Série sur l'amillénarisme, 4 sur 8
Le sabbat glorieux du Roi transfiguré
Introduction : du jugement à la révélation
Dans lâarticle prĂ©cĂ©dent, nous avons vu JĂ©rĂ©mie annoncer lâexil comme rupture du sabbat de la terre et du peuple. Ce jugement, loin dâĂȘtre un terme final, ouvre un horizon de restauration. Le prĂ©sent article dĂ©voile cette restauration non comme un retour politique ou nationaliste, mais comme une Ă©lĂ©vation glorieuse centrĂ©e sur le Christ. La Transfiguration (Mt 17âŻ; Mc 9âŻ; Lc 9) apparaĂźt comme la rĂ©ponse divine au sabbat brisĂ©âŻ: une montĂ©e vers la gloire qui rĂ©vĂšle le Roi transfigurĂ© inaugurant le sabbat cĂ©leste. Nous passons ainsi de la montagne du jugement Ă la montagne de la rĂ©vĂ©lation, du silence exilique Ă la voix du PĂšreâŻ: «âŻCeluiâci est mon Fils bienâaimĂ©, Ă©coutezâle.âŻÂ»
I. Du sabbat interrompu au sabbat glorieux
Dans JĂ©rĂ©mie 26â29, la confrontation avec les faux prophĂštes (notamment Hanania) rĂ©vĂšle une tension eschatologiqueâŻ: le peuple attend une restauration immĂ©diate, mais Dieu annonce un exil long et purificateur. Lâexil babylonien devient une interruption du sabbat national (2 Ch 36:21), une jachĂšre spirituelle imposĂ©e par Dieu. JĂ©rĂ©mie annonce soixanteâdix ans de purification (Jr 29:10).
De mĂȘme, dans Matthieu 16â17, les disciples refusent la croix. Pierre sâĂ©crieâŻ: «âŻĂ Dieu ne plaise, SeigneurâŻ!âŻÂ» (Mt 16:22). JĂ©sus lui rĂ©pondâŻ: «âŻArriĂšre de moi, SatanâŻ!âŻÂ» (v.23). Comme Hanania, Pierre incarne la tentation du raccourci triomphaliste. La Transfiguration vient confirmer que la gloire passe par la croix. La nuĂ©e enveloppe le Fils luiâmĂȘme et la voix du PĂšre rĂ©oriente lâespĂ©ranceâŻ: «âŻĂcoutezâleâŻ!âŻÂ» (Mt 17:5).
Ce parallĂšle est renforcĂ© par Exode 24â34âŻ: MoĂŻse, enveloppĂ© par la nuĂ©e sur la montagne, reçoit la Loi tandis que le peuple impatient fabrique un veau dâor. La Transfiguration reprend ce motifâŻ: la nuĂ©e enveloppe non plus un mĂ©diateur provisoire, mais le Fils luiâmĂȘme. IrĂ©nĂ©e commenteâŻ: «âŻIl ne nous est plus nĂ©cessaire de construire des tentes, car la Tente vĂ©ritable sâest faite chair et a habitĂ© parmi nousâŻÂ» (Contre les hĂ©rĂ©sies, IV.33.1).
Ainsi, JĂ©rĂ©mie et Pierre incarnent la mĂȘme tentationâŻ: Ă©viter le chemin long et humiliant. Mais Dieu confirme que la gloire ne vient quâaprĂšs le jugement et la croix.
II. La nuée et la voix : patience et révélation
Dans JĂ©rĂ©mie 29, Dieu appelle IsraĂ«l Ă chercher sa face dans lâexilâŻ: «âŻVous me chercherez, et vous me trouverezâŠâŻÂ» (v.13). De mĂȘme, aprĂšs la Transfiguration, JĂ©sus ordonne le silence jusquâĂ la rĂ©surrection (Mt 17:9). La gloire aperçue sur la montagne est un encouragement pour le chemin, mais elle nâinterrompt pas la route de la souffrance.
La nuĂ©e lumineuse est le signe de la prĂ©sence divine. Augustin Ă©critâŻ: «âŻLa nuĂ©e lumineuse nâĂ©tait pas un voile, mais la rĂ©vĂ©lation mĂȘme de Dieu. Elle montre que la lumiĂšre vĂ©ritable ne vient pas du soleil, mais du Verbe Ă©ternelâŻÂ» (Sermon 78). La voix du PĂšre confirme lâautoritĂ© du FilsâŻ: «âŻĂcoutezâleâŻ!âŻÂ» Ce commandement est centralâŻ: le sabbat glorieux nâest pas une institution terrestre, mais une communion avec le Christ glorifiĂ©.
III. Le sabbat cosmique et la lumiÚre de la résurrection
La Transfiguration anticipe la gloire de la rĂ©surrection (Ph 3:21). Elle rĂ©vĂšle que le sabbat ultime est une entrĂ©e dans la communion Ă©ternelle avec Dieu. HĂ©breux 4:9 parle dâun «âŻrepos sabbatiqueâŻÂ» qui demeure pour le peuple de DieuâŻ: une rĂ©alitĂ© eschatologique et christocentrique.
Calvin commenteâŻ: «âŻPierre sâĂ©gare⊠car il rĂȘve dâun royaume terrestre, alors que le Christ se prĂ©pare Ă rĂ©gner du haut de la croixâŻÂ» (Commentaire sur Mt 17:4). La lumiĂšre qui entoure JĂ©sus nâest pas empruntĂ©eâŻ; elle Ă©mane de sa personne divine. Elle annonce le septiĂšme jour final, oĂč la JĂ©rusalem cĂ©leste est illuminĂ©e par lâAgneau (Ap 21:23).
La trompette Ă©voquĂ©e en 1 Thessaloniciens 4:16 rappelle le SinaĂŻ (Ex 19) et JĂ©richo (Jos 6). Elle symbolise la manifestation du Royaume par la Parole et la rĂ©surrection, non par la force politique. LâamillĂ©narisme souligne que le Royaume est dĂ©jĂ inaugurĂ© dans le Christ glorifiĂ©, mais reste Ă consommer.
IV. Conclusion : de la tente terrestre à la cité céleste
La Transfiguration nâest pas une parenthĂšse mystiqueâŻ; elle est une Ă©piphanie royale, un prĂ©lude au retour glorieux du Christ. Elle affirme la seigneurie du Fils, la centralitĂ© de la croix et lâinauguration du sabbat eschatologique.
«âŻNous nâavons pas iciâbas de citĂ© permanente, mais nous cherchons celle qui est Ă venirâŻÂ» (HĂ©b 13:14). Loin dâattendre un millĂ©nium terrestre, lâĂglise chemine dĂ©jĂ dans lâespĂ©rance dâun sabbat Ă©ternel, inaugurĂ© par la rĂ©surrection du Roi transfigurĂ©. Chaque dimanche, en proclamant la victoire du Christ, elle anticipe la pleine lumiĂšre du huitiĂšme jourâŻ: «âŻNous avons vu sa gloire⊠pleine de grĂące et de vĂ©ritĂ©âŻÂ» (Jn 1:14).
Bibliographie sélective
- Irénée de Lyon, Contre les hérésies, IV.33.1, SC 100, Cerf, 1965.
- Jean Calvin, Commentaire sur Matthieu, GenĂšve, 1555.
- Augustin, Sermons, 78, NPNF 1:6.
- Vos, Geerhardus, Biblical Theology: Old and New Testaments. Banner of Truth, 1975.
- Kline, Meredith G., Kingdom Prologue. Two Age Press, 2000.
- Beale, G.K., The Temple and the Churchâs Mission. IVP Academic, 2004.
- France, R.T., The Gospel of Matthew. NICNT, Eerdmans, 2007.
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