Série sur l'amillénarisme 1/8
Le sabbat et l’amillénarisme : Un engagement théologique à la lumière de la rédemption chrétienne
Introduction
Le sabbat, institué dès la création (Genèse 2:1‑3), a suscité des débats théologiques depuis l’Antiquité. Dans la tradition chrétienne, sa signification et son application ont été interprétées diversement, notamment dans les contextes dispensationalistes et amillénaristes. Cet essai propose de reconsidérer le sabbat dans la perspective amillénariste réformée, en soulignant son rôle comme principe cosmique, exigence éthique, accomplissement christologique et promesse eschatologique. Nous montrerons que le sabbat, loin d’être une simple observance rituelle, est un fil conducteur de l’histoire du salut : de la création à la consommation, il préfigure le repos définitif en Jésus‑Christ et nourrit la vie chrétienne contemporaine.
1. Le sabbat cosmique : enraciné dans la création
Genèse 2:1‑3 présente le sabbat comme un principe fondamental du cosmos. Dieu sanctifie le septième jour, non par fatigue, mais pour consacrer le temps et établir un modèle de repos divin. Ce repos originel est une anticipation du repos parfait promis à son peuple.
Dans la lecture amillénariste, ce sabbat est un signe de l’Alliance et une préfiguration du repos eschatologique. Hébreux 3–4 développe cette logique : le repos de Dieu demeure ouvert, et les croyants sont invités à y entrer par la foi. Le sabbat est donc un principe théologique universel, enraciné dans la création et orienté vers la consommation.
2. Le sabbat éthique : un engagement dans la Loi
Le sabbat est intégré au Décalogue (Exode 20:8‑11 ; Deutéronome 5:12‑15). Il est à la fois mémorial de la création et signe de la rédemption. Israël, libéré de l’esclavage, est appelé à se reposer en Dieu. Le sabbat devient ainsi un principe moral universel, un appel à la fidélité et à la dépendance envers le Créateur.
Comme le souligne John Goldingay, le sabbat est « un signe de la restauration du cosmos et du rétablissement du peuple de Dieu ». Dans la perspective réformée, il est plus qu’une règle cultuelle : il est un engagement éthique, une discipline qui rappelle la souveraineté de Dieu et la libération qu’il accorde.
3. Le sabbat christologique : accompli en Jésus‑Christ
La chute (Genèse 3) a brisé l’ordre sabbatique, introduisant le travail pénible et la malédiction. Mais Jésus se présente comme le véritable « Seigneur du sabbat » (Matthieu 12:8). En lui, le sabbat trouve son accomplissement : il inaugure le repos spirituel et la réconciliation avec Dieu.
Colossiens 2:16‑17 affirme que les observances sabbatiques étaient des ombres, dont la réalité est le Christ. Le sabbat devient ainsi un témoignage de la rédemption accomplie : il ne se réduit plus à une observance rituelle, mais il est la proclamation que le repos véritable est donné en Christ.
4. Le sabbat eschatologique : le « déjà et pas encore »
L’amillénarisme enseigne que le royaume de Dieu est déjà inauguré en Christ, mais pas encore consommé. Le sabbat illustre cette tension. Hébreux 4:9‑10 parle d’un « repos sabbatique » qui demeure pour le peuple de Dieu : une réalité présente en Christ, mais aussi une anticipation de la nouvelle création.
Romains 8:19‑21 souligne que toute la création attend la révélation des fils de Dieu. Le sabbat est donc un signe eschatologique : il rappelle que le repos parfait viendra à la parousie, lorsque le Christ vaincra définitivement le péché et la mort. Comme l’explique Kim Riddlebarger, l’amillénarisme interprète les symboles du royaume comme réalisés spirituellement dans l’Église, en attendant leur plénitude finale.
5. Le sabbat pratique : une discipline chrétienne aujourd’hui
Pour le chrétien contemporain, le sabbat est un principe spirituel et pastoral. Il n’est pas seulement cessation du travail, mais acte de foi et d’adoration. Dans une société marquée par l’activisme et l’idolâtrie de la productivité, le sabbat devient une protestation contre les faux dieux du temps moderne.
John Piper souligne que le sabbat chrétien, compris comme « repos en Christ », est un moyen de sanctification et de joie. Vivre le sabbat, c’est reconnaître la souveraineté de Dieu, entrer dans la paix que Christ donne, et anticiper la plénitude du repos éternel.
Conclusion
Le sabbat est un fil conducteur de la rédemption : institué à la création, confirmé dans la Loi, accompli en Christ, et consommé dans la nouvelle création. Dans la perspective amillénariste réformée, il manifeste le royaume déjà inauguré et anticipe sa plénitude. Pour le chrétien, il est à la fois discipline hebdomadaire et espérance eschatologique. Vivre le sabbat, c’est confesser que notre repos ultime se trouve en Dieu seul, par Jésus‑Christ, dans l’attente de la nouvelle création.
Bibliographie
- Brueggemann, Walter. Sabbath as Resistance: Saying No to the Culture of Now. Westminster John Knox Press, 2014.
- Goldingay, John. The Theology of the Old Testament. IVP Academic, 2003.
- Piper, John. Desiring God: Meditations of a Christian Hedonist. Multnomah, 1986.
- Riddlebarger, Kim. A Case for Amillennialism: Understanding the End Times. Zondervan, 2003.
- Wenham, Gordon. Genesis 1‑15. Word Books, 1987.
- Calvin, Jean. Institutes of the Christian Religion. 1559.
- Berkhof, Louis. Systematic Theology. Eerdmans, 1938.
0 Comment