l’exil et compris par Daniel, signalait la fin d’un âge et l’inauguration d’un repos supérieur, accompli en Christ. Ce repos, désormais détaché de la terre d’Israël et de ses cycles, trouve son centre dans la personne du Fils glorifié, qui appelle les siens à entrer dans un sabbat céleste. Ce déplacement radical de perspective constitue le cœur de la vision amillénariste : le Royaume est réel, mais il est d’en-haut (Col 3.1-4).

Cette vision culmine sur une autre montagne : celle de la Transfiguration. Là où Jérémie dénonçait les faux espoirs d’un rétablissement immédiat, Jésus révèle la vraie restauration dans la gloire du Père. Là où la terre d’Israël reposait dans la désolation, le Fils se révèle dans la nuée, prémices d’une nouvelle création. La transition de l’exil au règne se fait non par la reconquête politique, mais par la résurrection et la révélation du Christ comme le vrai Temple et le vrai Sabbat.

Comme l’enseigne Calvin, Dieu « s’accommode à notre faiblesse » et déploie progressivement la vérité du Royaume à travers les types et les figures, mais l’accomplissement se trouve uniquement dans le Christ. En Lui, le repos sabbatique, l’exil et la restauration trouvent leur pleine signification.

C’est donc à la lumière de cette montagne de gloire que nous poursuivrons notre méditation : la Transfiguration, sommet prophétique et christologique, éclaire le passage de l’ancienne alliance jugée à la nouvelle alliance révélée, et nous oriente vers l’espérance finale d’un sabbat cosmique — non pas un retour en Éden, mais une entrée dans la Jérusalem céleste.

Bibliographie indicative

Calvin, Jean. Commentaire sur Jérémie. Genève : Kerygma, rééd. 2009.

Hoekema, Anthony A. The Bible and the Future. Grand Rapids : Eerdmans, 1979.

Vos, Geerhardus. Biblical Theology: Old and New Testaments. Edinburgh: Banner of Truth, 1975.

Venema, Cornelis P. The Promise of the Future. Edinburgh: Banner of Truth, 2000.

Schreiner, Thomas R. The King in His Beauty: A Biblical Theology of the Old and New Testaments. Grand Rapids: Baker Academic, 2013.

Simon Arseneault

Autodidacte en théologie. Je suis passionné pour le Seigneur et sa Parole , elle m'a transformer et continue de le faire. Je partage ici le fruit de cet appel.

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