Introduction
Parmi les divers outils thĂ©ologiques permettant une lecture cohĂ©rente de lâensemble des Ăcritures, la typologie biblique occupe une place centrale. Elle repose sur la conviction que lâhistoire de la rĂ©demption, telle que rapportĂ©e dans la Bible, est structurĂ©e par un dessein divin oĂč certains Ă©vĂ©nements, personnages ou institutions de lâAncien Testament trouvent leur accomplissement ou leur plĂ©nitude dans le Nouveau Testament. Bien plus qu'une simple allĂ©gorie ou qu'un symbolisme arbitraire, la typologie repose sur lâĂ©conomie rĂ©demptrice, guidĂ©e par la providence divine et attestĂ©e par les auteurs inspirĂ©s.
Cette Ă©tude se propose dâexposer les fondements scripturaires, thĂ©ologiques et hermĂ©neutiques de la typologie, en insistant sur son enracinement dans la structure mĂȘme du canon biblique. Nous analyserons ses principes de fonctionnement, ses usages par les auteurs bibliques eux-mĂȘmes, ainsi que ses implications pour une lecture fidĂšle, christocentrique et canonique des Ăcritures. Des exemples clĂ©s illustreront la portĂ©e de la typologie, notamment la figure du Christ comme accomplissement typologique du roi, du prophĂšte et du sacrificateur.
1. Fondements scripturaires et historiques de la typologie biblique
La typologie, dans son sens thĂ©ologique, dĂ©signe la correspondance voulue par Dieu entre des rĂ©alitĂ©s de lâAncien Testament (les types) et leur accomplissement dans le Nouveau Testament (les antitypes). Cette correspondance nâest pas arbitraire, mais enracinĂ©e dans lâhistoire rĂ©elle du salut et soutenue par lâinspiration divine des Ăcritures. Elle prĂ©suppose une vision de lâhistoire comme un drame unifiĂ© sous la providence souveraine de Dieu, dans lequel les Ă©vĂ©nements, institutions et personnes de lâAncienne Alliance trouvent leur pleine signification en JĂ©sus-Christ.
1.1 Un ancrage biblique explicite
Le Nouveau Testament atteste que les auteurs inspirĂ©s ont interprĂ©tĂ© lâAncien Testament de maniĂšre typologique. Paul affirme que « ces choses leur sont arrivĂ©es pour servir dâexemples (typoi) et elles ont Ă©tĂ© Ă©crites pour notre instruction » (1 Co 10.6, 11). De mĂȘme, lâauteur de lâĂ©pĂźtre aux HĂ©breux lit dans le systĂšme sacrificiel mosaĂŻque une ombre et une prĂ©figuration de lâĆuvre sacerdotale parfaite de Christ (HĂ© 8.5 ; 10.1). Lâusage de termes comme tupos, skia (ombre) et hypodeigma (modĂšle) dans le texte grec met en Ă©vidence un procĂ©dĂ© hermĂ©neutique reconnu et inspirĂ©.
1.2 Héritage juif et continuité herméneutique
La typologie chrĂ©tienne sâinscrit dans la continuitĂ© de certaines mĂ©thodes interprĂ©tatives juives du Second Temple, telles que la pesher et la relecture prophĂ©tique de la Torah. Les auteurs du Nouveau Testament, loin dâinventer ce procĂ©dĂ©, lâemploient de maniĂšre christocentrique, en montrant que les promesses et figures de lâAncien Testament atteignent leur plĂ©nitude dans la personne et lâĆuvre du Messie.
Plusieurs motifs typologiques majeurs trouvent leurs racines dans lâAncien Testament et sont rĂ©interprĂ©tĂ©s Ă la lumiĂšre du Christ :
Dieu comme Parent-RĂ©dempteur (goel) : Dans la loi mosaĂŻque, le goel est celui qui rachĂšte un membre de la famille tombĂ© en esclavage ou dĂ©possĂ©dĂ© de son hĂ©ritage (Lv 25.25 ; Rt 4.1-10). Ce rĂŽle prĂ©figure lâĆuvre rĂ©demptrice de Christ, qui rachĂšte son peuple de lâesclavage du pĂ©chĂ© (Ga 4.4-5).
JĂ©rusalem comme type du Jardin dâĂden : Les prophĂštes prĂ©sentent la JĂ©rusalem restaurĂ©e comme un lieu de communion parfaite avec Dieu, dâabondance et de paix (Ăs 65.17-25 ; Ăz 47.1-12). Cette image renvoie au jardin originel dâĂden et annonce la JĂ©rusalem cĂ©leste dĂ©crite en Apocalypse 21â22.
LâExode comme motif de salut : La dĂ©livrance dâIsraĂ«l hors dâĂgypte devient un paradigme du salut, repris par les prophĂštes et accompli pleinement en JĂ©sus-Christ, qui conduit un nouvel exode spirituel (Lc 9.31 ; 1 Co 10.1-4).
Le Temple comme figure de la prĂ©sence divine : Dâabord matĂ©rialisĂ© dans le tabernacle, puis dans le temple de Salomon, il annonce la prĂ©sence incarnĂ©e de Dieu en Christ (Jn 2.19-21) et, ultimement, la prĂ©sence immĂ©diate de Dieu parmi son peuple rachetĂ© (Ap 21.22).
Ces exemples dĂ©montrent que la typologie nâest pas un procĂ©dĂ© isolĂ© ou artificiel, mais quâelle est intrinsĂšque au dĂ©veloppement narratif et thĂ©ologique de lâĂcriture. Elle rĂ©vĂšle lâunitĂ© organique du plan de Dieu et prĂ©pare Ă la reconnaissance du Christ comme centre et accomplissement de toutes les promesses.
1.3 Ancrage historique et théologique
Historiquement, la typologie sâest dĂ©veloppĂ©e comme un instrument central dans la prĂ©dication et la catĂ©chĂšse de lâĂglise primitive. Les PĂšres apostoliques, tels que Justin Martyr ou IrĂ©nĂ©e de Lyon, lâutilisent abondamment pour dĂ©montrer la cohĂ©rence interne de la RĂ©vĂ©lation. La typologie nâest donc pas un ajout tardif ou une surinterprĂ©tation allĂ©gorique : elle repose sur lâintention mĂȘme de Dieu dâĂ©crire lâhistoire du salut en motifs rĂ©pĂ©titifs et progressifs.
La typologie chrĂ©tienne ne sâarrĂȘte pas Ă la reconnaissance de motifs rĂ©currents dans lâhistoire biblique : elle affirme que ces motifs trouvent leur signification ultime dans la personne et lâĆuvre de JĂ©sus-Christ. Ce point est fondamental, car il distingue lâusage chrĂ©tien de la typologie des approches simplement littĂ©raires ou morales.
Ainsi, Justin Martyr, dans son Dialogue avec Tryphon, voit dans lâagneau pascal un type du Christ immolĂ©, et dans le sang appliquĂ© sur les linteaux une image de la croix.
IrĂ©nĂ©e de Lyon, dans Contre les hĂ©rĂ©sies, prĂ©sente Ăve comme type de lâĂglise : de mĂȘme que la premiĂšre femme est tirĂ©e du cĂŽtĂ© dâAdam endormi, lâĂglise naĂźt du cĂŽtĂ© transpercĂ© du nouvel Adam.
Tertullien lit le passage de la mer Rouge comme un type du baptĂȘme chrĂ©tien, oĂč le peuple est sauvĂ© par lâeau tandis que lâennemi est englouti.
OrigĂšne, malgrĂ© ses excĂšs allĂ©goriques, conserve une approche typologique en identifiant lâarche de NoĂ© comme figure du salut offert dans lâĂglise.
Ces exemples montrent que, dĂšs les premiers siĂšcles, la typologie servait Ă unir lâAncien et le Nouveau Testament dans une mĂȘme trame rĂ©demptrice, Ă nourrir la foi des croyants et Ă dĂ©fendre lâĂvangile face aux critiques.
Plusieurs accomplissements typologiques illustrent ce principe :
Adam â Christ : Paul prĂ©sente JĂ©sus comme le « dernier Adam » (1 Co 15.45), chef dâune nouvelle humanitĂ© qui rĂ©tablit ce que le premier Adam avait perdu.
MoĂŻse â Christ : MoĂŻse, mĂ©diateur de lâancienne alliance, prĂ©figure JĂ©sus, mĂ©diateur de la nouvelle alliance (Dt 18.15 ; HĂ© 3.1-6).
David â Christ : David, roi selon le cĆur de Dieu, annonce le Roi Ă©ternel issu de sa lignĂ©e, dont le rĂšgne est universel et sans fin (2 S 7.12-16 ; Lc 1.32-33).
Lâagneau pascal â Christ : Lâagneau immolĂ© Ă la PĂąque prĂ©figure Christ, « notre PĂąque » (1 Co 5.7), dont le sang prĂ©serve du jugement divin.
Jonas â Christ : Les trois jours de Jonas dans le ventre du grand poisson annoncent la mort et la rĂ©surrection de JĂ©sus (Mt 12.40).
En plaçant JĂ©sus au centre, la typologie chrĂ©tienne affirme que lâensemble des Ăcritures converge vers lui (Lc 24.27, 44-45), et quâil est la clĂ© qui en dĂ©verrouille la signification ultime. Ainsi, la typologie devient un outil non seulement de lecture biblique, mais aussi de proclamation de lâĂvangile.
2. La typologie comme outil christocentrique
2.1 Christ, clĂ© hermĂ©neutique des Ăcritures
Une lecture christocentrique nâest pas une option mĂ©thodologique parmi dâautres : elle dĂ©coule de lâenseignement explicite de JĂ©sus et des apĂŽtres. Sur le chemin dâEmmaĂŒs, JĂ©sus « commençant par MoĂŻse et par tous les prophĂštes, leur expliqua dans toutes les Ăcritures ce qui le concernait » (Lc 24.27). Il affirme que « les Ăcritures rendent tĂ©moignage de moi » (Jn 5.39) et quâ« il fallait que sâaccomplisse tout ce qui est Ă©crit de moi dans la loi de MoĂŻse, dans les prophĂštes et dans les psaumes » (Lc 24.44).
Les auteurs du Nouveau Testament suivent la mĂȘme dĂ©marche : Pierre, Paul, lâauteur de lâĂ©pĂźtre aux HĂ©breux et Jean lisent lâAncien Testament comme un rĂ©cit qui trouve sa pleine signification en JĂ©sus-Christ. La typologie nâest donc pas un ajout artificiel : elle est inscrite dans lâintention mĂȘme de la RĂ©vĂ©lation.
2.2 Lâaccomplissement triple : Roi, ProphĂšte et Sacrificateur
Dans cette perspective, les grands offices de lâAncien Testament â royautĂ©, prophĂ©tie et sacerdoce â ne sont pas des institutions isolĂ©es : ils prĂ©figurent lâĆuvre totale du Christ.
Roi : David, Salomon et les autres rois oints annoncent le Roi parfait dont le rÚgne est éternel, juste et universel (Ps 2 ; Ap 19.16).
ProphÚte : Moïse, modÚle du prophÚte, annonce celui qui parle non seulement de la part de Dieu, mais en tant que Dieu incarné (Deut 18.15 ; Hé 1.1-2).
Sacrificateur : Aaron et le sacerdoce lĂ©vitique trouvent leur accomplissement en Christ, grand prĂȘtre selon lâordre de MelchisĂ©dek, offrant un sacrifice parfait et dĂ©finitif (HĂ© 7.23-27).
2.3 â Typologie vs. symbolisme arbitraire
La typologie biblique se distingue radicalement des lectures symboliques arbitraires ou Ă©sotĂ©riques. Dans la typologie, le lien entre lâAncien et le Nouveau Testament repose sur des Ă©vĂ©nements, des institutions ou des personnes rĂ©els, inscrits dans lâhistoire de la rĂ©demption, et accomplis objectivement en Christ. Ce nâest pas une construction intellectuelle flottante, mais une lecture enracinĂ©e dans la rĂ©alitĂ© historique et dans la progression de la rĂ©vĂ©lation.
Ă lâinverse, le symbolisme arbitraire â quâon retrouve parfois dans certaines approches mystiques, gnostiques ou allĂ©gorisantes â dĂ©coupe le texte pour y projeter des significations Ă©trangĂšres au contexte biblique, souvent dĂ©tachĂ©es de lâhistoire du salut.
LâĂcriture elle-mĂȘme nous donne le cadre pour Ă©viter cet Ă©cueil : la typologie authentique est confirmĂ©e par lâusage quâen font JĂ©sus et les apĂŽtres, et par la cohĂ©rence de tout le canon. Elle ne sâappuie pas sur une intuition personnelle ou sur des codes cachĂ©s, mais sur le dessein rĂ©vĂ©lĂ© de Dieu qui culmine en Christ.
2.4 Exemples convergents
Lâagneau pascal (Ex 12) prĂ©figure lâAgneau de Dieu qui ĂŽte le pĂ©chĂ© du monde (Jn 1.29).
La manne du désert annonce le pain de vie descendu du ciel (Jn 6.31-35).
Le serpent dâairain (Nb 21.8-9) annonce la crucifixion du Christ (Jn 3.14-15).
Ces figures ne prennent toute leur signification quâĂ la lumiĂšre de lâaccomplissement en Christ. Sans ce cadre hermĂ©neutique, lâAncien Testament demeure partiellement voilĂ© ; avec lui, lâhistoire de la rĂ©demption apparaĂźt comme un tout cohĂ©rent et progressif, centrĂ© sur la personne et lâĆuvre de JĂ©sus.
3. Typologie et méthode herméneutique
Lâusage lĂ©gitime de la typologie repose sur une mĂ©thode hermĂ©neutique solide, fidĂšle Ă lâinspiration et Ă lâunitĂ© des Ăcritures. Contrairement Ă certaines approches qui rĂ©duisent la lecture biblique Ă une analyse strictement naturaliste ou rationaliste, la mĂ©thode grammaticale-historique â lorsquâelle est pratiquĂ©e de maniĂšre confessionnelle â reconnaĂźt que le texte biblique est Ă la fois parole humaine et Parole de Dieu.
Lâapproche grammaticale-historique ne se limite donc pas Ă reconstituer le contexte original : elle intĂšgre la dimension prophĂ©tique et lâintention divine, en considĂ©rant lâensemble du canon comme un tout cohĂ©rent. Dans cette perspective, la typologie devient une consĂ©quence naturelle de lâhistoire du salut telle que Dieu lâa ordonnĂ©e.
Le christocentrisme biblique est ici incontournable. JĂ©sus lui-mĂȘme a Ă©tabli le principe hermĂ©neutique :
« Commençant par MoĂŻse et par tous les prophĂštes, il leur expliqua dans toutes les Ăcritures ce qui le concernait » (Luc 24:27).
« Il leur dit : Câest lĂ ce que je vous disais lorsque jâĂ©tais encore avec vous : il fallait que sâaccomplisse tout ce qui est Ă©crit de moi dans la loi de MoĂŻse, dans les prophĂštes et dans les psaumes » (Luc 24:44).
« Vous sondez les Ăcritures, parce que vous pensez avoir en elles la vie Ă©ternelle : ce sont elles qui rendent tĂ©moignage de moi » (Jean 5:39).
Ainsi, la typologie nâest pas une lecture secondaire ou facultative : elle dĂ©coule de lâauto-comprĂ©hension de JĂ©sus comme accomplissement des Ăcritures et de lâenseignement apostolique qui en a suivi. Une hermĂ©neutique saine reconnaĂźt donc que lâhistoire biblique est plus quâune suite de faits : elle est un tissu providentiel, tissĂ© par Dieu pour rĂ©vĂ©ler son dessein Ă©ternel en JĂ©sus-Christ.
3.1 Typologie et méthode herméneutique
Lâapproche grammaticale-historique, lorsquâelle est comprise correctement, ne se rĂ©duit pas Ă un naturalisme ou Ă un rationalisme qui exclurait toute dimension surnaturelle. Elle vise Ă interprĂ©ter le texte biblique selon son sens littĂ©ral originel, dans son contexte historique et linguistique, tout en reconnaissant que lâauteur ultime de lâĂcriture est Dieu lui-mĂȘme (2 TimothĂ©e 3 :16 ; 2 Pierre 1 :20-21). Dans cette perspective, la typologie nâest pas un ajout subjectif Ă lâexĂ©gĂšse, mais un Ă©lĂ©ment intrinsĂšque Ă la rĂ©vĂ©lation divine, enracinĂ© dans lâhistoire rĂ©elle et la providence souveraine.
Le Christ lui-mĂȘme a enseignĂ© que les Ăcritures de lâAncien Testament parlent de lui et trouvent leur accomplissement en lui : « Commençant par MoĂŻse et par tous les prophĂštes, il leur expliqua dans toutes les Ăcritures ce qui le concernait » (Luc 24 :27 ; cf. Luc 24 :44 ; Jean 5 :39). Cette lecture christocentrique nâest pas une surinterprĂ©tation : elle reflĂšte le sens plĂ©nier voulu par Dieu et attestĂ© par JĂ©sus et les apĂŽtres.
Ainsi, la typologie repose sur deux piliers herméneutiques :
1. LâunitĂ© des Ăcritures â Les 66 livres, malgrĂ© leur diversitĂ© historique et littĂ©raire, racontent une seule histoire du salut, centrĂ©e sur la personne et lâĆuvre de JĂ©sus-Christ.
2. La providence divine â Dieu ordonne lâhistoire, les institutions, les Ă©vĂ©nements et les figures de lâAncien Testament de maniĂšre Ă prĂ©figurer et annoncer le Christ, sans jamais dĂ©truire le sens premier du texte.
En refusant Ă la fois lâallĂ©gorisme arbitraire et le scepticisme naturaliste, la mĂ©thode grammaticale-historique christocentrique permet dâhonorer Ă la fois le texte inspirĂ© dans sa rĂ©alitĂ© historique et le dessein Ă©ternel de Dieu rĂ©vĂ©lĂ© en JĂ©sus-Christ.
Les prochains points donneront quelques exemples afin de bien montrer l'unité théologique biblique et canonique. La
typologie est donc un outil de prĂ©dilection Ă la fois pour l'auteur lui-mĂȘme mais aussi le lecteur qui y plonge son cĆur.
3.1.A Exemple biblique : David, type du Christ
Le rĂ©cit de David dans lâAncien Testament peut ĂȘtre lu dâabord selon son sens littĂ©ral-historique : il sâagit dâun jeune berger choisi par Dieu pour ĂȘtre roi dâIsraĂ«l, vainqueur de Goliath, homme selon le cĆur de Dieu, mais aussi pĂ©cheur ayant besoin de grĂące. Dans ce cadre, 1 Samuel et 2 Samuel relatent des Ă©vĂ©nements rĂ©els de lâhistoire dâIsraĂ«l.
Mais lâunitĂ© des Ăcritures et la providence divine rĂ©vĂšlent aussi que David est une figure typologique du Messie Ă venir. Les parallĂšles sont multiples :
Lâonction royale : David est oint par Samuel pour rĂ©gner sur IsraĂ«l (1 Sam 16:13), prĂ©figurant lâonction du Christ (Messie = « oint ») par lâEsprit-Saint (Luc 4:18).
La victoire reprĂ©sentative : En affrontant Goliath seul, David agit comme reprĂ©sentant de tout IsraĂ«l ; de mĂȘme, JĂ©sus triomphe seul du pĂ©chĂ©, de la mort et de Satan au bĂ©nĂ©fice de tout son peuple (Col 2:15 ; HĂ© 2:14-15).
Lâalliance davidique : Dieu promet un rĂšgne Ă©ternel Ă la descendance de David (2 Sam 7:12-16), promesse accomplie en JĂ©sus, « fils de David » (Mat 1:1 ; Luc 1:32-33).
Ce lien ne dĂ©pend pas dâune imagination libre ou dâun symbolisme flottant : il est attestĂ© par le Nouveau Testament lui-mĂȘme (Actes 2:29-36 ; Rom 1:3-4). Lâexemple de David montre comment la mĂ©thode grammaticale-historique christocentrique lit un texte dâabord dans son contexte historique, puis le relie lĂ©gitimement au Christ par la lumiĂšre de la rĂ©vĂ©lation progressive.
3.2.B Exemple biblique : lâExode comme type de la rĂ©demption en Christ
LâExode est dâabord un Ă©vĂ©nement historique : Dieu libĂšre son peuple de lâesclavage en Ăgypte par la main de MoĂŻse, le conduit Ă travers la mer Rouge et Ă©tablit une alliance avec lui au SinaĂŻ. Ce rĂ©cit, compris selon la mĂ©thode grammaticale-historique, concerne un moment prĂ©cis de lâhistoire dâIsraĂ«l, avec ses acteurs, ses lieux et son contexte culturel.
Mais cet Ă©vĂ©nement possĂšde aussi une portĂ©e typologique, enracinĂ©e dans lâunitĂ© des Ăcritures et la providence divine :
LibĂ©ration de lâesclavage : IsraĂ«l est dĂ©livrĂ© de la servitude de Pharaon (Ex 14:30-31). Cela prĂ©figure la dĂ©livrance du peuple de Dieu de lâesclavage du pĂ©chĂ© par JĂ©sus-Christ (Jean 8:34-36 ; Rom 6:17-18).
Lâagneau pascal : Le sang de lâagneau protĂšge IsraĂ«l du jugement lors de la PĂąque (Ex 12:13). Jean Baptiste applique directement cette image Ă JĂ©sus : « Voici lâAgneau de Dieu, qui ĂŽte le pĂ©chĂ© du monde » (Jean 1:29 ; cf. 1 Cor 5:7).
Le passage de la mer : IsraĂ«l passe de la mort (lâarmĂ©e Ă©gyptienne) Ă la vie (la libertĂ©), image de la mort et de la rĂ©surrection avec Christ (1 Cor 10:1-2 ; Rom 6:4).
La manne et lâeau : Dieu nourrit son peuple au dĂ©sert (Ex 16-17), type de Christ, « le pain de vie » et « lâeau vive » (Jean 6:31-35 ; 7:37-39).
Le Nouveau Testament explicite lui-mĂȘme cette typologie (1 Cor 10:1-11 ; HĂ© 3â4), montrant que la dĂ©livrance opĂ©rĂ©e par MoĂŻse Ă©tait une ombre de la rĂ©demption accomplie en JĂ©sus, le vĂ©ritable LibĂ©rateur.
3.3.C Exemple biblique : le tabernacle comme préfiguration de la présence de Dieu en Christ
Le tabernacle, dĂ©crit en dĂ©tail dans Exode 25â40, est une structure historique et cultuelle au cĆur de lâalliance mosaĂŻque. En suivant lâapproche grammaticale-historique, il faut dâabord reconnaĂźtre sa fonction immĂ©diate : offrir un lieu saint oĂč Dieu demeure au milieu de son peuple (Ex 25:8), selon les prescriptions donnĂ©es Ă MoĂŻse.
Cependant, la révélation progressive montre que le tabernacle était aussi un type annonçant une réalité plus grande :
La prĂ©sence de Dieu : La nuĂ©e et la gloire de lâĂternel remplissaient le tabernacle (Ex 40:34-35), signe que Dieu habitait au milieu dâIsraĂ«l. Jean reprend ce langage : « La Parole a Ă©tĂ© faite chair, et elle a habitĂ© [litt. tabernaclĂ©] parmi nous » (Jean 1:14).
LâaccĂšs limitĂ© : Seul le souverain sacrificateur pouvait entrer dans le lieu trĂšs saint, et seulement une fois par an (LĂ©v 16:2, 34). Cela prĂ©figurait lâaccĂšs parfait et permanent Ă Dieu rendu possible par le sacrifice de Christ (HĂ© 9:11-12 ; 10:19-20).
Le mobilier et les symboles :
La menorah (chandelier) symbolisait la lumiÚre divine (Ex 25:31-40) ; Jésus déclare : « Je suis la lumiÚre du monde » (Jean 8:12).
La table des pains représentait la provision de Dieu ; Jésus se présente comme « le pain de vie » (Jean 6:35).
Lâautel des parfums illustrait lâintercession ; Christ est notre intercesseur (HĂ© 7:25).
Le voile dĂ©chirĂ© : Lorsque JĂ©sus meurt, le voile du temple (successeur du tabernacle) se dĂ©chire en deux (Mat 27:51), signe que lâaccĂšs Ă Dieu est dĂ©sormais ouvert par son Ćuvre.
Ainsi, le tabernacle nâest pas seulement un artefact ancien mais une parabole vivante (HĂ© 9:9) de lâĆuvre de rĂ©conciliation en Christ, oĂč Dieu vient habiter au milieu de son peuple de maniĂšre dĂ©finitive.
3.4.D Exemple prophétique : David et le royaume messianique
La figure du roi David, telle que prĂ©sentĂ©e dans les livres de Samuel et des Chroniques, nâest pas seulement un personnage historique central de lâAncien Testament, mais aussi un type messianique que le Nouveau Testament accomplit en JĂ©sus-Christ.
1. Le contexte historique
LâinterprĂ©tation grammaticale-historique nous rappelle que David est choisi par Dieu pour rĂ©gner sur IsraĂ«l, succĂ©dant Ă SaĂŒl. Dieu lui promet, par lâalliance davidique (2 S 7:12-16), quâun de ses descendants rĂ©gnera Ă©ternellement. Ce texte avait une application immĂ©diate (Salomon) mais aussi une portĂ©e prophĂ©tique bien plus grande.
2. La typologie messianique
Roi selon le cĆur de Dieu : David est prĂ©sentĂ© comme un berger devenu roi (1 S 16:11-13), image que JĂ©sus reprend en se prĂ©sentant comme « le bon berger » (Jean 10:11).
Vainqueur des ennemis : David triomphe de Goliath et des ennemis dâIsraĂ«l (1 S 17). JĂ©sus, lui, triomphe de lâennemi ultime : le pĂ©chĂ©, la mort et Satan (Col 2:15 ; HĂ© 2:14-15).
Alliance Ă©ternelle : Les Psaumes messianiques (Psaume 2, 110) montrent que la royautĂ© davidique est destinĂ©e Ă sâĂ©tendre sur toutes les nations, ce que le Nouveau Testament applique directement Ă Christ (Actes 13:32-34).
3. Accomplissement en Christ
Matthieu 1:1 ouvre lâĂvangile en prĂ©sentant JĂ©sus comme « fils de David », insistant sur son rĂŽle messianique.
Luc 1:32-33 annonce que Jésus régnera sur le trÎne de David éternellement.
Apocalypse 5:5 le désigne comme « le lion de la tribu de Juda, le rejeton de David », qui a vaincu et peut ouvrir le livre scellé.
4. Portée théologique
Dans la rĂ©vĂ©lation progressive, David devient une ombre du Christ-roi, dont le royaume nâest pas seulement terrestre mais Ă©ternel et cosmique. Ainsi, lire David uniquement comme un roi ancien, sans voir la ligne messianique qui se dĂ©ploie, serait manquer la profondeur de lâintention divine rĂ©vĂ©lĂ©e dans lâĂcriture.
Pour conclure cette section nous pouvons résumer ainsi :
La typologie biblique ne peut ĂȘtre comprise que dans le cadre dâune hermĂ©neutique fidĂšle, qui prend au sĂ©rieux Ă la fois le sens littĂ©ral-historique du texte et sa place dans lâensemble du dessein de Dieu.
La mĂ©thode grammaticale-historique : plus quâun naturalisme
La mĂ©thode grammaticale-historique vise Ă comprendre ce quâun texte signifiait pour ses premiers auditeurs, en respectant le sens des mots, la grammaire, et le contexte historique. Toutefois, une erreur frĂ©quente consiste Ă rĂ©duire cette mĂ©thode Ă une lecture purement naturaliste ou rationaliste, oĂč toute dimension surnaturelle ou christologique serait exclue.
Dans la perspective biblique, le sens historique ne se limite pas Ă lâintention humaine de lâauteur, mais inclut lâintention divine, qui se dĂ©ploie dans lâhistoire de la rĂ©demption. LâĂcriture elle-mĂȘme invite Ă cette double lecture : enracinĂ©e dans lâhistoire, mais ouverte Ă lâaccomplissement en Christ.
Le christocentrisme comme clé herméneutique
JĂ©sus, aprĂšs sa rĂ©surrection, interprĂšte pour ses disciples « dans toutes les Ăcritures » ce qui le concerne (Luc 24 :27, 44). Cette affirmation, renforcĂ©e par Jean 5 :39 (« âŠce sont elles qui rendent tĂ©moignage de moi »), Ă©tablit que la lecture christocentrique nâest pas une projection tardive des apĂŽtres, mais une clĂ© donnĂ©e par le Seigneur lui-mĂȘme.
Ainsi, la typologie devient une discipline hermĂ©neutique incontournable : elle reconnaĂźt dans les personnages, institutions et Ă©vĂ©nements de lâAncien Testament des anticipations rĂ©elles et voulues de lâĆuvre de Christ, rĂ©vĂ©lĂ©es pleinement Ă la lumiĂšre de lâĂvangile.
LâunitĂ© des Ăcritures et la providence divine
La typologie repose sur la conviction que la Bible, bien que composĂ©e de nombreux livres et auteurs, possĂšde une unitĂ© organique, fruit de lâinspiration divine. Cette unitĂ© ne rĂ©sulte pas dâune compilation arbitraire, mais dâune providence souveraine qui a tissĂ© lâhistoire et les textes pour raconter un seul et mĂȘme rĂ©cit : celui de la rĂ©demption.
Sans cette conviction, la typologie serait rĂ©duite Ă un jeu intellectuel. Mais si Dieu dirige rĂ©ellement lâhistoire, les correspondances entre les actes de lâAncien Testament et lâaccomplissement en Christ ne sont pas fortuites : elles tĂ©moignent de la cohĂ©rence dâun dessein Ă©ternel.
Quelques mises en gardeâŠ
Si la typologie est un outil puissant pour Ă©clairer lâunitĂ© des Ăcritures, elle exige une discipline hermĂ©neutique stricte afin dâĂ©viter les dĂ©rives :
1. Ăviter lâarbitraire â Un type biblique ne peut ĂȘtre Ă©tabli que si le texte ou le canon tout entier en donne lâindication explicite ou implicite, et non sur la base dâune simple ressemblance littĂ©raire ou dâune imagination personnelle.
2. Ne pas effacer le sens premier â Lâapplication typologique ne doit jamais annihiler ou diluer le sens grammatical-historique premier du texte. La typologie sâappuie sur lâhistoire rĂ©elle et non sur une abstraction symbolique.
3. Respecter la progression de la rĂ©vĂ©lation â LâinterprĂ©tation typologique doit tenir compte de la chronologie et de la progression de lâhistoire du salut : un type est toujours antĂ©rieur Ă son antitype, et lâunitĂ© se dĂ©couvre Ă la lumiĂšre de la rĂ©vĂ©lation achevĂ©e en Christ.
4. Garder la finalitĂ© christologique â Le but ultime de la typologie nâest pas de produire une grille de lecture esthĂ©tique ou intellectuelle, mais de conduire Ă une meilleure comprĂ©hension de la personne et de lâĆuvre du Christ (cf. 2 Co 3:14-16).
Ainsi, la typologie ne relĂšve pas dâune curiositĂ© Ă©rudite mais dâune mĂ©thode enracinĂ©e dans la vĂ©ritĂ© historique et la souverainetĂ© divine, servant lâĂ©dification de lâĂglise et la proclamation de lâĂvangile.
4. Typologie vs allégorie : clarifications nécessaires
La typologie biblique sâenracine dans lâhistoire de la rĂ©demption et dans lâunitĂ© des Ăcritures. Elle Ă©tablit un lien organique entre un type (une personne, un Ă©vĂ©nement ou une institution dans lâAncien Testament) et son antitype (accomplissement en Christ ou dans la nouvelle alliance). Ce lien nâest pas inventĂ© par lâinterprĂšte : il est voulu par Dieu et, souvent, signalĂ© ou confirmĂ© par les auteurs bibliques eux-mĂȘmes (cf. 1 Co 10:1-11 ; HĂ© 8-10). Par exemple, le tabernacle nâest pas un simple symbole religieux : il prĂ©figure concrĂštement lâincarnation et lâĆuvre sacerdotale de Christ (Jean 1:14 ; HĂ© 9:11-12).
En revanche, lâallĂ©gorie dans le sens classique et mĂ©diĂ©val tend souvent Ă se dĂ©tacher du cadre historique. LâallĂ©gorie mĂ©diĂ©vale cherchait plusieurs « sens » dans un mĂȘme texte â le sens littĂ©ral, moral, allĂ©gorique et anagogique â dans ce quâon appelle la quadriga. Par exemple, JĂ©rusalem pouvait ĂȘtre lue :
1. Littéralement : la ville en Israël.
2. AllĂ©goriquement : lâĂglise.
3. Moralement : lâĂąme croyante.
4. Analogiquement : la Jérusalem céleste.
Cette mĂ©thode, bien que parfois Ă©difiante, ouvrait la porte Ă des interprĂ©tations arbitraires, dĂ©tachĂ©es du contexte et de lâintention de lâauteur inspirĂ©. Ainsi, dans certains sermons mĂ©diĂ©vaux, le moindre dĂ©tail dâun rĂ©cit pouvait ĂȘtre « spiritualisĂ© » sans ancrage textuel solide â ce que les rĂ©formateurs dĂ©nonceront.
Les réformateurs et la distinction
Thomas dâAquin (1225-1274) â tout en utilisant la quadriga â insistait dĂ©jĂ sur la primautĂ© du sens littĂ©ral comme fondement des autres sens, ce qui limitait un peu les excĂšs.
Jean Calvin, dans ses Instituts et ses commentaires bibliques, critique fermement les allĂ©gories dĂ©connectĂ©es du texte. Pour lui, lâĂcriture doit ĂȘtre interprĂ©tĂ©e dâabord dans son sens naturel, grammatical et historique, puis Ă©clairĂ©e par la lumiĂšre de Christ, dans le cadre de lâĂ©conomie de lâalliance. Calvin ne rejetait pas la typologie, mais la circonscrivait strictement Ă ce qui est attestĂ© ou justifiĂ© par lâĂcriture elle-mĂȘme.
Les autres rĂ©formĂ©s (comme Bucer, Bullinger et plus tard les puritains) vont suivre cette ligne, affirmant que lâunitĂ© de la Bible justifie la typologie, mais que la libertĂ© hermĂ©neutique doit rester soumise Ă lâintention divine rĂ©vĂ©lĂ©e.
SynthĂšse historique : Typologie et allĂ©gorie dans la lecture protestante de lâAncien Testament
1. La lecture médiévale : la quadriga et ses excÚs
Durant le Moyen Ăge, la mĂ©thode dite de la quadriga dominait lâexĂ©gĂšse biblique. Elle divisait le sens des Ăcritures en quatre couches :
Le sens littéral (historique) : ce que le texte veut dire dans son contexte immédiat.
Le sens allĂ©gorique : la signification spirituelle, souvent liĂ©e au Christ ou Ă lâĂglise.
Le sens moral (tropologique) : les enseignements éthiques pour la vie du croyant.
Le sens anagogique : la perspective eschatologique, le sens des réalités éternelles.
Cette approche, mĂȘme si elle cherchait Ă enrichir la lecture biblique, a frĂ©quemment dĂ©bouchĂ© sur des interprĂ©tations abusives ou arbitraires, oĂč des dĂ©tails historiques Ă©taient transformĂ©s en symboles spirituels sans fondement clair, ouvrant la porte Ă un Ă©sotĂ©risme hermĂ©neutique Ă©loignĂ© du texte.
2. La critique des réformateurs
Les réformateurs du XVIe siÚcle ont vivement rejeté ces excÚs allégoriques, en soulignant plusieurs points essentiels :
PrimautĂ© du sens littĂ©ral : Ils ont affirmĂ© que toute interprĂ©tation doit dâabord respecter le contexte grammatical et historique du texte. Sans cela, lâexĂ©gĂšse perd sa rigueur et sa fiabilitĂ©.
Typologie fondĂ©e sur lâĂcriture : La typologie est reconnue comme une clĂ© hermĂ©neutique valable parce que lâĂcriture elle-mĂȘme montre que certains personnages, Ă©vĂ©nements et institutions de lâAncien Testament sont des types divinement ordonnĂ©s annonçant le Christ et son Ćuvre (cf. HĂ©breux 9, 1 Corinthiens 10, etc.). Cette lecture ne sâappuie pas sur une imagination libre mais sur une continuitĂ© voulue et rĂ©vĂ©lĂ©e.
Rejet de lâallĂ©gorie arbitraire : Calvin, notamment, critique lâusage mĂ©diĂ©val de lâallĂ©gorie quand elle dĂ©passe ce cadre, dĂ©nonçant les « fantaisies » qui contredisent le texte ou inventent des significations non appuyĂ©es.
3. Conséquences dans la lecture protestante
La Bible sâinterprĂšte par elle-mĂȘme : La rĂšgle hermĂ©neutique protestante repose sur le principe que la Bible est claire et cohĂ©rente. La typologie participe Ă cette cohĂ©rence, car les types et antitypes sont liĂ©s intrinsĂšquement dans le plan rĂ©dempteur.
Le Christ au centre : La lecture de lâAncien Testament est profondĂ©ment christocentrique, mais sans excĂšs allĂ©gorique. JĂ©sus lui-mĂȘme et les apĂŽtres lisent les Ăcritures de cette façon (Luc 24:27, 44 ; Jean 5:39).
MĂ©fiance envers les interprĂ©tations subjectives : La mĂ©thode protestante veille Ă limiter la libertĂ© dâinterprĂ©tation en se rĂ©fĂ©rant au texte, au contexte et Ă la RĂ©vĂ©lation progressive.
En rĂ©sumĂ©, la typologie biblique se distingue nettement de lâallĂ©gorie mĂ©diĂ©vale par son enracinement profond dans lâhistoire et la rĂ©vĂ©lation divine. Tandis que la typologie Ă©tablit un lien organique et intentionnel entre le type de lâAncien Testament et son antitype en Christ, elle sâappuie rigoureusement sur le contexte historique et lâintention divine telle que rĂ©vĂ©lĂ©e dans les Ăcritures elles-mĂȘmes.
Ce lien est explicitĂ© et confirmĂ© par le texte biblique, ce qui confĂšre Ă la typologie sa lĂ©gitimitĂ© et sa soliditĂ© hermĂ©neutique. En revanche, lâallĂ©gorie mĂ©diĂ©vale tendait souvent Ă sâaffranchir de ces contraintes historiques, proposant des lectures symboliques ou spirituelles plus libres, parfois arbitraires, qui nâĂ©taient pas toujours appuyĂ©es par le texte ni par la volontĂ© explicite de Dieu.
Ce type dâinterprĂ©tation, mĂȘme sâil visait Ă Ă©difier, risquait de conduire Ă une dispersion de sens et Ă des lectures subjectives dĂ©connectĂ©es de la vĂ©ritĂ© biblique. Câest pourquoi les rĂ©formateurs ont vigoureusement dĂ©fendu la typologie comme une clĂ© hermĂ©neutique rigoureuse et fiable, tout en rejetant les excĂšs de lâallĂ©gorie, afin de garantir une lecture fidĂšle, claire et centrĂ©e sur Christ.
La typologie biblique est un outil hermĂ©neutique fondamental qui rĂ©vĂšle lâunitĂ© du plan rĂ©dempteur de Dieu Ă travers les Ăcritures. Elle permet de percevoir comment les Ă©vĂ©nements, personnes et institutions de lâAncien Testament prĂ©figurent leur accomplissement en Christ. Toutefois, son usage requiert discernement et rigueur exĂ©gĂ©tique.
1. Fondements patristiques
Les premiers PĂšres de lâĂglise ont largement recouru Ă la typologie pour dĂ©montrer la continuitĂ© entre lâAncien et le Nouveau Testament. Justin Martyr, dans son Dialogue avec Trypho, identifie plusieurs types messianiques, tels que la PĂąque, Jonas et le serpent dâairain, quâil interprĂšte comme des prĂ©figurations de la passion et de la rĂ©surrection du Christ .
IrĂ©nĂ©e, dans Contre les hĂ©rĂ©sies, dĂ©veloppe une typologie plus systĂ©matique, voyant en Adam un type du Christ, et en NoĂ© une figure de la rĂ©gĂ©nĂ©ration chrĂ©tienne. Il affirme que « ce qui a Ă©tĂ© annoncĂ© dans lâAncien Testament sâaccomplit dans le Nouveau » .
Jean Calvin, dans ses Institutions de la religion chrĂ©tienne, souligne que les types de lâAncien Testament trouvent leur accomplissement en Christ, mais il met en garde contre une interprĂ©tation excessive qui pourrait altĂ©rer le sens littĂ©ral des Ăcritures .
2. Précautions exégétiques
Lâusage de la typologie nĂ©cessite une approche rigoureuse pour Ă©viter les dĂ©rives allĂ©goriques. Il est essentiel de distinguer entre ce qui est explicitement enseignĂ© par les Ăcritures et ce qui relĂšve de spĂ©culations humaines. La mĂ©thode grammaticale-historique doit primer, en tenant compte du contexte littĂ©raire et historique des passages concernĂ©s.
Certains liens typologiques, bien que suggĂ©rĂ©s par le Nouveau Testament, ne sont pas toujours Ă©vidents. Par exemple, la comparaison entre le serpent dâairain et la crucifixion de JĂ©sus (Jean 3:14) est explicite, mais dâautres rapprochements, comme celui entre David et Christ, nĂ©cessitent une interprĂ©tation plus nuancĂ©e et doivent ĂȘtre confirmĂ©s par lâensemble du canon biblique.
3. Débats contemporains
Les thĂ©ologiens contemporains dĂ©battent de la lĂ©gitimitĂ© et de la mĂ©thode de la typologie. Certains, comme Geerhardus Vos, insistent sur une approche thĂ©ologique de lâhistoire du salut, tandis que dâautres mettent en garde contre une typologie trop systĂ©matique qui pourrait rĂ©duire la richesse des Ăcritures Ă un simple schĂ©ma préétabli.
Il est donc crucial dâadopter une posture hermĂ©neutique qui respecte lâintĂ©gritĂ© des textes tout en reconnaissant leur dimension prophĂ©tique et christocentrique.
5. IntĂ©rĂȘts thĂ©ologiques de la typologie
La typologie joue un rĂŽle fondamental dans la comprĂ©hension thĂ©ologique globale de la Bible, en rĂ©vĂ©lant la cohĂ©rence et la profondeur de la rĂ©vĂ©lation divine Ă travers lâhistoire du salut. Tout dâabord, elle renforce puissamment lâunitĂ© du canon biblique. En montrant comment des personnes, des Ă©vĂ©nements ou des institutions de lâAncien Testament prĂ©figurent et trouvent leur accomplissement en Christ et dans le Nouveau Testament, la typologie atteste que la Bible forme un tout harmonieux et intentionnel, fruit dâun dessein divin souverain.
Ensuite, la typologie enrichit notre christologie en mettant en lumiĂšre les multiples facettes du Christ. Par exemple, la figure de MoĂŻse, en tant que libĂ©rateur et mĂ©diateur, Ă©claire le rĂŽle du Christ comme seul vĂ©ritable Sauveur et MĂ©diateur entre Dieu et les hommes. De mĂȘme, le sacerdoce dâAaron et le temple annoncent la fonction unique du Christ comme Grand PrĂȘtre et temple spirituel. Par cette lecture, le croyant saisit mieux la profondeur de lâĆuvre rĂ©demptrice accomplie par JĂ©sus.
Au-delĂ de la christologie, la typologie Ă©claire Ă©galement la sotĂ©riologie en explicitant la maniĂšre dont Dieu rĂ©alise le salut Ă travers des Ă©tapes successives et symboliques. Elle enrichit aussi notre comprĂ©hension de lâecclĂ©siologie, car des types comme lâarche de NoĂ© ou la CitĂ© de JĂ©rusalem prĂ©figurent la protection et la saintetĂ© de lâĂglise. Enfin, la typologie Ă©claire lâeschatologie, en annonçant la consommation finale de toutes choses dans la nouvelle JĂ©rusalem et le rĂšgne Ă©ternel de Christ, illustrant ainsi la fidĂ©litĂ© de Dieu Ă ses promesses Ă travers les Ăąges.
Au cĆur de tout cela, la typologie rĂ©vĂšle la fidĂ©litĂ© immuable de Dieu, qui tisse son dessein rĂ©dempteur sur toute la trame de lâhistoire humaine. Chaque type et antitype manifeste la constance de son amour, son pouvoir et sa sagesse, invitant le croyant Ă une confiance profonde dans la continuitĂ© de sa promesse et dans lâaccomplissement certain de son plan de salut.
Conclusion
La typologie constitue un outil hermĂ©neutique prĂ©cieux qui rĂ©vĂšle la beautĂ© et la profondeur de la rĂ©vĂ©lation biblique. En Ă©tablissant des liens organiques entre les types de lâAncien Testament et leur accomplissement en Christ, elle conforte lâunitĂ© interne du canon et enrichit notre comprĂ©hension de la personne et de lâĆuvre du Sauveur. De plus, la typologie Ă©claire les dimensions fondamentales de la foi chrĂ©tienne â de la sotĂ©riologie Ă lâecclĂ©siologie, en passant par lâeschatologie â en manifestant la fidĂ©litĂ© constante de Dieu Ă ses promesses tout au long de lâhistoire du salut.
Cependant, cette mĂ©thode exige rigueur et humilitĂ©. La tentation dâune typologie forcĂ©e ou dâune surinterprĂ©tation allĂ©gorique peut vite dĂ©former le message biblique et engendrer des lectures arbitraires, Ă©loignĂ©es de lâintention originelle des textes. Câest pourquoi il est impĂ©ratif dâexercer la typologie dans le cadre dâune exĂ©gĂšse grammaticale-historique solide, toujours guidĂ©e par lâensemble des Ăcritures et par la lumiĂšre du Christ.
Enfin, nous sommes appelĂ©s Ă cultiver une lecture fidĂšle et Ă©quilibrĂ©e de la Bible, oĂč la typologie trouve sa juste place parmi les diverses clĂ©s hermĂ©neutiques, pour nourrir une foi vivante, une connaissance approfondie de Dieu, et une adoration sincĂšre. Que cette approche nous aide Ă saisir la richesse du dessein divin et Ă marcher chaque jour dans la lumiĂšre de lâĂvangile, glorifiant ainsi Dieu seul.
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