Série sur l’amillénarisme, article 2/8
Le rôle eschatologique du sabbat et son rapport à la délivrance
Introduction : Le sabbat, souffle d’espérance
Le sabbat n’est pas une institution cérémonielle révolue ; il est une figure eschatologique, une ombre projetée par la lumière du Royaume. Institué dans le repos créateur de Dieu, déployé dans la loi mosaïque, accompli dans la résurrection du Christ, il anticipe le repos éternel réservé au peuple de Dieu.
Justin Martyr affirmait : « Le sabbat est l’image de la vie future » (Dialogue avec Tryphon, 23). Dans la perspective amillénariste réformée, le sabbat est inséparable de la délivrance : délivrance d’Égypte (Ex 20), de l’endettement (Lv 25), et ultimement de la servitude du péché et de la mort (Rm 6–8). Le repos sabbatique devient ainsi l’anticipation visible d’un Royaume invisible, inauguré en Christ mais encore à révéler dans sa plénitude.
1. Du mémorial à la promesse
Exode 20:8‑11 fonde le sabbat sur la création : Dieu travailla six jours puis se reposa. Deutéronome 5:12‑15 l’enracine dans la rédemption : « Tu te souviendras que tu as été esclave en Égypte, et que l’Éternel t’en a fait sortir. »
Cette double racine — cosmique et historique — révèle un rythme théologique qui conduit vers Christ. Augustin résume : « Nos cœurs sont sans repos tant qu’ils ne reposent en toi » (Confessions, I.1).
Hébreux 4:9 parle d’un « repos sabbatique » (sabbatismos) réservé au peuple de Dieu : non une observance rituelle, mais une entrée par la foi dans le repos du Christ exalté. L’amillénarisme affirme que ce repos est déjà en cours pour ceux qui sont en Christ (2 Co 5:17), tout en anticipant sa consommation finale.
2. Le jubilé messianique
Le jubilé (Lv 25) est l’aboutissement du cycle sabbatique : effacement des dettes, libération des esclaves, restauration des héritages. Calvin y voit « la préfiguration de la restauration universelle sous le règne du Messie » (Commentaires sur le Lévitique).
Lorsque Jésus proclame l’accomplissement d’Ésaïe 61 à Nazareth (Lc 4:16‑21), il inaugure le jubilé messianique. La croix devient le grand effacement (Col 2:14), la libération (Gal 5:1) et la restauration de l’héritage céleste (Éph 1:11).
Dans la perspective amillénariste, ce règne libérateur n’est pas différé à un millénium terrestre, mais il est déjà actif par la croix et la résurrection, bien qu’encore caché (Col 3:3). Contrairement au postmillénarisme, il ne s’agit pas d’une transformation graduelle des structures sociales, mais d’une libération spirituelle et céleste.
3. Le Christ, sabbat vivant
Jésus déclare : « Le Fils de l’homme est maître du sabbat » (Mc 2:28). Il ne l’abolit pas, mais l’accomplit et le révèle. Le sabbat devient une personne : « Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués… et je vous donnerai du repos » (Mt 11:28).
Ce que le septième jour annonçait est réalisé dans la résurrection du premier jour, inaugurant une nouvelle création. Bavinck souligne : « Le repos eschatologique n’est pas le renoncement à l’activité, mais sa transfiguration dans la paix de Dieu » (Dogmatique réformée, IV.700).
Le sabbat est désormais christocentrique, vivant et personnel. Il contraste avec les lectures légalistes qui cherchent à rétablir l’observance mosaïque, et avec les lectures futuristes qui repoussent le repos à un règne terrestre.
4. Application : Pratiquer le repos de Dieu
Vivre le sabbat en Christ est un acte prophétique de résistance dans un monde dominé par l’activisme et l’angoisse. Il rappelle que nous ne nous justifions pas par nos œuvres. Keller note : « Le sabbat est un acte de libération. Il nous arrache à l’esclavage de l’autojustification » (The Meaning of Marriage, p.174).
Le croyant devient un signe du Royaume, confessant que le Christ est déjà sur le trône. Le sabbat est une liturgie du temps : un rythme incarné où l’Église témoigne du règne invisible de Dieu.
Conclusion : Le sabbat, matrice du Royaume
Le sabbat et le jubilé ne sont ni des reliques du passé ni des utopies futuristes ; ils sont des matrices prophétiques du Royaume. Ils orientent vers la création originelle, la croix centrale et la cité céleste à venir (Hé 13:14). Origène affirmait : « Le sabbat est l’introduction du monde à venir » (Homélies sur le Lévitique, XIII.1).
Dans la perspective amillénariste réformée, chaque sabbat vécu en Christ est un avant‑goût de la Jérusalem céleste, une anticipation de la résurrection et un acte de foi contre le monde présent.
Bibliographie
- Justin Martyr, Dialogue avec Tryphon.
- Augustin, Confessions.
- Jean Calvin, Commentaires sur le Lévitique.
- Herman Bavinck, Dogmatique réformée.
- Origène, Homélies sur le Lévitique.
- Timothy Keller, The Meaning of Marriage.
- Louis Berkhof, Systematic Theology.
La suite dans le 3e billet sur Jérémie et l'excursus prophétique.
0 Comment