Série sur l’amillénarisme (6/8)
Partie 1/2
Du temple invisible aux ténèbres visibles : résistances spirituelles dans une perspective amillénariste
Introduction – De la couronne céleste au champ de bataille terrestre
L’article précédent nous a conduits à contempler le règne céleste et présent du Christ, couronné dans les cieux comme Roi de gloire. Ce règne, bien que caché aux yeux du monde, structure l’histoire et donne à l’Église son identité de peuple pèlerin, militant et triomphant. L’amillénarisme n’est pas un désengagement, mais une lecture lucide du siècle présent à la lumière de la souveraineté du Christ.
Dans cette continuité, nous proposons une analyse spirituelle des résistances idolâtres persistantes. Les hauts‑lieux antiques, les visions mensongères et les puissances déchues trouvent aujourd’hui de nouvelles formes. L’amillénarisme offre une grille cohérente pour discerner ces réalités et y résister.
I. L’idolâtrie contemporaine : des hauts‑lieux aux autels invisibles
L’Ancien Testament dénonce l’érection des hauts‑lieux et des poteaux d’Achéra (1 Rois 14:23 ; 2 Rois 17:9‑12). Aujourd’hui, ces cultes se réactualisent sous forme d’idéologies séduisantes : prospérité, syncrétisme, mysticisme évangélique.
Calvin rappelle : « Tout culte non conforme à la révélation divine est, en dernière analyse, une insulte à Dieu. » (Institutes, I.11).
Ces idolâtries infiltrent parfois les communautés chrétiennes lorsque l’expérience ou le ressenti supplantent l’Écriture. Paul rappelle que le vrai temple est le croyant habité par l’Esprit (1 Co 3:16 ; Éph 2:21). Blocher souligne : « Nous sommes le sanctuaire du Dieu trois fois saint. »
II. Quand Dieu se tait : la fausse lumière et le vrai silence
L’épisode de Saül consultant la voyante d’En‑Dor (1 Sam 28) illustre la dérive d’une foi vidée de sa substance. Davis commente : « Quand la parole est rejetée, les ténèbres ne tardent pas à se faire guides. »
En 1 Rois 22, un esprit de mensonge trompe les prophètes d’Achab. Bavinck rappelle : « Dieu ne fait pas que permettre les desseins du mal — il les gouverne pour sa gloire. » (Dogmatique, IV).
Ce motif traverse le Nouveau Testament : en Jean 11, le silence de Jésus face à la mort de Lazare devient scène de gloire. Dieu agit dans l’attente et la douleur, révélant sa souveraineté.
III. Le faux prophète et l’espérance charnelle
Jérémie 28 oppose Hanania et Jérémie : l’un promet une restauration rapide, l’autre annonce l’exil. Ellul note : « Le faux prophète peint la réalité avec les couleurs du désir. »
Cette tension demeure actuelle. L’amillénarisme refuse à la fois le triomphalisme politique et la fuite mystique. Il affirme que le Royaume est déjà là, spirituellement et invisiblement, et que le combat continue jusqu’à la consommation.
IV. L’amillénarisme comme herméneutique cohérente
Contrairement au prémillénarisme qui attend un règne terrestre futur, ou au postmillénarisme qui espère une croissance graduelle, l’amillénarisme enseigne que Christ règne déjà depuis le ciel (Ap 20:4‑6 ; Éph 1:20‑23). Le « millénium » est une image symbolique de la période entre résurrection et retour.
Cette perspective :
- reconnaît la présence des puissances (Éph 6:12) sans leur accorder autonomie,
- voit l’histoire comme champ de bataille dominé par l’Agneau (Ap 5:6 ; 17:14),
- appelle à la fidélité dans le monde, jusqu’à l’apparition du Roi.
Beale résume : « L’Agneau vaincra. Ce n’est pas un souhait, c’est l’annonce de l’histoire. »
Conclusion – Le règne du Christ et la fidélité des saints
Romains 8:28 rappelle que toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu. Cela inclut les ténèbres, les illusions et les épreuves. Rien n’échappe au Christ.
L’amillénarisme engage à vivre comme temples vivants, à résister aux faux cultes et à proclamer la victoire de l’Agneau. Paul écrit : « Il vous a été fait la grâce non seulement de croire en Christ, mais encore de souffrir pour lui » (Ph 1:29).
Notes
1. Calvin, Institutes, I.11.
2. Blocher, La doctrine du péché, Excelsis, 2003.
3. Davis, 1 Samuel: Looking on the Heart, Christian Focus, 2000.
4. Bavinck, Dogmatique, IV.
5. Ellul, Apocalypse, La Table Ronde, 1975.
6. Hoekema, The Bible and the Future, Eerdmans, 1979.
7. Beale, The Book of Revelation, NIGTC, Eerdmans, 1999.
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