Amillénarisme

Le sabbat glorieux du Roi transfiguré

Simon Arseneault
Simon Arseneault
12/12/2025·5 min read

Série sur l'amillénarisme, 4 sur 8

Le sabbat glorieux du Roi transfiguré

Introduction : du jugement à la révélation

Dans l’article prĂ©cĂ©dent, nous avons vu JĂ©rĂ©mie annoncer l’exil comme rupture du sabbat de la terre et du peuple. Ce jugement, loin d’ĂȘtre un terme final, ouvre un horizon de restauration. Le prĂ©sent article dĂ©voile cette restauration non comme un retour politique ou nationaliste, mais comme une Ă©lĂ©vation glorieuse centrĂ©e sur le Christ. La Transfiguration (Mt 17 ; Mc 9 ; Lc 9) apparaĂźt comme la rĂ©ponse divine au sabbat brisé : une montĂ©e vers la gloire qui rĂ©vĂšle le Roi transfigurĂ© inaugurant le sabbat cĂ©leste. Nous passons ainsi de la montagne du jugement Ă  la montagne de la rĂ©vĂ©lation, du silence exilique Ă  la voix du PĂšre : « Celui‑ci est mon Fils bien‑aimĂ©, Ă©coutez‑le. »

I. Du sabbat interrompu au sabbat glorieux

Dans JĂ©rĂ©mie 26–29, la confrontation avec les faux prophĂštes (notamment Hanania) rĂ©vĂšle une tension eschatologique : le peuple attend une restauration immĂ©diate, mais Dieu annonce un exil long et purificateur. L’exil babylonien devient une interruption du sabbat national (2 Ch 36:21), une jachĂšre spirituelle imposĂ©e par Dieu. JĂ©rĂ©mie annonce soixante‑dix ans de purification (Jr 29:10).

De mĂȘme, dans Matthieu 16–17, les disciples refusent la croix. Pierre s’écrie : « À Dieu ne plaise, Seigneur ! » (Mt 16:22). JĂ©sus lui rĂ©pond : « ArriĂšre de moi, Satan ! » (v.23). Comme Hanania, Pierre incarne la tentation du raccourci triomphaliste. La Transfiguration vient confirmer que la gloire passe par la croix. La nuĂ©e enveloppe le Fils lui‑mĂȘme et la voix du PĂšre rĂ©oriente l’espĂ©rance : « Écoutez‑le ! » (Mt 17:5).

Ce parallĂšle est renforcĂ© par Exode 24–34 : MoĂŻse, enveloppĂ© par la nuĂ©e sur la montagne, reçoit la Loi tandis que le peuple impatient fabrique un veau d’or. La Transfiguration reprend ce motif : la nuĂ©e enveloppe non plus un mĂ©diateur provisoire, mais le Fils lui‑mĂȘme. IrĂ©nĂ©e commente : « Il ne nous est plus nĂ©cessaire de construire des tentes, car la Tente vĂ©ritable s’est faite chair et a habitĂ© parmi nous » (Contre les hĂ©rĂ©sies, IV.33.1).

Ainsi, JĂ©rĂ©mie et Pierre incarnent la mĂȘme tentation : Ă©viter le chemin long et humiliant. Mais Dieu confirme que la gloire ne vient qu’aprĂšs le jugement et la croix.

II. La nuée et la voix : patience et révélation

Dans JĂ©rĂ©mie 29, Dieu appelle IsraĂ«l Ă  chercher sa face dans l’exil : « Vous me chercherez, et vous me trouverez  » (v.13). De mĂȘme, aprĂšs la Transfiguration, JĂ©sus ordonne le silence jusqu’à la rĂ©surrection (Mt 17:9). La gloire aperçue sur la montagne est un encouragement pour le chemin, mais elle n’interrompt pas la route de la souffrance.

La nuĂ©e lumineuse est le signe de la prĂ©sence divine. Augustin Ă©crit : « La nuĂ©e lumineuse n’était pas un voile, mais la rĂ©vĂ©lation mĂȘme de Dieu. Elle montre que la lumiĂšre vĂ©ritable ne vient pas du soleil, mais du Verbe Ă©ternel » (Sermon 78). La voix du PĂšre confirme l’autoritĂ© du Fils : « Écoutez‑le ! » Ce commandement est central : le sabbat glorieux n’est pas une institution terrestre, mais une communion avec le Christ glorifiĂ©.

III. Le sabbat cosmique et la lumiÚre de la résurrection

La Transfiguration anticipe la gloire de la rĂ©surrection (Ph 3:21). Elle rĂ©vĂšle que le sabbat ultime est une entrĂ©e dans la communion Ă©ternelle avec Dieu. HĂ©breux 4:9 parle d’un « repos sabbatique » qui demeure pour le peuple de Dieu : une rĂ©alitĂ© eschatologique et christocentrique.

Calvin commente : « Pierre s’égare
 car il rĂȘve d’un royaume terrestre, alors que le Christ se prĂ©pare Ă  rĂ©gner du haut de la croix » (Commentaire sur Mt 17:4). La lumiĂšre qui entoure JĂ©sus n’est pas empruntĂ©e ; elle Ă©mane de sa personne divine. Elle annonce le septiĂšme jour final, oĂč la JĂ©rusalem cĂ©leste est illuminĂ©e par l’Agneau (Ap 21:23).

La trompette Ă©voquĂ©e en 1 Thessaloniciens 4:16 rappelle le SinaĂŻ (Ex 19) et JĂ©richo (Jos 6). Elle symbolise la manifestation du Royaume par la Parole et la rĂ©surrection, non par la force politique. L’amillĂ©narisme souligne que le Royaume est dĂ©jĂ  inaugurĂ© dans le Christ glorifiĂ©, mais reste Ă  consommer.

IV. Conclusion : de la tente terrestre à la cité céleste

La Transfiguration n’est pas une parenthĂšse mystique ; elle est une Ă©piphanie royale, un prĂ©lude au retour glorieux du Christ. Elle affirme la seigneurie du Fils, la centralitĂ© de la croix et l’inauguration du sabbat eschatologique.

« Nous n’avons pas ici‑bas de citĂ© permanente, mais nous cherchons celle qui est Ă  venir » (HĂ©b 13:14). Loin d’attendre un millĂ©nium terrestre, l’Église chemine dĂ©jĂ  dans l’espĂ©rance d’un sabbat Ă©ternel, inaugurĂ© par la rĂ©surrection du Roi transfigurĂ©. Chaque dimanche, en proclamant la victoire du Christ, elle anticipe la pleine lumiĂšre du huitiĂšme jour : « Nous avons vu sa gloire
 pleine de grĂące et de vĂ©rité » (Jn 1:14).

Bibliographie sélective

- Irénée de Lyon, Contre les hérésies, IV.33.1, SC 100, Cerf, 1965.

- Jean Calvin, Commentaire sur Matthieu, GenĂšve, 1555.

- Augustin, Sermons, 78, NPNF 1:6.

- Vos, Geerhardus, Biblical Theology: Old and New Testaments. Banner of Truth, 1975.

- Kline, Meredith G., Kingdom Prologue. Two Age Press, 2000.

- Beale, G.K., The Temple and the Church’s Mission. IVP Academic, 2004.

- France, R.T., The Gospel of Matthew. NICNT, Eerdmans, 2007.

Simon Arseneault

Autodidacte en théologie. Je suis passionné pour le Seigneur et sa Parole , elle m'a transformer et continue de le faire. Je partage ici le fruit de cet appel.

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