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Théologie

Illumination et moyens ordinaires : l’unité biblique entre l’Esprit et la compréhension de l’Écriture

Simon Arseneault
Simon Arseneault
1/10/2026·25 min read

Illumination et moyens ordinaires : l’unité biblique entre l’Esprit et la compréhension de l’Écriture

I. Introduction

Il existe aujourd’hui, dans plusieurs milieux chrétiens, une méfiance persistante envers la théologie. Certains redoutent qu’elle ne refroidisse la piété, qu’elle ne complique inutilement la foi ou qu’elle ne limite la liberté du Saint‑Esprit. D’autres opposent spontanément l’étude réfléchie de la Parole à la direction intérieure de l’Esprit, comme si l’une devait se passer de l’autre. Cette tension se manifeste dans des expressions courantes : « Je me laisse simplement guider par l’Esprit », ou encore : « Je ne fais pas de théologie, je lis la Bible comme elle vient ». Derrière ces formules se cache souvent une crainte réelle de l’intellectualisme, mais aussi une confusion profonde sur la manière dont Dieu agit par sa Parole.

Pourtant, une telle opposition est étrangère à l’Écriture. La Bible ne présente jamais l’Esprit comme un substitut à l’étude, ni l’étude comme un obstacle à l’Esprit. Loin d’être en concurrence, l’illumination spirituelle et la compréhension théologique marchent ensemble. C’est l’Esprit qui a inspiré l’Écriture, car « toute Écriture est inspirée de Dieu » (2 Tm 3.16)² ; c’est encore lui qui illumine notre intelligence pour en saisir le sens. Calvin écrit : « La Parole ne nous profitera jamais sans l’illumination intérieure du Saint‑Esprit »⁴. Et c’est lui qui se sert des moyens ordinaires — la lecture, l’enseignement, la prédication, la communion ecclésiale — pour édifier son peuple⁶.

Refuser cette articulation, c’est finalement refuser la manière dont Dieu a choisi de se révéler et de nous conduire. C’est se détourner de la source d’eau vive qu’il a ouverte pour nous, pour revenir à nos propres ressources. Selon l’image du prophète Jérémie, c’est abandonner « la source d’eau vive » pour se creuser « des citernes crevassées qui ne retiennent pas l’eau » (Jr 2.13)¹. En opposant illumination et théologie, dépendance à l’Esprit et usage de la raison sanctifiée, nous ne protégeons pas la vie spirituelle : nous l’appauvrissons. Comme le rappelle J. I. Packer, « l’anti‑intellectualisme n’est pas un signe de spiritualité, mais une forme de paresse déguisée »⁸.

L’objectif de cette étude est de montrer que la théologie, l’étude et la compréhension de la Parole de Dieu ne sont jamais déconnectées de la dépendance au Saint‑Esprit, et jamais non plus séparées des moyens ordinaires que Dieu emploie pour bâtir son Église, former son peuple et le corriger⁷. Pour cela, nous partirons d’un récit paradigmatique : la rencontre entre Philippe et l’eunuque éthiopien (Actes 8.26‑40). Ce passage met en scène, de manière exemplaire, l’unité indissoluble entre l’Esprit, l’Écriture et l’enseignement. Comme le note John Stott, « l’Esprit n’abolit pas le besoin d’un interprète : il envoie Philippe pour accomplir ce rôle »⁹. Actes 8 montre ainsi que l’illumination spirituelle ne remplace pas la théologie, mais qu’elle en est la condition et le fruit.

Notes et références

1. Jérémie 2.13.

2. 2 Timothée 3.16‑17.

3. Psaume 119.105.

4. Jean Calvin, Institution de la religion chrétienne, I.7.4‑5 : « La Parole ne nous profitera jamais sans l’illumination intérieure du Saint‑Esprit. »

5. Jean Calvin, Commentaire sur les Actes des Apôtres, Actes 8.

6. Confession de foi de Westminster, I.6 ; X.1.

7. Herman Bavinck, Dogmatique réformée, vol. 1, chap. 5.

8. J. I. Packer, Knowing God, chap. 2.

9. John Stott, The Message of Acts, InterVarsity Press, 1990.

10. Louis Berkhof, Systematic Theology, section sur l’illumination.

Pourquoi Actes 8 est un passage paradigmatique ?

Le récit de la rencontre entre Philippe et l’eunuque éthiopien n’est pas seulement un épisode marquant du livre des Actes ; il constitue un paradigme, c’est‑à‑dire un modèle exemplaire qui manifeste, de manière concentrée, la manière habituelle dont Dieu éclaire son peuple¹. Le terme paradigmatique désigne un événement particulier qui révèle un principe général, un schéma que l’on retrouve ailleurs dans l’Écriture et dans la vie de l’Église. Un texte paradigmatique ne se contente pas de rapporter ce qui s’est passé : il montre comment Dieu agit ordinairement.

Actes 8 est paradigmatique parce qu’il met en lumière une dynamique fondamentale : l’Esprit conduit un lecteur sincère vers la compréhension de l’Écriture par l’intermédiaire d’un serviteur qui explique le texte¹. L’eunuque lit le prophète Ésaïe, reconnaît son besoin d’être guidé, et Philippe, envoyé par l’Esprit, lui ouvre le sens de l’Écriture. Ce schéma — l’Esprit qui guide, l’Écriture qui est lue, un interprète qui éclaire, un croyant qui comprend — n’est pas une curiosité historique. Il correspond à la manière normale dont Dieu fait croître son peuple dans la vérité².

Ce passage est paradigmatique également parce qu’il illustre la nécessité des moyens humains dans l’œuvre de l’illumination. L’eunuque lit, cherche, interroge ; Philippe explique, éclaire, annonce¹. L’Esprit n’abolit pas ces médiations : il les met en œuvre. Actes 8 montre ainsi que la compréhension de l’Écriture n’est ni automatique ni solitaire, mais qu’elle s’inscrit dans une économie où Dieu se sert de personnes, de paroles et de rencontres pour communiquer sa lumière².

Enfin, Actes 8 est paradigmatique parce qu’il révèle le but de l’illumination : conduire au Christ. Philippe commence par le texte que lit l’eunuque, mais il le mène jusqu’à la bonne nouvelle de Jésus¹. L’illumination n’est pas une expérience vague ou purement intellectuelle ; elle est la compréhension de l’Écriture qui aboutit à la foi, à l’obéissance et à la joie. En ce sens, ce récit offre un modèle complet et cohérent de l’illumination chrétienne :

Dieu éclaire par son Esprit, au moyen de sa Parole, à travers des serviteurs, pour conduire à son Fils.

Notes et références

1. Actes 8.26‑40.

2. Jean Calvin, Commentaire sur les Actes des Apôtres, Actes 8 : sur la nécessité d’un guide pour comprendre l’Écriture.

3. Herman Bavinck, Dogmatique réformée, vol. 1, chap. 5 : sur l’unité entre illumination et moyens ordinaires.

II.B. L’Esprit : l’agent souverain qui envoie un interprète

Le récit d’Actes 8 insiste sur un point fondamental : l’initiative appartient entièrement au Saint‑Esprit. Ce n’est pas l’eunuque qui cherche Philippe, ni Philippe qui décide de s’approcher de lui. C’est l’Esprit qui orchestre la rencontre. Le texte dit explicitement : « Un ange du Seigneur parla à Philippe » (Ac 8.26), puis : « L’Esprit dit à Philippe : Avance et approche‑toi de ce char » (v. 29). L’Esprit n’éclaire pas l’eunuque directement, sans médiation humaine ; il envoie un serviteur pour accomplir cette tâche.

Cette dynamique est essentielle : l’Esprit n’abolit jamais les moyens ordinaires, il les institue. Il aurait pu illuminer l’eunuque de manière immédiate, intérieure, sans passer par un guide humain. Mais il choisit de faire autrement. Il choisit d’envoyer Philippe, un homme, un prédicateur, un interprète de l’Écriture. Comme le note Calvin : « L’Esprit ne descend pas du ciel pour nous enseigner sans le ministère de la Parole ; il se sert de la prédication comme de son instrument ordinaire »¹. L’Esprit n’est donc pas un substitut à l’enseignement : il en est l’auteur et le garant.

Cette vérité contredit frontalement l’idée moderne selon laquelle la direction de l’Esprit rendrait superflue l’instruction théologique. Dans Actes 8, l’Esprit ne dit pas à l’eunuque : « Tu n’as besoin de personne, je vais t’expliquer moi‑même ». Il dit à Philippe : « Approche‑toi ». L’Esprit ne dit pas à Philippe : « Laisse l’eunuque à sa lecture personnelle ». Il lui ordonne d’intervenir. L’Esprit ne dit pas à l’Église : « L’étude est inutile ». Il envoie un enseignant.

Ce passage montre que l’illumination spirituelle n’est jamais une illumination solitaire. Elle est toujours une illumination médiatisée : par l’Écriture, par l’Église, par les dons que Christ a accordés à son peuple. Paul le rappelle : « Il a donné les uns comme apôtres, les autres comme prophètes, les autres comme évangélistes, les autres comme pasteurs et docteurs, pour le perfectionnement des saints » (Ép 4.11‑12). L’Esprit qui illumine est le même Esprit qui donne des docteurs à l’Église.

Ainsi, dans Actes 8, l’Esprit n’est pas en concurrence avec Philippe. Il n’est pas en concurrence avec l’enseignement. Il n’est pas en concurrence avec l’exégèse. Il est celui qui envoie, guide, accompagne et rend efficace le ministère de la Parole. L’Esprit n’abolit pas la théologie : il la rend possible.

Notes et références

1. Jean Calvin, Institution de la religion chrétienne, IV.1.5 : « L’Esprit ne nous enseigne pas sans le ministère de la Parole, mais il se sert de la prédication comme de son instrument ordinaire. »

2. Actes 8.26‑29.

3. Éphésiens 4.11‑12.

4. John Stott, The Message of Acts, InterVarsity Press, 1990, commentaire sur Actes 8 : Stott souligne que l’Esprit dirige Philippe vers l’eunuque pour accomplir l’œuvre d’interprétation.

5. Herman Bavinck, Dogmatique réformée, vol. 1, chap. 5 : sur l’unité entre illumination et moyens ordinaires.

II.C. Philippe : le modèle du théologien‑serviteur

Si l’Esprit envoie Philippe vers l’eunuque, ce n’est pas pour lui offrir une illumination immédiate ou une expérience intérieure détachée de la Parole, mais pour interpréter l’Écriture. Le texte dit : « Alors Philippe ouvrit la bouche et, commençant par ce texte, il lui annonça la bonne nouvelle de Jésus » (Ac 8.35). Cette phrase résume la méthode apostolique : partir du texte, en dégager le sens, et montrer comment il conduit au Christ.

Philippe n’improvise pas. Il ne propose pas une lecture subjective ou intuitive. Il suit ce que Paul appelle « le modèle des saines paroles » (2 Tm 1.13), c’est‑à‑dire une manière fidèle, cohérente et christocentrique de lire l’Écriture. Il fait exactement ce que Jésus avait fait avec les disciples d’Emmaüs : « Et, commençant par Moïse et par tous les prophètes, il leur expliqua dans toutes les Écritures ce qui le concernait » (Lc 24.27). Philippe est donc un imitateur du Christ dans sa manière d’ouvrir l’Écriture.

Calvin souligne ce point avec force : « Philippe ne se contente pas de lire le texte ; il en montre le sens véritable, afin que l’eunuque ne demeure pas dans une lecture morte et stérile »¹. L’Esprit n’a pas envoyé Philippe pour réciter un verset, mais pour exposer l’Écriture. La prédication, l’enseignement, l’exégèse sont ici présentés comme des instruments ordinaires de l’Esprit.

Philippe est aussi un modèle de serviteur. Il ne s’impose pas. Il ne cherche pas à briller. Il répond à une question. Il se met au service de la compréhension d’un autre. Il incarne ce que Paul décrit lorsqu’il exhorte Timothée : « Comprends ce que je dis, car le Seigneur te donnera l’intelligence en tout » (2 Tm 2.7). Ce verset exprime parfaitement l’unité entre effort humain et illumination divine : l’intelligence vient du Seigneur, mais elle passe par l’écoute, l’étude, la réflexion. Philippe incarne cette dynamique : il comprend, il explique, et l’Esprit donne l’intelligence à l’eunuque.

Philippe est aussi un « vase utile à son maître » (2 Tm 2.20‑21), sanctifié et préparé pour une œuvre bonne. Il n’agit pas par impulsion personnelle, mais comme un instrument façonné par Dieu pour éclairer un frère. La théologie n’est pas ici un exercice abstrait, mais un service concret rendu à un homme en quête de vérité.

Enfin, Philippe montre que toute véritable interprétation est christocentrique. Il commence par Ésaïe 53, mais il ne s’arrête pas à Ésaïe 53. Il conduit l’eunuque à Jésus. C’est exactement ce que Jude appelle « la foi transmise une fois pour toutes aux saints » (Jude 1.3) : une vérité reçue, préservée, transmise fidèlement, centrée sur la personne et l’œuvre du Christ.

Ainsi, Philippe incarne l’unité entre illumination et moyens ordinaires :

l’Esprit l’envoie, l’Écriture le guide, la théologie l’équipe, et le Christ est son message.

Notes et références

1. Jean Calvin, Commentaire sur les Actes des Apôtres, Actes 8.35 : Calvin insiste sur la nécessité d’expliquer le texte pour éviter une lecture « morte et stérile ».

2. Luc 24.27 : parallèle méthodologique entre Jésus et Philippe.

3. 2 Timothée 1.13 : sur le modèle des saines paroles.

4. 2 Timothée 2.7 : unité entre effort humain et illumination divine.

5. 2 Timothée 2.20‑21 : le vase utile à son maître.

6. Jude 1.3 : la foi transmise une fois pour toutes.

7. Herman Bavinck, Dogmatique réformée, vol. 1, chap. 2 : sur la nature communicative de la connaissance de Dieu.

8. Tite 2.1 : sur la saine doctrine comme ministère pastoral.

9. Actes 8.35 : texte central de la méthode de Philippe.

II.D. L’Écriture expliquée : le cœur de l’illumination

Le récit d’Actes 8 montre que le moment décisif de l’illumination n’est pas l’intervention initiale de l’Esprit, ni même la disponibilité de Philippe, mais la compréhension du texte biblique. L’eunuque lit Ésaïe 53, mais demeure dans l’obscurité tant que le sens ne lui est pas ouvert. L’illumination se produit lorsque l’Écriture est expliquée, lorsque le texte inspiré devient intelligible et que son lien avec le Christ est révélé¹. L’Esprit éclaire en donnant accès au sens de la Parole, non en se substituant à elle.

L’eunuque manifeste d’ailleurs une réelle sagesse herméneutique lorsqu’il demande : « De qui le prophète dit‑il cela ? De lui‑même, ou de quelque autre ? » (Ac 8.34). Il reconnaît que le texte possède un sens objectif et cherche à en identifier le référent historique. Sa démarche est saine : il sait que le prophète peut parler de lui-même ou d’un autre, et il cherche à discerner le sens premier du passage. Mais sa compréhension demeure voilée : il perçoit la structure du texte sans en saisir la portée christologique. Cette situation correspond à ce que Paul décrit : « Quand on lit Moïse, il y a un voile sur leur cœur ; mais lorsqu’on se tourne vers le Seigneur, le voile est enlevé » (2 Co 3.15‑16). L’illumination consiste précisément en cela : non pas ajouter un sens spirituel au texte, mais dévoiler son sens littéral véritable, c’est‑à‑dire son sens historico‑grammatical, qui trouve son accomplissement en Christ.

Cette dynamique est conforme à la nature même de la révélation. L’Esprit n’agit pas en marge de l’Écriture, mais par l’Écriture. Il ne remplace pas le texte ; il en dévoile la signification. Il ne contourne pas l’exégèse ; il la rend féconde. Comme le rappelle Calvin : « L’Esprit, qui a parlé par la bouche des prophètes, ne se contredit jamais ; il éclaire ce qu’il a auparavant révélé »². L’illumination n’est donc pas une seconde révélation, mais la lumière donnée pour saisir la première.

Le récit souligne également que la compréhension de l’Écriture s’inscrit dans une tradition vivante. Philippe n’invente pas une lecture nouvelle : il transmet ce qu’il a reçu, selon « le modèle des saines paroles » (2 Tm 1.13)³. L’eunuque, de son côté, adopte la posture du disciple : il lit, il interroge, il reconnaît son besoin d’être guidé. La compréhension véritable naît lorsque l’Écriture est expliquée, et cette explication s’inscrit dans une continuité d’enseignement. C’est pourquoi Paul peut dire : « Reste attaché à ce que tu as appris » (2 Tm 3.14)⁴. L’illumination est un acte de l’Esprit, mais elle se déploie dans l’écoute, la réception et la fidélité.

Le récit montre enfin que la véritable illumination ne s’arrête jamais à la compréhension intellectuelle : elle conduit à une réception vivante de l’Écriture. Dès que l’eunuque comprend le sens du texte, il demande à être baptisé (Ac 8.36)⁵. Ce geste n’est pas improvisé ; il implique que Philippe lui a enseigné non seulement le Christ, mais aussi la doctrine du baptême, son sens et son lien avec la foi. L’illumination produit donc immédiatement une mise en pratique. La Parole expliquée devient obéissance.

Ce mouvement — comprendre, croire, obéir — correspond exactement à l’ordre missionnaire donné par Jésus : « Faites de toutes les nations des disciples, les baptisant […] et leur enseignant à garder tout ce que je vous ai prescrit » (Mt 28.19‑20)⁶. Philippe accomplit ici la mission apostolique : il enseigne, il baptise, il forme un disciple. Et l’eunuque, devenu disciple, repart « tout joyeux » (Ac 8.39)⁵, signe que la lumière reçue a transformé sa vie.

Actes 8 montre ainsi que l’Écriture expliquée est le cœur de l’illumination :

Dieu éclaire par son Esprit, en ouvrant l’intelligence à la Parole, pour conduire à la foi, à l’obéissance et à la joie.

Notes et références

1. Actes 8.35 : l’Écriture expliquée comme lieu de l’illumination.

2. Jean Calvin, Institution de la religion chrétienne, I.9.3 : sur l’unité entre l’Esprit et la Parole.

3. 2 Timothée 1.13 : le modèle des saines paroles.

4. 2 Timothée 3.14 : la fidélité à l’enseignement reçu.

5. Actes 8.36‑39 : la réception vivante de l’Écriture.

6. Matthieu 28.19‑20 : le modèle missionnaire accompli par Philippe.

7. 2 Corinthiens 3.15‑16 : le voile ôté par le Christ.

8. Herman Bavinck, Dogmatique réformée, vol. 1, chap. 5 : sur l’illumination comme compréhension de la révélation déjà donnée.

III. La doctrine de l’illumination

Le récit d’Actes 8 illustre de manière vivante ce que la théologie réformée appelle l’illumination : l’œuvre intérieure par laquelle l’Esprit Saint ouvre l’intelligence du croyant pour comprendre l’Écriture. Cette doctrine, enracinée dans l’Écriture et systématisée par la tradition réformée, affirme que la Parole de Dieu est pleinement suffisante, mais que l’homme, en raison de sa condition déchue, ne peut en saisir le sens salvateur sans l’action de l’Esprit. L’illumination n’ajoute rien à la révélation ; elle permet de la recevoir.

III.A. L’illumination : une œuvre nécessaire de l’Esprit

L’Écriture enseigne que l’homme naturel ne peut comprendre les choses de Dieu, « car elles se discernent spirituellement » (1 Co 2.14)². Le problème n’est pas intellectuel, mais spirituel : un voile demeure sur le cœur tant que l’homme ne se tourne pas vers le Seigneur (2 Co 3.15‑16)³. Ce voile n’empêche pas de lire, mais d’interpréter correctement. L’eunuque d’Actes 8 illustre cette réalité : il lit, il comprend les mots, il pose les bonnes questions, mais il ne voit pas encore le Christ.

L’illumination est donc l’acte par lequel l’Esprit enlève ce voile, non en ajoutant une révélation nouvelle, mais en donnant accès au sens véritable de la révélation déjà donnée. Comme le dit Calvin, l’Esprit « éclaire ce qu’il a auparavant révélé »¹. L’illumination n’est pas une expérience mystique détachée de la Parole, mais la compréhension spirituelle de la Parole.

III.B. L’illumination n’est pas une révélation nouvelle

La tradition réformée distingue soigneusement révélation et illumination :

- La révélation concerne le contenu : ce que Dieu a dit.

- L’illumination concerne la réception : la capacité de comprendre ce que Dieu a dit.

L’Esprit n’est pas donné pour garantir automatiquement la « bonne interprétation » du texte, ni pour inspirer le lecteur comme il a inspiré les prophètes. L’inspiration implique l’infaillibilité ; l’illumination, non. L’Écriture ne promet nulle part que l’Esprit donnera une interprétation correcte sans travail, sans étude, sans moyens humains.

L’Esprit n’ajoute pas un sens caché, n’inspire pas une lecture subjective, n’offre pas une interprétation privée. Il ouvre l’intelligence pour saisir le sens littéral, historico‑grammatical, christocentrique du texte. Lorsque Philippe explique Ésaïe 53, il ne propose pas une lecture spirituelle ajoutée au texte : il révèle le sens premier du passage, que l’eunuque ne voyait pas encore.

III.C. L’illumination est inséparable de l’Écriture

L’Esprit n’agit jamais contre la Parole, ni à côté d’elle, mais par elle.

Il n’éclaire pas en donnant des impressions intérieures indépendantes du texte, mais en ouvrant l’intelligence pour comprendre le texte. C’est pourquoi Paul peut dire : « Considère ce que je dis, car le Seigneur te donnera l’intelligence en tout » (2 Tm 2.7)⁴. L’effort humain et l’action divine ne s’opposent pas : ils s’articulent.

L’illumination ne remplace donc jamais :

- l’étude,

- la grammaire,

- l’histoire,

- l’exégèse,

- la prédication,

- la tradition apostolique.

L’Esprit n’ôte pas la nécessité du travail intellectuel ; il en sanctifie l’usage.

Sans l’Esprit, l’étude reste stérile ; sans l’étude, l’illumination n’a pas d’objet.

III.D. L’illumination passe par des moyens humains

Actes 8 montre que l’Esprit aurait pu illuminer l’eunuque directement, mais qu’il choisit d’envoyer Philippe. Ce choix n’est pas accidentel : il révèle la manière ordinaire dont Dieu éclaire son peuple. L’illumination passe par :

- la lecture,

- l’explication,

- l’enseignement,

- la prédication,

- les docteurs que Dieu donne à son Église,

- la tradition vivante de l’interprétation.

L’Esprit n’abolit pas ces médiations ; il les utilise. C’est pourquoi Paul peut dire que l’Église est « la colonne et l’appui de la vérité » (1 Tm 3.15)⁵. L’illumination n’est pas un acte solitaire, mais ecclésial.

III.E. L’illumination est inséparable de la régénération

L’Esprit n’illumine pas seulement l’intelligence : il renouvelle la volonté.

La régénération donne au croyant une disposition nouvelle, capable de se soumettre au texte plutôt que de le tordre. Sans cette œuvre préalable, même une exégèse correcte peut rester stérile. On peut trouver le sens exact d’un passage, l’expliquer avec clarté, et pourtant ne pas le recevoir avec foi.

L’illumination est donc inséparable de la régénération : elle donne non seulement la lumière pour comprendre, mais le cœur pour croire.

III.F. L’illumination conduit à la foi, à l’obéissance et à la joie

L’illumination n’est pas une simple clarté intellectuelle.

Elle produit :

- la foi (l’eunuque croit),

- l’obéissance (il demande le baptême),

- la joie (il repart tout joyeux).

L’Esprit illumine pour transformer.

La lumière reçue devient vie, engagement, service. L’eunuque, devenu disciple, retourne en Éthiopie comme témoin. L’illumination fait de lui un lecteur, puis un croyant, puis un serviteur.

Notes et références

1. Jean Calvin, Institution de la religion chrétienne, I.9.3 : sur l’unité entre l’Esprit et la Parole.

2. 1 Corinthiens 2.14 : incapacité spirituelle de l’homme naturel.

3. 2 Corinthiens 3.15‑16 : le voile ôté par le Christ.

4. 2 Timothée 2.7 : articulation entre effort humain et illumination divine.

5. 1 Timothée 3.15 : l’Église comme colonne et appui de la vérité.

6. Actes 8.36‑39 : la réception vivante de l’Écriture.

7. Psaume 119.18 : « Ouvre mes yeux, pour que je contemple les merveilles de ta loi. »

IV. L’illumination et la vie de l’Église : une perspective ecclésiologique et confessionnelle

Si l’illumination est l’œuvre intérieure de l’Esprit, elle n’est jamais séparée des moyens ordinaires que Dieu a institués dans son Église. L’Esprit éclaire par la Parole, mais il éclaire aussi dans l’Église, par l’Église, pour l’Église. La compréhension de l’Écriture n’est pas un acte isolé, mais un acte ecclésial. L’Église devient ainsi le lieu où les croyants sont formés, équipés et rendus capables de manier les outils nécessaires à une lecture fidèle de la Parole.

IV.A. L’Église comme lieu ordinaire de l’illumination

Paul décrit l’Église comme « la colonne et l’appui de la vérité » (1 Tm 3.15)¹. Cette affirmation ne signifie pas que l’Église crée la vérité, mais qu’elle en est le lieu de conservation, de transmission et d’enseignement. Dieu a donné à son peuple des pasteurs et des docteurs « pour le perfectionnement des saints » (Ép 4.11‑12)². L’illumination n’est donc pas une expérience privée détachée de la communauté, mais une œuvre de l’Esprit qui s’accomplit dans le cadre des moyens ordinaires : la lecture publique, la prédication, la catéchèse, la discipline et les sacrements.

Calvin souligne que l’Esprit n’agit pas de manière anarchique, mais « par la prédication extérieure »³. L’Église est ainsi l’atelier où l’Esprit forme ses disciples.

IV.B. La tradition confessionnelle comme coffre à outils herméneutique

La tradition de l’Église — ses confessions, ses catéchismes, ses liturgies, ses commentaires — peut être comprise comme un coffre à outils transmis de génération en génération. Ces outils ne remplacent pas l’Écriture ; ils en facilitent la lecture fidèle. Ils permettent de :

- discerner les genres littéraires,

- situer un texte dans son cadre canonique,

- éviter les erreurs anciennes,

- comprendre les doctrines fondamentales,

- lire l’Écriture avec l’Église plutôt que contre elle.

Comme le note Bavinck, « la théologie n’est jamais une création individuelle, mais un héritage reçu et transmis »⁴. La tradition n’est pas un poids, mais un instrument. Elle n’est pas une autorité concurrente, mais une aide herméneutique.

L’analogie du coffre à outils éclaire cette réalité : un artisan ne méprise pas les outils hérités de ses pères ; il les reçoit, les entretient et apprend à les manier. De même, le croyant reçoit de l’Église les instruments nécessaires pour lire l’Écriture avec discernement.

IV.C. Le croyant comme apprenti : recevoir, manier et discerner

Chaque croyant est appelé à devenir un « ouvrier qui n’a pas à rougir, qui dispense droitement la parole de la vérité » (2 Tm 2.15)⁵. Cette compétence ne s’acquiert pas instantanément. Elle se forme par l’écoute, l’étude, la pratique et la soumission à l’enseignement reçu.

Chaque sermon, chaque étude biblique, chaque catéchèse est un outil que le croyant ajoute à son propre kit herméneutique. Avec le temps, il apprend :

- à discerner quel outil utiliser selon le genre du texte,

- à éviter les lectures littéralistes inappropriées,

- à reconnaître les structures narratives,

- à lire l’Écriture dans son unité christocentrique,

- à articuler exégèse, théologie biblique et théologie systématique.

Comme un apprenti qui apprend à manier ses instruments, le croyant progresse dans la maturité herméneutique.

IV.D. Les ministères comme artisans de l’illumination

Les ministères institués jouent un rôle essentiel dans cet atelier ecclésial. Le pasteur explique l’Écriture ; les anciens veillent à la doctrine ; les diacres servent l’édification du corps. Leur service n’est pas accessoire : il est un instrument de l’illumination.

Dans une perspective confessionnelle, le diacre n’est pas seulement un gestionnaire matériel. Il contribue à l’ordre, à la formation et à la vie de l’Église. En facilitant l’enseignement, en soutenant les ministères, en veillant à l’accès aux ressources, il participe à l’œuvre d’illumination. Comme le note Turretin, « Dieu utilise des instruments humains pour accomplir des œuvres spirituelles »⁶.

Le ministère diaconal, orienté vers l’édification, devient ainsi un service direct rendu à la Parole.

IV.E. L’eunuque comme modèle du disciple équipé

L’eunuque d’Actes 8 illustre cette dynamique. Il lit l’Écriture, mais ne comprend pas. Philippe lui donne les outils nécessaires : une clé herméneutique (le Christ), une doctrine (le baptême), une intégration dans la tradition apostolique. Aussitôt éclairé, il repart « tout joyeux » (Ac 8.39)⁷.

Son parcours montre que :

- l’illumination passe par l’enseignement,

- l’enseignement produit la foi,

- la foi conduit à l’obéissance,

- l’obéissance conduit au témoignage.

L’eunuque devient un disciple équipé, capable à son tour de transmettre ce qu’il a reçu.

Notes et références

1. 1 Timothée 3.15 : l’Église comme colonne et appui de la vérité.

2. Éphésiens 4.11‑12 : les ministères donnés pour l’édification.

3. Jean Calvin, Institution de la religion chrétienne, IV.1.5 : sur la prédication comme moyen ordinaire.

4. Herman Bavinck, Dogmatique réformée, vol. 1, chap. 1 : la théologie comme héritage.

5. 2 Timothée 2.15 : l’ouvrier de la Parole.

6. François Turretin, Institutes of Elenctic Theology, I.2 : sur les instruments humains.

7. Actes 8.39 : la joie du disciple éclairé.

Conclusion : La joie de l’illumination et la louange du Dieu qui éclaire

Le récit d’Actes 8 se clôt sur une note brève mais théologiquement décisive : « Il poursuivit sa route tout joyeux » (Ac 8.39). Cette joie n’est pas un simple état affectif ; elle est l’expression d’une béatitude, au sens biblique du terme. Elle manifeste la félicité de celui dont les yeux ont été ouverts, dont l’intelligence a été éclairée, et qui a rencontré dans l’Écriture non seulement une vérité, mais un Sauveur. La joie de l’eunuque est la joie du disciple illuminé, semblable à celle du psalmiste : « La révélation de tes paroles éclaire, elle donne de l’intelligence aux simples » (Ps 119.130)¹.

Cette béatitude n’est pas naïve. Elle ne nie pas les difficultés à venir. Elle est la joie de celui qui a reçu des outils pour marcher dans la lumière. L’eunuque repart équipé : une clé herméneutique (le Christ), une doctrine (le baptême), une intégration dans la tradition apostolique. Sa joie est celle d’un homme désormais capable d’affronter la route entière, même lorsque le chemin devient ardu. Comme le rappelle Calvin, « la vraie connaissance de Dieu porte toujours son fruit en patience »². L’illumination n’est pas un refuge contre l’épreuve, mais une lumière pour la traverser.

Ainsi, l’Église est appelée à vivre dans cette dynamique : recevoir la Parole, être éclairée par l’Esprit, se soumettre à la vérité, et répondre par l’adoration. L’illumination n’est pas seulement une doctrine ; elle est une culture ecclésiale, un mode de vie, une manière de marcher ensemble dans la lumière. Elle forme des croyants capables de manier les outils de l’interprétation, de discerner la vérité, de vivre l’Évangile et de le transmettre. Elle fait de l’Église un atelier où l’Esprit façonne des disciples qui deviennent des serviteurs.

Et cette œuvre conduit naturellement à la louange. Celui qui a été éclairé ne peut que rendre gloire à Dieu. Comme le dit Calvin, « toute vraie connaissance de Dieu doit tendre à sa gloire »³. L’illumination n’est donc pas une fin en soi : elle est un chemin vers la gloire de Dieu. Elle conduit le croyant à reconnaître la sagesse du Père, la grâce du Fils, et la lumière de l’Esprit.

Que notre prière soit celle du psalmiste : « Ouvre mes yeux, pour que je contemple les merveilles de ta loi » (Ps 119.18). Car contempler ces merveilles, c’est déjà entrer dans la louange. Et que notre marche soit celle de l’eunuque : éclairée, joyeuse, obéissante, missionnelle. Que l’Église demeure ce peuple illuminé, humble, enseignable, fidèle, qui reçoit la Parole comme un trésor et qui répond par l’adoration.

À Dieu seul soit la gloire.

Soli Deo Gloria

Notes

1. Psaume 119.130 : la Parole qui éclaire.

2. Jean Calvin, Institution de la religion chrétienne, III.2.41 : la patience comme fruit de la foi.

3. Jean Calvin, Institution de la religion chrétienne, I.2.1 : la connaissance de Dieu orientée vers sa gloire.

Simon Arseneault

Autodidacte en théologie. Je suis passionné pour le Seigneur et sa Parole , elle m'a transformer et continue de le faire. Je partage ici le fruit de cet appel.

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