Amillénarisme

L’Église comme sentinelle : vivre l’eschatologie dans le monde présent

Simon Arseneault
Simon Arseneault
12/12/2025·4 min read

Série sur l’amillénarisme (6/8)

Partie 2/2

L’Église comme sentinelle : vivre l’eschatologie dans le monde présent

Introduction – Fidélité dans l’attente

L’attente du Royaume, loin de suspendre les responsabilités chrétiennes, les magnifie. La tension eschatologique entre le « déjà » et le « pas encore » guide notre action dans un monde en attente de son redressement final. Comme nous l’avons vu dans la première partie, l’eschatologie chrétienne n’appelle pas à l’inaction, mais à une fidélité active dans l’attente du retour du Christ. L’espérance de la rédemption finale transforme notre manière de vivre : nous œuvrons dès maintenant comme artisans du Royaume déjà présent.

I. Paul, modèle d’une attente active

L’apôtre Paul, bien qu’aspirant à « être avec Christ » (Ph 1:23), ne se retire pas dans une attente oisive. Il poursuit sa mission avec intensité : il travaille de ses mains, organise des collectes, et demeure en communion avec les églises malgré les épreuves. L’attente eschatologique ne déconnecte pas l’Église du monde, mais l’incite à agir avec une vision du Royaume à venir.

Geerhardus Vos résume : « L’eschatologie chrétienne ne dévalue pas le présent : elle le transfigure. » L’espérance chrétienne s’enracine dans une certitude tangible : le retour du Christ, force motrice de la fidélité quotidienne.

II. L’Église comme sentinelle

Dans cette perspective, l’Église devient une sentinelle de l’eschatologie, gardant la position que le Christ lui a assignée. Chaque acte de justice, de service, de prière, de proclamation et de lutte spirituelle est un signe visible du Royaume, une « avant‑première » du règne du Christ.

Hoekema affirme : « L’Église n’est pas le Royaume, mais elle en est la manifestation visible la plus claire. » L’Église est le signe avant‑coureur du Royaume qui vient : non le Royaume lui‑même, mais son expression tangible dans l’histoire.

III. Fidélité incarnée dans le monde brisé

Le monde demeure marqué par la souffrance : pauvres, orphelins et veuves. C’est là que l’Église est appelée à exercer la vraie religion (Jc 1:27). Elle ne cherche pas à établir une théocratie terrestre, mais elle témoigne de l’espérance eschatologique en honorant le Christ par ses actions.

Même le Christ a attendu : trente ans de silence et de soumission avant son ministère. L’attente eschatologique implique une fidélité incarnée dans le quotidien, une attente active mais non improductive.

IV. L’Apocalypse comme liturgie de fidélité

Le plan de Dieu est immuable. L’Apocalypse, écrite il y a deux millénaires, demeure brûlante de clarté. Elle n’offre pas un calendrier des catastrophes, mais renouvelle notre vision de l’histoire et du combat spirituel. R.C. Sproul rappelle : « L’Apocalypse ne nous est pas donnée pour satisfaire notre curiosité, mais pour nous appeler à la fidélité. Elle est une liturgie de guerre sainte. »

L’Église ne peut rester isolée. Aucun croyant ne survit spirituellement seul. Comme un membre ne peut vivre hors du corps, aucun chrétien ne peut vivre sa foi sans la communion de l’Église. Bavinck souligne : « L’Église est le corps du Christ, non un agrégat d’individus pieux. » La communauté est le lieu visible de la vocation céleste.

Bibliographie pour l’article 6 – Du temple invisible aux ténèbres visibles / L’Église comme sentinelle

- Calvin, Jean. Institution de la religion chrétienne. Livre I, ch. 11.

- Blocher, Henri. La doctrine du péché. Éditions Excelsis, 2003.

- Davis, Dale Ralph. 1 Samuel: Looking on the Heart. Christian Focus, 2000.

- Bavinck, Herman. Dogmatiek, vol. 4. Kampen, 1911. Trad. angl. Reformed Dogmatics, vol. 4. Baker Academic, 2008.

- Ellul, Jacques. Apocalypse, architecture en mouvement. La Table Ronde, 1975.

- Hoekema, Anthony A. The Bible and the Future. Grand Rapids: Eerdmans, 1979.

- Beale, G.K. The Book of Revelation. NIGTC. Grand Rapids: Eerdmans, 1999.

- Vos, Geerhardus. Biblical Theology: Old and New Testaments. Edinburgh: Banner of Truth, 1975.

- Sproul, R.C. The Last Days According to Jesus. Grand Rapids: Baker Books, 1998.

- Bavinck, Herman. Reformed Dogmatics, vol. 4. Baker Academic, 2008. (cité aussi pour la doctrine de l’Église).

V. Conclusion – Vers la parabole de l’ivraie et du blé

L’Apocalypse dévoile un schéma récurrent : un monde en guerre contre Dieu, et pourtant l’Agneau qui triomphe. L’Église persécutée mais fidèle, trompée mais relevée, blessée mais glorieuse. Le dessein divin est en action.

C’est dans cette lumière que la parabole de l’ivraie et du blé, que nous aborderons dans l’article suivant, devient une clef majeure pour comprendre la vocation eschatologique de l’Église. Le Royaume, tel qu’il se manifeste aujourd’hui, n’est pas une séparation nette, mais une coexistence tendue entre bien et mal, habitée par la promesse d’une moisson finale où les justes seront séparés des injustes.

Simon Arseneault

Autodidacte en théologie. Je suis passionné pour le Seigneur et sa Parole , elle m'a transformer et continue de le faire. Je partage ici le fruit de cet appel.

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