Amillénarisme

L’espérance au cœur de l’histoire

Simon Arseneault
Simon Arseneault
12/12/2025·5 min read

Série sur l’amillénarisme (7/8)

Introduction – L’espérance au cœur de l’histoire

Après avoir contemplé la royauté céleste du Christ à la lumière de l’Ascension, nous poursuivons avec l’affirmation eschatologique de sa victoire : « Il reviendra ». Cette promesse n’est pas un slogan, mais l’axe de l’espérance chrétienne, la clé de l’interprétation des temps et la direction du culte. L’amillénarisme réformé offre une lecture fidèle des Écritures face aux séductions de systèmes qui déplacent l’espérance vers des espoirs charnels ou des utopies religieuses.

I. La parabole de l’ivraie et du blé : une vision eschatologique

Au cœur de Matthieu 13, Jésus livre une parabole réaliste : l’ivraie et le blé. Elle ne justifie ni une Église confuse, ni une passivité face au mal, mais elle donne une clé herméneutique pour vivre lucidement l’âge présent : le Royaume est réellement présent, bien que voilé, et Dieu conduit l’histoire vers le jugement parfait.

- Le champ représente le monde (v.38), non l’Église institutionnelle. Jésus décrit la coexistence des fils du Royaume et des fils du malin.

- Cette cohabitation rappelle Jean 17:15 : « Je ne te demande pas de les retirer du monde, mais de les préserver du malin. »

- Sproul souligne : « Le Royaume de Dieu avance dans l’histoire non par domination, mais par la semence, la parole et la patience. »

II. Le refus de l’arrachage prématuré

Le maître ordonne de ne pas arracher l’ivraie : Dieu agit avec patience (2 Pi 3:9). Habacuc exprime cette tension : « Le juste vivra par la foi » (Hab 2:4). Osée aussi incarne l’attente douloureuse entre jugement et espérance.

Bavinck rappelle : « Le mal n’échappe pas à Dieu. Il est retenu, limité, et il a un rôle dans l’histoire du salut. »

III. Le jugement différé mais assuré

La moisson viendra : les anges sépareront, l’ivraie sera brûlée, le blé recueilli. L’Église n’a pas à juger les cœurs ; elle proclame, baptise, exhorte. Le jugement appartient à Dieu seul.

Calvin écrit : « Dieu diffère son jugement non parce qu’il tolère le mal, mais parce qu’il veut sauver les siens. »

IV. Une Église visible mais distincte du monde

La parabole concerne le monde, non une Église volontairement mixte. L’application baptiste réformée est claire : l’Église est composée de croyants professants, régénérés par l’Esprit.

Renihan souligne : « L’Église est composée de croyants professants, régénérés par l’Esprit. Le Royaume se manifeste dans leur fidélité, non dans leur nombre. »

V. Une spiritualité lucide

Cette parabole enseigne vigilance sans paranoïa, patience sans passivité, foi sans illusion. Le mal existe, mais il n’aura pas le dernier mot. Le Royaume croît en silence, et l’Église est appelée à être blé, fidèle et sanctifiée au milieu d’un monde hostile.

VI. Le retour du Roi

La venue du Fils dans la gloire ne sera pas une répétition, mais une manifestation finale. Actes 1:11 annonce son retour, Apoc 19:11‑16 le décrit comme Juge glorieux. Ce retour n’est pas progressif ou politique, mais soudain et universel (2 Th 1:7‑10).

Christ revient dans la tension des deux âges : l’âge présent marqué par le péché et l’âge à venir dominé par la justice et la gloire. L’Église vit dans cette tension, pèlerine, refusant d’idéaliser l’histoire présente, mais vivant déjà du monde à venir par la foi (Hé 11:13‑16).

« Il faut qu’il règne jusqu’à ce qu’il ait mis tous ses ennemis sous ses pieds » (1 Co 15:25). L’histoire se dirige vers ce moment où Dieu sera « tout en tous » (1 Co 15:28).

VII. Une apologétique du réalisme eschatologique

Le prémillénarisme, le dispensationalisme et le postmillénarisme proposent des lectures divergentes d’Apoc 20. L’amillénarisme réformé affirme que le règne est présent, non futur. Christ règne déjà (Ac 2:33‑36), dans l’attente du jour où ses ennemis seront mis sous ses pieds.

Hoekema écrit : « Nous ne devons pas attendre que Christ établisse un royaume terrestre ; nous devons reconnaître qu’il est déjà Roi, et vivre dans la fidélité à ce règne. »

VIII. La honte des idoles et la gloire du Christ

Ésaïe 24:23 annonce la confusion des puissances terrestres devant la gloire de Yahweh. Les symboles de domination s’éteindront devant la lumière véritable (Jn 1:9).

La destruction des dispositifs idolâtres (1 Rois 12 ; 2 Rois 23) préfigure la croix, où Christ triomphe des puissances (Col 2:15). Son retour consommera cette victoire.

IX. L’Église, sentinelle dans l’attente

En attendant ce jour, l’Église proclame un royaume éternel. Elle vit dans la dépendance joyeuse de son Seigneur absent corporellement mais présent par l’Esprit. Elle est sentinelle des temps (Es 21:11‑12), veillant entre deux aurores : celle de la résurrection et celle du jour final. Elle prie : « Viens, Seigneur Jésus ! » (Apoc 22:20).

Conclusion – Transition vers l’article 8

Le retour du Roi est le point culminant du récit biblique. Il parachève ce que l’Ascension a inauguré : un règne présent mais voilé. L’Église, peuple en exil mais citoyenne du ciel, marche à contre‑courant, en attente du renouvellement cosmique.

Le prochain article explorera le rôle prophétique de l’Église : une sentinelle qui veille, une lumière dans les ténèbres, une voix qui appelle les nations à la repentance avant le grand jour du Seigneur.

Notes

1. Hoekema, The Bible and the Future.

2. Riddlebarger, A Case for Amillennialism.

3. Vos, The Pauline Eschatology.

4. Confession de foi baptiste de 1689, ch. 31.

5. Blocher, La doctrine du péché.

Bibliographie indicative

- Bavinck, Herman. Dogmatiek, t.4.

- Ridderbos, Herman. The Coming of the Kingdom. Presbyterian & Reformed.

- Gaffin, Richard. The Centrality of the Resurrection.

- Vos, Geerhardus. The Pauline Eschatology.

- Riddlebarger, Kim. A Case for Amillennialism.

- Hoekema, Anthony. The Bible and the Future.

Simon Arseneault

Autodidacte en théologie. Je suis passionné pour le Seigneur et sa Parole , elle m'a transformer et continue de le faire. Je partage ici le fruit de cet appel.

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