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Un sujet intéressant. Merci beaucoup @simona
Théologie

La simplicité divine et l’unité de la grâce dans la justification et la sanctification

Simon Arseneault
Simon Arseneault
12/14/2025·21 min read

La simplicité divine et l’unité de la grâce dans la justification et la sanctification

Introduction : un Dieu, une grâce, un salut

La doctrine de la simplicité divine, bien qu’ancienne et enracinée dans la confession de l’Église, demeure souvent méconnue ou reléguée au rang de spéculation métaphysique. Pourtant, elle constitue une clé herméneutique majeure pour comprendre l’unité du salut. Dire que Dieu est simple, c’est affirmer qu’il est indivisible, qu’il n’est pas composé de parties ou d’attributs qui pourraient entrer en tension. Dieu est ce qu’il est (Exode 3.14), pleinement et parfaitement, sans mélange ni contradiction.

Cette vérité, loin d’être abstraite, éclaire la manière dont nous recevons la grâce divine. Dans l’histoire de l’Église, la tension entre justification et sanctification a souvent suscité des débats : fallait-il insister sur la gratuité du pardon ou sur l’exigence de la vie nouvelle ? Les controverses entre antinomisme et légalisme, entre assurance et crainte, montrent combien il est nécessaire de revenir à la source : un Dieu simple, qui agit de manière unifiée.

Ainsi, cet article propose de montrer que justification et sanctification ne sont pas deux actes dissociés ou parallèles de Dieu, mais les expressions unifiées d’une seule et même grâce procédant d’un Dieu simple et fidèle à lui-même. En suivant un parcours théologique et pastoral, nous verrons que la simplicité divine n’est pas une curiosité doctrinale, mais une lumière qui éclaire la beauté d’un salut indivisible, offert en Christ par l’Esprit.

La simplicité divine : définition et implications

La simplicité divine est l’une des doctrines les plus fondamentales de la théologie chrétienne, mais aussi l’une des plus méconnues. Elle affirme que Dieu n’est pas composé de parties, d’éléments ou de composants qui s’ajoutent à son essence. Il n’est pas un être auquel on pourrait attribuer des qualités comme des accessoires ; il est ses attributs. Dire que Dieu est simple, c’est dire qu’il est indivisible, que son être est identique à ses perfections.

Définition classique

Les Pères de l’Église ont posé les bases de cette doctrine. Athanase, dans sa défense de la divinité du Fils, insistait sur le fait que Dieu est immuable et indivisible : s’il pouvait être composé, il pourrait être altéré, et donc ne serait pas Dieu. Augustin, dans De Trinitate, souligne que Dieu est « tout ce qu’il a » : sa sagesse est son être, son amour est son être, sa justice est son être.

La théologie scolastique a repris et systématisé cette intuition. Thomas d’Aquin, dans la Somme théologique (I, q.3), affirme que Dieu est « acte pur », sans composition de matière et de forme, d’essence et d’existence, ou d’attributs distincts. La simplicité divine est ainsi la garantie de son immuabilité et de sa perfection.

La Réforme n’a pas abandonné cette doctrine, mais l’a intégrée dans une théologie centrée sur l’Écriture. Calvin, dans les Instituts (I.13.2), insiste sur le fait que Dieu n’est pas divisé en parties, mais qu’il est « simple et spirituel ». Herman Bavinck, plus tard, résumera : « Dieu est tout ce qu’il possède. Ses perfections sont identiques à son essence. »

La doctrine chrétienne classique sur Dieu affirme l’absoluité du Seigneur. Il est, comme le disait Anselme, Celui dont rien de plus grand ne peut être conçu. Il n’existe au-dessus de lui aucune norme, aucun être, rien qui puisse définir son essence. C’est ce que l’Écriture déclare à plusieurs endroits, dans Hébreux 6.13 par exemple : « Lorsque Dieu fit la promesse à Abraham, ne pouvant jurer par un plus grand que lui, il jura par lui-même. »

Dans ce texte, Dieu n’est pas simplement présenté comme étant le plus grand des êtres, mais comme étant absolu, c’est-à-dire comme Celui dont rien de plus grand ne peut être conçu et qui ne dépend de rien. Rien ne peut donc conditionner ni définir l’essence de Dieu en dehors de lui-même. L’auteur de l’épître poursuit en affirmant que si Dieu est bien Celui dont rien de plus grand ne peut être conçu, les croyants possèdent alors en lui le plus sûr fondement qui soit (Hé 6.17) : « C’est pourquoi Dieu, voulant montrer avec plus d’évidence aux héritiers de la promesse l’immutabilité de sa résolution, intervint par un serment. »

L’absoluité de Dieu implique son immuabilité. Si Dieu est absolu, il ne peut donc changer, il ne peut s’améliorer ni se détériorer, il ne peut apprendre ni oublier ; il n’est d’aucune façon soumis à la contingence, bien qu’il soit immanent dans ses actes. En examinant l’impassibilité de Dieu, nous avons vu combien cette doctrine est essentielle pour comprendre le rapport entre la créature finie et temporelle et le Créateur infini et éternel. Maintenant l’immuabilité, l’impassibilité et l’absoluité de Dieu nécessitent la simplicité divine. Quel est le lien entre la simplicité et l’absoluité/immuabilité de Dieu? Sans la doctrine de la simplicité divine, l’absoluité, la transcendance, la souveraineté, l’éternité, l’immuabilité et l’impassibilité de Dieu sont compromises. Qu’est-ce donc que la simplicité de Dieu?

Notre confession affirme la simplicité divine lorsqu’elle déclare que Dieu est indivisible (sans parties dans l’original anglais). Lorsque nous entendons le mot « simplicité » nous pensons à quelque chose de facile à comprendre. Ce n’est pas le sens du mot lorsque nous parlons de la simplicité divine. En disant que Dieu n’est pas composé de parties, la confession affirme qu’il est simple, par opposition à complexe ou composé. Il existe deux catégories d’êtres : des êtres complexes formés de différentes parties non essentielles et un Être simple qui n’est pas formé de parties et dans lequel il n’y a rien qui n’appartienne pas en propre à son essence. Ceci est à la base de la distinction entre le créé et l’incréé. Les théologiens ont exprimé cette orthodoxie en disant : « Il n’y a rien en Dieu qui n’est pas Dieu. » Essayons de voir ce que cela signifie.

Un être humain est composé de différentes parties dont la somme fait de lui l’être qu’il est. L’homme est donc dépendant de ses parties pour être. Certaines parties peuvent lui manquer sans qu’il ne cesse d’être humain pour autant. Dieu est radicalement différent ; il n’est pas la somme ou l’équilibre de parties qui, mises ensemble, forment Dieu. S’il en était ainsi, Dieu ne serait plus absolu puisqu’il dépendrait de la somme d’ingrédients indépendants de lui pour pouvoir être ce qu’il est. Au contraire, il n’y a rien en Dieu qui ne soit pas Dieu. Par exemple, l’amour, que nous distinguons généralement comme une réalité qui n’est pas en soi divine, n’est pas possédé par Dieu comme une addition à son être comme chez l’homme qui le possède en tant que qualité. Dieu EST amour (1 Jn 4.16). Il en va ainsi pour tous ses attributs : Dieu n’a pas des attributs, il est ses attributs. L’essence divine n’est pas l’équilibre entre des attributs différents, mais Dieu est identique à ses attributs et tous ses attributs sont identiques entre eux parce qu’ils sont Dieu. Il n’y a pas de tension entre la justice et l’amour de Dieu ; nous les distinguons dans notre perspective parce qu’il nous est impossible de faire autrement, mais Dieu est parfaitement et simultanément amour et justice parce que Dieu est simplement (Ex 3.14).

Afin de donner un exemple confessionnel la confession de foi Londre de 1689 par exemple , exprime cette doctrine en disant que Dieu est « incorporel, indivisible, impassible. » Le mot « indivisible » traduit l’anglais « without parts » ; littéralement : Dieu est sans parties. Cette expression indique l’adhérence au dogme historique de la simplicité divine. Dieu n’est pas composé de parties que l’on pourrait diviser, mais son essence est indivisible. Tous ses attributs appartiennent à son essence propre : Dieu n’a pas de l’amour, il est amour, Dieu n’a pas de la sainteté, il est saint, Dieu n’a pas l’existence, il est. Les attributs de Dieu ne sont pas des parties qui définissent Dieu, mais plutôt Dieu est ses attributs. L’amour, la sainteté, la liberté existent pour nous uniquement comme des réalités analogiques qui découlent de Dieu et non comme des réalités ontologiquement absolues. Autrement dit, l’amour, la sainteté, la liberté, etc. n’existent que parce que Dieu existe.

Premièrement, Dieu n’est pas la somme de ses attributs, c’est-à-dire que Dieu n’est pas composé par des attributs qui s’équilibreraient mutuellement comme les parties d’un tout. Il ne faut pas envisager les attributs de Dieu comme des réalités auto-existantes que Dieu possèderait en plus grande quantité que l’homme.

Deuxièmement, il ne faut pas imaginer les attributs de Dieu comme s’ajoutant à son essence propre. Dieu n’a pas des attributs, il est ses attributs

Implications théologiques

La simplicité divine signifie que les attributs de Dieu ne sont pas en tension. L’amour de Dieu n’est pas un pan de son être ; Dieu est amour (1 Jean 4.8). De même, il est justice, sainteté, miséricorde et fidélité, non par juxtaposition, mais en parfaite unité. Cela implique que toute action divine est saturée de chacun de ses attributs : la grâce ne contredit jamais la justice, la miséricorde n’amoindrit pas la sainteté, la patience ne suspend pas la vérité.

Cette doctrine protège contre une vision fragmentée de Dieu. Trop souvent, les croyants imaginent un Dieu qui change de posture : tantôt juge sévère, tantôt père compatissant, tantôt maître exigeant. Mais la simplicité divine rappelle que Dieu est toujours pleinement lui-même. Il n’y a pas en lui de contradiction interne, ni de division entre ses actes.

Implications sotériologiques

Dans le cadre du salut, cette unité divine signifie que la justification et la sanctification ne peuvent être perçues comme des grâces concurrentes. Elles sont des modalités différentes d’une même réalité : l’union du croyant avec le Christ.

John Murray, dans Redemption Accomplished and Applied, insiste sur l’unité organique du salut : « Les diverses étapes de l’application de la rédemption ne sont pas des actes indépendants, mais des aspects d’une seule œuvre de grâce. » La simplicité divine en est le fondement : le Dieu qui justifie est le même qui sanctifie, et il agit toujours de manière cohérente avec lui-même.

Ainsi, lorsque Dieu déclare le pécheur juste, il ne suspend pas son exigence de sainteté ; il la réalise en Christ et la communique par l’Esprit. Lorsque Dieu sanctifie, il ne retire pas la gratuité du pardon ; il manifeste la puissance de la grâce qui transforme. Le même Christ qui est notre justice est aussi notre sanctification (1 Corinthiens 1.30).

Illustrations pastorales

On peut comparer la simplicité divine à une source pure. L’eau qui jaillit n’est pas composée de plusieurs liquides différents ; elle est une et entière. Pourtant, cette eau désaltère, purifie, irrigue, et donne la vie. De même, la grâce de Dieu, procédant d’un être simple, se manifeste sous des formes diverses (justification, sanctification, adoption, glorification), mais elle est toujours la même eau vive qui vient du Christ.

Cette doctrine est donc loin d’être une spéculation abstraite. Elle est une consolation pour le croyant : Dieu n’est pas partagé entre des attitudes contradictoires envers nous. Il ne nous aime pas d’un côté et nous juge de l’autre. Il se donne entièrement, en Christ, par l’Esprit, dans une grâce indivisible.

Justification et sanctification : distinction sans séparation

La tradition réformée a toujours insisté sur la nécessité de distinguer justification et sanctification, tout en refusant de les séparer. Cette distinction est essentielle pour préserver la gratuité du salut et la réalité de la transformation chrétienne. Mais elle doit être comprise dans le cadre de la simplicité divine : Dieu agit toujours de manière unifiée, et ses dons ne sont jamais en concurrence.

La justification : un acte juridique et gracieux

La justification est l’acte par lequel Dieu déclare le pécheur juste sur la base de l’obéissance parfaite du Christ, imputée par la foi seule. Elle est un verdict, une déclaration judiciaire, qui repose non sur nos œuvres mais sur l’œuvre accomplie du Sauveur. Luther parlait de la justification comme de l’« article par lequel l’Église se tient ou tombe ». Elle est le cœur de l’Évangile, la proclamation que le pécheur est accepté par Dieu en raison de Christ seul.

Calvin précise : « Tant que Christ demeure séparé de nous, tout ce qu’il a souffert et accompli pour le salut du genre humain est inutile et sans effet pour nous » (Instituts, III.1.1). La justification n’est donc pas une abstraction, mais un bienfait reçu dans l’union avec Christ. Elle est imputée, non infusée ; elle repose sur une justice extérieure à nous, mais qui nous est réellement attribuée par la foi.

La sanctification : une œuvre de transformation

La sanctification, en revanche, est l’acte continu par lequel Dieu rend le croyant saint dans toute sa conduite. Elle n’est pas une déclaration mais une transformation réelle, opérée par l’Esprit. Pierre exhorte : « Devenez saints dans toute votre conduite » (1 Pierre 1.15-16). La sanctification est progressive, elle touche l’ensemble de la vie, et elle manifeste la puissance de la grâce qui renouvelle.

Turretin distingue soigneusement : la justification est un acte unique et parfait, tandis que la sanctification est un processus continu. Mais il ajoute que les deux sont inséparables, car elles procèdent de la même union avec Christ. John Murray, dans Redemption Accomplished and Applied, souligne que « la sanctification n’est jamais isolée de la justification, mais elle en est le fruit nécessaire. »

L’union avec Christ : le fondement commun

Ce qui unit justification et sanctification, c’est l’union avec Christ. Par la foi, le croyant est greffé en lui comme un sarment à la vigne (Jean 15). De cette union découle une double grâce : être déclaré juste et être rendu saint. Calvin résume : « Par la communion que nous avons avec lui, nous recevons la double grâce de la justification et de la sanctification. »

La simplicité divine éclaire cette unité : Dieu n’octroie pas d’abord une justice extérieure, puis plus tard une sanctification intérieure comme si deux actes indépendants se succédaient. Le Dieu simple agit toujours de manière cohérente : lorsqu’il justifie, il régénère ; lorsqu’il adopte, il sanctifie. Le même Christ qui est notre justice est aussi notre sanctification (1 Corinthiens 1.30).

Illustrations pastorales

On peut comparer justification et sanctification à deux rayons d’une même lumière. La lumière est une, mais elle éclaire de différentes manières : elle réchauffe et elle illumine. De même, la grâce est une, mais elle pardonne et elle transforme. Séparer ces deux aspects, c’est mutiler la lumière ; les confondre, c’est perdre la clarté de ses effets distincts.

Dans la vie pastorale, cette distinction sans séparation est cruciale. Le croyant angoissé doit entendre que sa justification est parfaite et achevée en Christ, indépendamment de ses progrès dans la sanctification. Mais le croyant complaisant doit entendre que la grâce qui justifie est aussi celle qui sanctifie, et qu’il n’y a pas de pardon sans transformation. L’unité de la grâce protège ainsi contre l’antinomisme et le légalisme.

Une grâce unifiée dans un Dieu simple

Il est essentiel de ne pas diviser Dieu en deux attitudes envers nous : l’une légale (justification) et l’autre morale (sanctification). Une telle dichotomie menace l’unité de la grâce et fragmente l’action divine. Dieu ne joue pas deux rôles successifs dans notre salut, comme un juge qui prononcerait d’abord un verdict puis un éducateur qui viendrait ensuite former le condamné. Il se donne entièrement dans le Fils par le Saint-Esprit, et son œuvre est une.

La simplicité divine nous rappelle que Dieu n’agit jamais en contradiction avec lui-même. Lorsqu’il justifie, il sanctifie ; lorsqu’il pardonne, il transforme ; lorsqu’il adopte, il régénère. La grâce n’est pas une succession de dons partiels, mais le don entier de Christ. C’est pourquoi Paul peut dire : « Le Christ, qui est notre justice, est aussi notre sanctification » (1 Corinthiens 1.30).

Deux erreurs opposées

Une juste compréhension de la simplicité divine met en garde contre deux erreurs opposées, qui ont marqué l’histoire de l’Église et qui continuent de menacer la vie chrétienne :

- L’antinomisme : il voudrait la justification sans la sanctification, comme si Dieu pouvait déclarer juste sans transformer. Cette erreur réduit la grâce à un simple pardon légal, sans puissance de renouvellement. Elle nie que l’Esprit qui applique la justice du Christ est aussi celui qui produit la sainteté.

- Le légalisme : il voudrait la sanctification comme condition de la justification, comme si l’œuvre de Dieu devait être complétée par l’homme. Cette erreur réduit la grâce à une aide partielle, que l’homme doit achever par ses propres efforts. Elle nie que la justice imputée du Christ est suffisante et parfaite.

Ces deux dérives, opposées mais également destructrices, naissent d’une vision divisée de Dieu et de son œuvre. La simplicité divine les réfute : Dieu est un, et sa grâce est une.

La grâce indivisible

La simplicité de Dieu montre que sa grâce ne peut être partagée ni conditionnée. Elle est entière, cohérente, et elle se donne dans le Christ. C’est dans le don total du Fils que nous sommes à la fois déclarés justes et rendus saints. La justification et la sanctification ne sont pas deux grâces concurrentes, mais deux facettes d’une même réalité : l’union avec Christ.

On peut comparer cette unité à l’Église elle-même. Elle procède d’une même autorité, celle du Christ, qui s’exerce de manière diverse et variée à travers les ministères, les dons et les vocations. Pourtant, cette diversité ne remet jamais en question le fondement unique : l’unité du corps sous une seule tête. De même, la grâce se manifeste sous des formes variées — pardon, transformation, adoption, glorification — mais elle procède d’un seul Seigneur et garde une cohérence indivisible.

Ou encore, l’image du cep et des sarments (Jean 15) illustre cette vérité avec force. En Christ, source de tous les bienfaits, les sarments qui y sont rattachés bénéficient de sa vitalité. Le même flux de vie qui pardonne est celui qui sanctifie ; le même Christ qui est justice est aussi sanctification. Vouloir séparer justification et sanctification, c’est imaginer des sarments qui recevraient la sève pour être déclarés vivants sans jamais porter de fruit ; vouloir les confondre, c’est nier la distinction entre la vie reçue et les fruits produits. Mais dans les deux cas, la réalité demeure : une seule sève, une seule grâce, un seul Christ.

Application pastorale

Cette vérité est une source d’assurance pour le croyant. Il n’a pas à craindre que Dieu change d’attitude envers lui, comme s’il pouvait être favorable dans la justification mais exigeant dans la sanctification. Le Dieu simple agit toujours de manière cohérente : celui qui justifie est aussi celui qui sanctifie et glorifie.

Elle est aussi une source de joie dans la sanctification. Le croyant ne poursuit pas la sainteté pour compléter la justification, mais parce qu’il est déjà justifié. La sanctification est le fruit naturel de la grâce, non sa condition.

Enfin, elle est une lumière pour la prédication. L’Évangile n’est pas un message fragmenté, qui offrirait d’abord le pardon puis plus tard une exigence morale. Il est une bonne nouvelle unifiée : le Christ donné par le Père, appliqué par l’Esprit, est à la fois notre justice et notre sanctification.

Appuis bibliques et confessionnels

La simplicité divine et l’unité de la grâce ne sont pas des spéculations abstraites ; elles sont enracinées dans le témoignage de l’Écriture et confessées par l’Église. La Bible présente un salut indivisible, où justification et sanctification procèdent d’un même dessein divin. Les confessions réformées, quant à elles, expriment cette cohérence avec clarté et fermeté.

Témoignage biblique

- Romains 8.28‑30 : Paul décrit ce que l’on appelle la « chaîne d’or du salut ». Ceux que Dieu a prédestinés, il les appelle ; ceux qu’il appelle, il les justifie ; ceux qu’il justifie, il les glorifie. Cette séquence n’est pas une succession d’actes indépendants, mais l’expression d’un dessein unique et indivisible. La simplicité divine éclaire cette cohérence : Dieu n’agit pas par étapes contradictoires, mais par une grâce unifiée qui conduit infailliblement le croyant de l’élection à la gloire. La justification et la sanctification s’inscrivent dans cette chaîne comme les fruits d’une même union avec Christ.

- Éphésiens 1.3‑4 : Dieu nous a bénis de toute bénédiction spirituelle en Christ, nous ayant élus pour être saints. L’élection et la sanctification sont liées dans un même dessein.

- Éphésiens 2.8‑10 : La grâce sauve par la foi, non par les œuvres, mais elle produit des œuvres préparées d’avance. La justification et la sanctification sont inséparables.

- Tite 2.11‑14 : La grâce nous sauve et nous forme à renoncer à l’impiété. La même grâce pardonne et transforme.

- Jean 15.1‑5 : L’image du cep et des sarments illustre l’unité de la grâce. Les sarments ne peuvent vivre ni porter du fruit sans être attachés au cep. De même, justification et sanctification procèdent d’une seule source : la vie du Christ communiquée par l’Esprit.

Ces textes montrent que la Bible ne divise pas Dieu en deux attitudes envers nous : l’une légale (justification) et l’autre morale (sanctification). Elle présente un salut unifié, enraciné dans l’union au Christ.

Témoignage confessionnel

Les confessions réformées reflètent cette cohérence :

- Confession de foi de Westminster (1647), chap. 11.2 : « La foi [...] reçoit et repose uniquement sur Christ pour la justification ; mais elle n’est jamais seule dans la personne justifiée, elle est toujours accompagnée de toutes les autres grâces salutaires. »

- Confession de foi de Westminster, chap. 13.1 : « Ceux qui sont appelés et régénérés [...] sont aussi, par la foi, unis à Christ [...] et ont ainsi le germe de la sanctification. »

- Confession de foi baptiste de Londres (1689), chap. 13.1 : « Ceux qui sont unis à Christ [...] sont sanctifiés réellement et personnellement. »

- Catéchisme de Heidelberg, Q&R 60‑64 : il souligne que la foi seule justifie, mais que cette foi ne peut rester stérile ; elle produit nécessairement des fruits de sanctification.

- Canons de Dordrecht (1619) : ils insistent sur la persévérance des saints, montrant que la grâce qui justifie est aussi celle qui sanctifie et conduit jusqu’à la gloire.

Ces textes confessionnels montrent que l’Église réformée confesse l’unité de la grâce : la justification n’est jamais séparée de la sanctification, et la grâce qui sauve est la même qui transforme. La simplicité divine en est le fondement théologique : un Dieu simple agit par une grâce simple, indivisible, et cohérente.

Conséquences pratiques et pastorales

Cette unité de la grâce dans le Dieu simple a de profondes implications :

Assurance : le croyant ne dépend pas d’un équilibre entre deux grâces, mais d’un seul Christ donné entièrement.

Sanctification joyeuse : elle n’est pas une menace pour la grâce, mais son fruit naturel.

Prédication centrée sur Christ : le même Évangile justifie et sanctifie, il ne faut pas le segmenter.

Unité ecclésiale : elle encourage à ne pas opposer les sensibilités doctrinales ou les phases de la vie chrétienne.

Conclusion

La doctrine de la simplicité divine nous rappelle que Dieu n’est pas un être contingent, soumis aux aléas du temps ou aux interactions humaines. Il est absolu, immuable, et sa nature ne dépend de rien d’extérieur à lui. Les théismes modernes qui présentent un Dieu passible, changeant, ou limité par la liberté humaine ne décrivent pas le Dieu des Écritures, mais une idole façonnée à l’image de la créature (Romains 1.23, 25). L’idolâtrie consiste précisément à se fabriquer un dieu qui peut évoluer, apprendre, ou être conditionné par l’histoire ; mais un tel dieu n’est pas le Dieu vivant et vrai.

Si nous nous trompons sur l’essence de Dieu, nous nous tromperons nécessairement sur ses œuvres. La doctrine de l’être divin est le socle qui permet de comprendre correctement la création, la providence et la rédemption. Elle est aussi la clé pour interpréter fidèlement la révélation biblique. La simplicité divine garantit que Dieu agit toujours en cohérence avec lui-même : il ne peut être amour sans être saint, il ne peut pardonner sans transformer, il ne peut justifier sans sanctifier.

Confesser le Dieu de la Bible, c’est le confesser tel qu’il s’est révélé : transcendant dans son essence, immanent dans ses actes. Les Écritures proclament son absoluité (2 Samuel 7.22 ; Psaume 145.3 ; Jérémie 32.18 ; Romains 11.33 ; 1 Timothée 6.16 ; Jacques 1.17). Il est Celui dont rien de plus grand ne peut être conçu. Affirmer la simplicité divine, c’est maintenir cette absoluité : Dieu n’a pas de parties, il n’est pas composé, il n’est pas muable. Tout ce qu’il est, il l’est en lui-même et de lui-même. Dieu est amour, Dieu est saint, Dieu est éternel, Dieu est omniscient, Dieu est omnipotent ; et il est tout cela parfaitement, sans dépendre de rien ni devenir autre que ce qu’il est.

Ainsi, la simplicité divine n’est pas une curiosité doctrinale, mais une confession fondamentale. Elle nous garde de l’idolâtrie, elle nous conduit à l’adoration, et elle éclaire la beauté d’un salut unifié en Christ. Le Dieu simple se donne entièrement : en lui, nous recevons une grâce indivisible qui nous justifie, nous sanctifie et nous glorifie.

Simon Arseneault

Autodidacte en théologie. Je suis passionné pour le Seigneur et sa Parole , elle m'a transformer et continue de le faire. Je partage ici le fruit de cet appel.

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