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Je me demande: Que penses-tu de Joseph? Son histoire, sa vie et son tĂ©moignage constituent-ils une qualification pour dire qu’il est un « type de Christ »? Merci 🙏
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Excellent travail! Récemment, nous avions un échange sur des questions typologiques. Cette ressource sera trÚs utile pour le public. Je vais partager cet article.
Théologie

La typologie biblique : fondements, fonctions et implications herméneutiques

Simon Arseneault
Simon Arseneault
12/12/2025·28 min read

Introduction

Parmi les divers outils thĂ©ologiques permettant une lecture cohĂ©rente de l’ensemble des Écritures, la typologie biblique occupe une place centrale. Elle repose sur la conviction que l’histoire de la rĂ©demption, telle que rapportĂ©e dans la Bible, est structurĂ©e par un dessein divin oĂč certains Ă©vĂ©nements, personnages ou institutions de l’Ancien Testament trouvent leur accomplissement ou leur plĂ©nitude dans le Nouveau Testament. Bien plus qu'une simple allĂ©gorie ou qu'un symbolisme arbitraire, la typologie repose sur l’économie rĂ©demptrice, guidĂ©e par la providence divine et attestĂ©e par les auteurs inspirĂ©s.

Cette Ă©tude se propose d’exposer les fondements scripturaires, thĂ©ologiques et hermĂ©neutiques de la typologie, en insistant sur son enracinement dans la structure mĂȘme du canon biblique. Nous analyserons ses principes de fonctionnement, ses usages par les auteurs bibliques eux-mĂȘmes, ainsi que ses implications pour une lecture fidĂšle, christocentrique et canonique des Écritures. Des exemples clĂ©s illustreront la portĂ©e de la typologie, notamment la figure du Christ comme accomplissement typologique du roi, du prophĂšte et du sacrificateur.

1. Fondements scripturaires et historiques de la typologie biblique

La typologie, dans son sens thĂ©ologique, dĂ©signe la correspondance voulue par Dieu entre des rĂ©alitĂ©s de l’Ancien Testament (les types) et leur accomplissement dans le Nouveau Testament (les antitypes). Cette correspondance n’est pas arbitraire, mais enracinĂ©e dans l’histoire rĂ©elle du salut et soutenue par l’inspiration divine des Écritures. Elle prĂ©suppose une vision de l’histoire comme un drame unifiĂ© sous la providence souveraine de Dieu, dans lequel les Ă©vĂ©nements, institutions et personnes de l’Ancienne Alliance trouvent leur pleine signification en JĂ©sus-Christ.

1.1 Un ancrage biblique explicite

Le Nouveau Testament atteste que les auteurs inspirĂ©s ont interprĂ©tĂ© l’Ancien Testament de maniĂšre typologique. Paul affirme que « ces choses leur sont arrivĂ©es pour servir d’exemples (typoi) et elles ont Ă©tĂ© Ă©crites pour notre instruction » (1 Co 10.6, 11). De mĂȘme, l’auteur de l’épĂźtre aux HĂ©breux lit dans le systĂšme sacrificiel mosaĂŻque une ombre et une prĂ©figuration de l’Ɠuvre sacerdotale parfaite de Christ (HĂ© 8.5 ; 10.1). L’usage de termes comme tupos, skia (ombre) et hypodeigma (modĂšle) dans le texte grec met en Ă©vidence un procĂ©dĂ© hermĂ©neutique reconnu et inspirĂ©.

1.2 Héritage juif et continuité herméneutique

La typologie chrĂ©tienne s’inscrit dans la continuitĂ© de certaines mĂ©thodes interprĂ©tatives juives du Second Temple, telles que la pesher et la relecture prophĂ©tique de la Torah. Les auteurs du Nouveau Testament, loin d’inventer ce procĂ©dĂ©, l’emploient de maniĂšre christocentrique, en montrant que les promesses et figures de l’Ancien Testament atteignent leur plĂ©nitude dans la personne et l’Ɠuvre du Messie.

Plusieurs motifs typologiques majeurs trouvent leurs racines dans l’Ancien Testament et sont rĂ©interprĂ©tĂ©s Ă  la lumiĂšre du Christ :

Dieu comme Parent-RĂ©dempteur (goel) : Dans la loi mosaĂŻque, le goel est celui qui rachĂšte un membre de la famille tombĂ© en esclavage ou dĂ©possĂ©dĂ© de son hĂ©ritage (Lv 25.25 ; Rt 4.1-10). Ce rĂŽle prĂ©figure l’Ɠuvre rĂ©demptrice de Christ, qui rachĂšte son peuple de l’esclavage du pĂ©chĂ© (Ga 4.4-5).

JĂ©rusalem comme type du Jardin d’Éden : Les prophĂštes prĂ©sentent la JĂ©rusalem restaurĂ©e comme un lieu de communion parfaite avec Dieu, d’abondance et de paix (És 65.17-25 ; Éz 47.1-12). Cette image renvoie au jardin originel d’Éden et annonce la JĂ©rusalem cĂ©leste dĂ©crite en Apocalypse 21–22.

L’Exode comme motif de salut : La dĂ©livrance d’IsraĂ«l hors d’Égypte devient un paradigme du salut, repris par les prophĂštes et accompli pleinement en JĂ©sus-Christ, qui conduit un nouvel exode spirituel (Lc 9.31 ; 1 Co 10.1-4).

Le Temple comme figure de la prĂ©sence divine : D’abord matĂ©rialisĂ© dans le tabernacle, puis dans le temple de Salomon, il annonce la prĂ©sence incarnĂ©e de Dieu en Christ (Jn 2.19-21) et, ultimement, la prĂ©sence immĂ©diate de Dieu parmi son peuple rachetĂ© (Ap 21.22).

Ces exemples dĂ©montrent que la typologie n’est pas un procĂ©dĂ© isolĂ© ou artificiel, mais qu’elle est intrinsĂšque au dĂ©veloppement narratif et thĂ©ologique de l’Écriture. Elle rĂ©vĂšle l’unitĂ© organique du plan de Dieu et prĂ©pare Ă  la reconnaissance du Christ comme centre et accomplissement de toutes les promesses.

1.3 Ancrage historique et théologique

Historiquement, la typologie s’est dĂ©veloppĂ©e comme un instrument central dans la prĂ©dication et la catĂ©chĂšse de l’Église primitive. Les PĂšres apostoliques, tels que Justin Martyr ou IrĂ©nĂ©e de Lyon, l’utilisent abondamment pour dĂ©montrer la cohĂ©rence interne de la RĂ©vĂ©lation. La typologie n’est donc pas un ajout tardif ou une surinterprĂ©tation allĂ©gorique : elle repose sur l’intention mĂȘme de Dieu d’écrire l’histoire du salut en motifs rĂ©pĂ©titifs et progressifs.

La typologie chrĂ©tienne ne s’arrĂȘte pas Ă  la reconnaissance de motifs rĂ©currents dans l’histoire biblique : elle affirme que ces motifs trouvent leur signification ultime dans la personne et l’Ɠuvre de JĂ©sus-Christ. Ce point est fondamental, car il distingue l’usage chrĂ©tien de la typologie des approches simplement littĂ©raires ou morales.

Ainsi, Justin Martyr, dans son Dialogue avec Tryphon, voit dans l’agneau pascal un type du Christ immolĂ©, et dans le sang appliquĂ© sur les linteaux une image de la croix.

IrĂ©nĂ©e de Lyon, dans Contre les hĂ©rĂ©sies, prĂ©sente Ève comme type de l’Église : de mĂȘme que la premiĂšre femme est tirĂ©e du cĂŽtĂ© d’Adam endormi, l’Église naĂźt du cĂŽtĂ© transpercĂ© du nouvel Adam.

Tertullien lit le passage de la mer Rouge comme un type du baptĂȘme chrĂ©tien, oĂč le peuple est sauvĂ© par l’eau tandis que l’ennemi est englouti.

OrigĂšne, malgrĂ© ses excĂšs allĂ©goriques, conserve une approche typologique en identifiant l’arche de NoĂ© comme figure du salut offert dans l’Église.

Ces exemples montrent que, dĂšs les premiers siĂšcles, la typologie servait Ă  unir l’Ancien et le Nouveau Testament dans une mĂȘme trame rĂ©demptrice, Ă  nourrir la foi des croyants et Ă  dĂ©fendre l’Évangile face aux critiques.

Plusieurs accomplissements typologiques illustrent ce principe :

Adam – Christ : Paul prĂ©sente JĂ©sus comme le « dernier Adam » (1 Co 15.45), chef d’une nouvelle humanitĂ© qui rĂ©tablit ce que le premier Adam avait perdu.

MoĂŻse – Christ : MoĂŻse, mĂ©diateur de l’ancienne alliance, prĂ©figure JĂ©sus, mĂ©diateur de la nouvelle alliance (Dt 18.15 ; HĂ© 3.1-6).

David – Christ : David, roi selon le cƓur de Dieu, annonce le Roi Ă©ternel issu de sa lignĂ©e, dont le rĂšgne est universel et sans fin (2 S 7.12-16 ; Lc 1.32-33).

L’agneau pascal – Christ : L’agneau immolĂ© Ă  la PĂąque prĂ©figure Christ, « notre PĂąque » (1 Co 5.7), dont le sang prĂ©serve du jugement divin.

Jonas – Christ : Les trois jours de Jonas dans le ventre du grand poisson annoncent la mort et la rĂ©surrection de JĂ©sus (Mt 12.40).

En plaçant JĂ©sus au centre, la typologie chrĂ©tienne affirme que l’ensemble des Écritures converge vers lui (Lc 24.27, 44-45), et qu’il est la clĂ© qui en dĂ©verrouille la signification ultime. Ainsi, la typologie devient un outil non seulement de lecture biblique, mais aussi de proclamation de l’Évangile.

2. La typologie comme outil christocentrique

2.1 Christ, clĂ© hermĂ©neutique des Écritures

Une lecture christocentrique n’est pas une option mĂ©thodologique parmi d’autres : elle dĂ©coule de l’enseignement explicite de JĂ©sus et des apĂŽtres. Sur le chemin d’EmmaĂŒs, JĂ©sus « commençant par MoĂŻse et par tous les prophĂštes, leur expliqua dans toutes les Écritures ce qui le concernait » (Lc 24.27). Il affirme que « les Écritures rendent tĂ©moignage de moi » (Jn 5.39) et qu’« il fallait que s’accomplisse tout ce qui est Ă©crit de moi dans la loi de MoĂŻse, dans les prophĂštes et dans les psaumes » (Lc 24.44).

Les auteurs du Nouveau Testament suivent la mĂȘme dĂ©marche : Pierre, Paul, l’auteur de l’épĂźtre aux HĂ©breux et Jean lisent l’Ancien Testament comme un rĂ©cit qui trouve sa pleine signification en JĂ©sus-Christ. La typologie n’est donc pas un ajout artificiel : elle est inscrite dans l’intention mĂȘme de la RĂ©vĂ©lation.

2.2 L’accomplissement triple : Roi, Prophùte et Sacrificateur

Dans cette perspective, les grands offices de l’Ancien Testament — royautĂ©, prophĂ©tie et sacerdoce — ne sont pas des institutions isolĂ©es : ils prĂ©figurent l’Ɠuvre totale du Christ.

Roi : David, Salomon et les autres rois oints annoncent le Roi parfait dont le rÚgne est éternel, juste et universel (Ps 2 ; Ap 19.16).

ProphÚte : Moïse, modÚle du prophÚte, annonce celui qui parle non seulement de la part de Dieu, mais en tant que Dieu incarné (Deut 18.15 ; Hé 1.1-2).

Sacrificateur : Aaron et le sacerdoce lĂ©vitique trouvent leur accomplissement en Christ, grand prĂȘtre selon l’ordre de MelchisĂ©dek, offrant un sacrifice parfait et dĂ©finitif (HĂ© 7.23-27).

2.3 – Typologie vs. symbolisme arbitraire

La typologie biblique se distingue radicalement des lectures symboliques arbitraires ou Ă©sotĂ©riques. Dans la typologie, le lien entre l’Ancien et le Nouveau Testament repose sur des Ă©vĂ©nements, des institutions ou des personnes rĂ©els, inscrits dans l’histoire de la rĂ©demption, et accomplis objectivement en Christ. Ce n’est pas une construction intellectuelle flottante, mais une lecture enracinĂ©e dans la rĂ©alitĂ© historique et dans la progression de la rĂ©vĂ©lation.

À l’inverse, le symbolisme arbitraire — qu’on retrouve parfois dans certaines approches mystiques, gnostiques ou allĂ©gorisantes — dĂ©coupe le texte pour y projeter des significations Ă©trangĂšres au contexte biblique, souvent dĂ©tachĂ©es de l’histoire du salut.

L’Écriture elle-mĂȘme nous donne le cadre pour Ă©viter cet Ă©cueil : la typologie authentique est confirmĂ©e par l’usage qu’en font JĂ©sus et les apĂŽtres, et par la cohĂ©rence de tout le canon. Elle ne s’appuie pas sur une intuition personnelle ou sur des codes cachĂ©s, mais sur le dessein rĂ©vĂ©lĂ© de Dieu qui culmine en Christ.

2.4 Exemples convergents

L’agneau pascal (Ex 12) prĂ©figure l’Agneau de Dieu qui ĂŽte le pĂ©chĂ© du monde (Jn 1.29).

La manne du désert annonce le pain de vie descendu du ciel (Jn 6.31-35).

Le serpent d’airain (Nb 21.8-9) annonce la crucifixion du Christ (Jn 3.14-15).

Ces figures ne prennent toute leur signification qu’à la lumiĂšre de l’accomplissement en Christ. Sans ce cadre hermĂ©neutique, l’Ancien Testament demeure partiellement voilĂ© ; avec lui, l’histoire de la rĂ©demption apparaĂźt comme un tout cohĂ©rent et progressif, centrĂ© sur la personne et l’Ɠuvre de JĂ©sus.

3. Typologie et méthode herméneutique

L’usage lĂ©gitime de la typologie repose sur une mĂ©thode hermĂ©neutique solide, fidĂšle Ă  l’inspiration et Ă  l’unitĂ© des Écritures. Contrairement Ă  certaines approches qui rĂ©duisent la lecture biblique Ă  une analyse strictement naturaliste ou rationaliste, la mĂ©thode grammaticale-historique — lorsqu’elle est pratiquĂ©e de maniĂšre confessionnelle — reconnaĂźt que le texte biblique est Ă  la fois parole humaine et Parole de Dieu.

L’approche grammaticale-historique ne se limite donc pas Ă  reconstituer le contexte original : elle intĂšgre la dimension prophĂ©tique et l’intention divine, en considĂ©rant l’ensemble du canon comme un tout cohĂ©rent. Dans cette perspective, la typologie devient une consĂ©quence naturelle de l’histoire du salut telle que Dieu l’a ordonnĂ©e.

Le christocentrisme biblique est ici incontournable. JĂ©sus lui-mĂȘme a Ă©tabli le principe hermĂ©neutique :

« Commençant par MoĂŻse et par tous les prophĂštes, il leur expliqua dans toutes les Écritures ce qui le concernait » (Luc 24:27).

« Il leur dit : C’est lĂ  ce que je vous disais lorsque j’étais encore avec vous : il fallait que s’accomplisse tout ce qui est Ă©crit de moi dans la loi de MoĂŻse, dans les prophĂštes et dans les psaumes » (Luc 24:44).

« Vous sondez les Écritures, parce que vous pensez avoir en elles la vie Ă©ternelle : ce sont elles qui rendent tĂ©moignage de moi » (Jean 5:39).

Ainsi, la typologie n’est pas une lecture secondaire ou facultative : elle dĂ©coule de l’auto-comprĂ©hension de JĂ©sus comme accomplissement des Écritures et de l’enseignement apostolique qui en a suivi. Une hermĂ©neutique saine reconnaĂźt donc que l’histoire biblique est plus qu’une suite de faits : elle est un tissu providentiel, tissĂ© par Dieu pour rĂ©vĂ©ler son dessein Ă©ternel en JĂ©sus-Christ.

3.1 Typologie et méthode herméneutique

L’approche grammaticale-historique, lorsqu’elle est comprise correctement, ne se rĂ©duit pas Ă  un naturalisme ou Ă  un rationalisme qui exclurait toute dimension surnaturelle. Elle vise Ă  interprĂ©ter le texte biblique selon son sens littĂ©ral originel, dans son contexte historique et linguistique, tout en reconnaissant que l’auteur ultime de l’Écriture est Dieu lui-mĂȘme (2 TimothĂ©e 3 :16 ; 2 Pierre 1 :20-21). Dans cette perspective, la typologie n’est pas un ajout subjectif Ă  l’exĂ©gĂšse, mais un Ă©lĂ©ment intrinsĂšque Ă  la rĂ©vĂ©lation divine, enracinĂ© dans l’histoire rĂ©elle et la providence souveraine.

Le Christ lui-mĂȘme a enseignĂ© que les Écritures de l’Ancien Testament parlent de lui et trouvent leur accomplissement en lui : « Commençant par MoĂŻse et par tous les prophĂštes, il leur expliqua dans toutes les Écritures ce qui le concernait » (Luc 24 :27 ; cf. Luc 24 :44 ; Jean 5 :39). Cette lecture christocentrique n’est pas une surinterprĂ©tation : elle reflĂšte le sens plĂ©nier voulu par Dieu et attestĂ© par JĂ©sus et les apĂŽtres.

Ainsi, la typologie repose sur deux piliers herméneutiques :

1. L’unitĂ© des Écritures – Les 66 livres, malgrĂ© leur diversitĂ© historique et littĂ©raire, racontent une seule histoire du salut, centrĂ©e sur la personne et l’Ɠuvre de JĂ©sus-Christ.

2. La providence divine – Dieu ordonne l’histoire, les institutions, les Ă©vĂ©nements et les figures de l’Ancien Testament de maniĂšre Ă  prĂ©figurer et annoncer le Christ, sans jamais dĂ©truire le sens premier du texte.

En refusant Ă  la fois l’allĂ©gorisme arbitraire et le scepticisme naturaliste, la mĂ©thode grammaticale-historique christocentrique permet d’honorer Ă  la fois le texte inspirĂ© dans sa rĂ©alitĂ© historique et le dessein Ă©ternel de Dieu rĂ©vĂ©lĂ© en JĂ©sus-Christ.

Les prochains points donneront quelques exemples afin de bien montrer l'unité théologique biblique et canonique. La

typologie est donc un outil de prĂ©dilection Ă  la fois pour l'auteur lui-mĂȘme mais aussi le lecteur qui y plonge son cƓur.

3.1.A Exemple biblique : David, type du Christ

Le rĂ©cit de David dans l’Ancien Testament peut ĂȘtre lu d’abord selon son sens littĂ©ral-historique : il s’agit d’un jeune berger choisi par Dieu pour ĂȘtre roi d’IsraĂ«l, vainqueur de Goliath, homme selon le cƓur de Dieu, mais aussi pĂ©cheur ayant besoin de grĂące. Dans ce cadre, 1 Samuel et 2 Samuel relatent des Ă©vĂ©nements rĂ©els de l’histoire d’IsraĂ«l.

Mais l’unitĂ© des Écritures et la providence divine rĂ©vĂšlent aussi que David est une figure typologique du Messie Ă  venir. Les parallĂšles sont multiples :

L’onction royale : David est oint par Samuel pour rĂ©gner sur IsraĂ«l (1 Sam 16:13), prĂ©figurant l’onction du Christ (Messie = « oint ») par l’Esprit-Saint (Luc 4:18).

La victoire reprĂ©sentative : En affrontant Goliath seul, David agit comme reprĂ©sentant de tout IsraĂ«l ; de mĂȘme, JĂ©sus triomphe seul du pĂ©chĂ©, de la mort et de Satan au bĂ©nĂ©fice de tout son peuple (Col 2:15 ; HĂ© 2:14-15).

L’alliance davidique : Dieu promet un rĂšgne Ă©ternel Ă  la descendance de David (2 Sam 7:12-16), promesse accomplie en JĂ©sus, « fils de David » (Mat 1:1 ; Luc 1:32-33).

Ce lien ne dĂ©pend pas d’une imagination libre ou d’un symbolisme flottant : il est attestĂ© par le Nouveau Testament lui-mĂȘme (Actes 2:29-36 ; Rom 1:3-4). L’exemple de David montre comment la mĂ©thode grammaticale-historique christocentrique lit un texte d’abord dans son contexte historique, puis le relie lĂ©gitimement au Christ par la lumiĂšre de la rĂ©vĂ©lation progressive.

3.2.B Exemple biblique : l’Exode comme type de la rĂ©demption en Christ

L’Exode est d’abord un Ă©vĂ©nement historique : Dieu libĂšre son peuple de l’esclavage en Égypte par la main de MoĂŻse, le conduit Ă  travers la mer Rouge et Ă©tablit une alliance avec lui au SinaĂŻ. Ce rĂ©cit, compris selon la mĂ©thode grammaticale-historique, concerne un moment prĂ©cis de l’histoire d’IsraĂ«l, avec ses acteurs, ses lieux et son contexte culturel.

Mais cet Ă©vĂ©nement possĂšde aussi une portĂ©e typologique, enracinĂ©e dans l’unitĂ© des Écritures et la providence divine :

LibĂ©ration de l’esclavage : IsraĂ«l est dĂ©livrĂ© de la servitude de Pharaon (Ex 14:30-31). Cela prĂ©figure la dĂ©livrance du peuple de Dieu de l’esclavage du pĂ©chĂ© par JĂ©sus-Christ (Jean 8:34-36 ; Rom 6:17-18).

L’agneau pascal : Le sang de l’agneau protĂšge IsraĂ«l du jugement lors de la PĂąque (Ex 12:13). Jean Baptiste applique directement cette image Ă  JĂ©sus : « Voici l’Agneau de Dieu, qui ĂŽte le pĂ©chĂ© du monde » (Jean 1:29 ; cf. 1 Cor 5:7).

Le passage de la mer : IsraĂ«l passe de la mort (l’armĂ©e Ă©gyptienne) Ă  la vie (la libertĂ©), image de la mort et de la rĂ©surrection avec Christ (1 Cor 10:1-2 ; Rom 6:4).

La manne et l’eau : Dieu nourrit son peuple au dĂ©sert (Ex 16-17), type de Christ, « le pain de vie » et « l’eau vive » (Jean 6:31-35 ; 7:37-39).

Le Nouveau Testament explicite lui-mĂȘme cette typologie (1 Cor 10:1-11 ; HĂ© 3–4), montrant que la dĂ©livrance opĂ©rĂ©e par MoĂŻse Ă©tait une ombre de la rĂ©demption accomplie en JĂ©sus, le vĂ©ritable LibĂ©rateur.

3.3.C Exemple biblique : le tabernacle comme préfiguration de la présence de Dieu en Christ

Le tabernacle, dĂ©crit en dĂ©tail dans Exode 25–40, est une structure historique et cultuelle au cƓur de l’alliance mosaĂŻque. En suivant l’approche grammaticale-historique, il faut d’abord reconnaĂźtre sa fonction immĂ©diate : offrir un lieu saint oĂč Dieu demeure au milieu de son peuple (Ex 25:8), selon les prescriptions donnĂ©es Ă  MoĂŻse.

Cependant, la révélation progressive montre que le tabernacle était aussi un type annonçant une réalité plus grande :

La prĂ©sence de Dieu : La nuĂ©e et la gloire de l’Éternel remplissaient le tabernacle (Ex 40:34-35), signe que Dieu habitait au milieu d’IsraĂ«l. Jean reprend ce langage : « La Parole a Ă©tĂ© faite chair, et elle a habitĂ© [litt. tabernaclĂ©] parmi nous » (Jean 1:14).

L’accĂšs limitĂ© : Seul le souverain sacrificateur pouvait entrer dans le lieu trĂšs saint, et seulement une fois par an (LĂ©v 16:2, 34). Cela prĂ©figurait l’accĂšs parfait et permanent Ă  Dieu rendu possible par le sacrifice de Christ (HĂ© 9:11-12 ; 10:19-20).

Le mobilier et les symboles :

La menorah (chandelier) symbolisait la lumiÚre divine (Ex 25:31-40) ; Jésus déclare : « Je suis la lumiÚre du monde » (Jean 8:12).

La table des pains représentait la provision de Dieu ; Jésus se présente comme « le pain de vie » (Jean 6:35).

L’autel des parfums illustrait l’intercession ; Christ est notre intercesseur (HĂ© 7:25).

Le voile dĂ©chirĂ© : Lorsque JĂ©sus meurt, le voile du temple (successeur du tabernacle) se dĂ©chire en deux (Mat 27:51), signe que l’accĂšs Ă  Dieu est dĂ©sormais ouvert par son Ɠuvre.

Ainsi, le tabernacle n’est pas seulement un artefact ancien mais une parabole vivante (HĂ© 9:9) de l’Ɠuvre de rĂ©conciliation en Christ, oĂč Dieu vient habiter au milieu de son peuple de maniĂšre dĂ©finitive.

3.4.D Exemple prophétique : David et le royaume messianique

La figure du roi David, telle que prĂ©sentĂ©e dans les livres de Samuel et des Chroniques, n’est pas seulement un personnage historique central de l’Ancien Testament, mais aussi un type messianique que le Nouveau Testament accomplit en JĂ©sus-Christ.

1. Le contexte historique

L’interprĂ©tation grammaticale-historique nous rappelle que David est choisi par Dieu pour rĂ©gner sur IsraĂ«l, succĂ©dant Ă  SaĂŒl. Dieu lui promet, par l’alliance davidique (2 S 7:12-16), qu’un de ses descendants rĂ©gnera Ă©ternellement. Ce texte avait une application immĂ©diate (Salomon) mais aussi une portĂ©e prophĂ©tique bien plus grande.

2. La typologie messianique

Roi selon le cƓur de Dieu : David est prĂ©sentĂ© comme un berger devenu roi (1 S 16:11-13), image que JĂ©sus reprend en se prĂ©sentant comme « le bon berger » (Jean 10:11).

Vainqueur des ennemis : David triomphe de Goliath et des ennemis d’IsraĂ«l (1 S 17). JĂ©sus, lui, triomphe de l’ennemi ultime : le pĂ©chĂ©, la mort et Satan (Col 2:15 ; HĂ© 2:14-15).

Alliance Ă©ternelle : Les Psaumes messianiques (Psaume 2, 110) montrent que la royautĂ© davidique est destinĂ©e Ă  s’étendre sur toutes les nations, ce que le Nouveau Testament applique directement Ă  Christ (Actes 13:32-34).

3. Accomplissement en Christ

Matthieu 1:1 ouvre l’Évangile en prĂ©sentant JĂ©sus comme « fils de David », insistant sur son rĂŽle messianique.

Luc 1:32-33 annonce que Jésus régnera sur le trÎne de David éternellement.

Apocalypse 5:5 le désigne comme « le lion de la tribu de Juda, le rejeton de David », qui a vaincu et peut ouvrir le livre scellé.

4. Portée théologique

Dans la rĂ©vĂ©lation progressive, David devient une ombre du Christ-roi, dont le royaume n’est pas seulement terrestre mais Ă©ternel et cosmique. Ainsi, lire David uniquement comme un roi ancien, sans voir la ligne messianique qui se dĂ©ploie, serait manquer la profondeur de l’intention divine rĂ©vĂ©lĂ©e dans l’Écriture.

Pour conclure cette section nous pouvons résumer ainsi :

La typologie biblique ne peut ĂȘtre comprise que dans le cadre d’une hermĂ©neutique fidĂšle, qui prend au sĂ©rieux Ă  la fois le sens littĂ©ral-historique du texte et sa place dans l’ensemble du dessein de Dieu.

La mĂ©thode grammaticale-historique : plus qu’un naturalisme

La mĂ©thode grammaticale-historique vise Ă  comprendre ce qu’un texte signifiait pour ses premiers auditeurs, en respectant le sens des mots, la grammaire, et le contexte historique. Toutefois, une erreur frĂ©quente consiste Ă  rĂ©duire cette mĂ©thode Ă  une lecture purement naturaliste ou rationaliste, oĂč toute dimension surnaturelle ou christologique serait exclue.

Dans la perspective biblique, le sens historique ne se limite pas Ă  l’intention humaine de l’auteur, mais inclut l’intention divine, qui se dĂ©ploie dans l’histoire de la rĂ©demption. L’Écriture elle-mĂȘme invite Ă  cette double lecture : enracinĂ©e dans l’histoire, mais ouverte Ă  l’accomplissement en Christ.

Le christocentrisme comme clé herméneutique

JĂ©sus, aprĂšs sa rĂ©surrection, interprĂšte pour ses disciples « dans toutes les Écritures » ce qui le concerne (Luc 24 :27, 44). Cette affirmation, renforcĂ©e par Jean 5 :39 (« 
ce sont elles qui rendent tĂ©moignage de moi »), Ă©tablit que la lecture christocentrique n’est pas une projection tardive des apĂŽtres, mais une clĂ© donnĂ©e par le Seigneur lui-mĂȘme.

Ainsi, la typologie devient une discipline hermĂ©neutique incontournable : elle reconnaĂźt dans les personnages, institutions et Ă©vĂ©nements de l’Ancien Testament des anticipations rĂ©elles et voulues de l’Ɠuvre de Christ, rĂ©vĂ©lĂ©es pleinement Ă  la lumiĂšre de l’Évangile.

L’unitĂ© des Écritures et la providence divine

La typologie repose sur la conviction que la Bible, bien que composĂ©e de nombreux livres et auteurs, possĂšde une unitĂ© organique, fruit de l’inspiration divine. Cette unitĂ© ne rĂ©sulte pas d’une compilation arbitraire, mais d’une providence souveraine qui a tissĂ© l’histoire et les textes pour raconter un seul et mĂȘme rĂ©cit : celui de la rĂ©demption.

Sans cette conviction, la typologie serait rĂ©duite Ă  un jeu intellectuel. Mais si Dieu dirige rĂ©ellement l’histoire, les correspondances entre les actes de l’Ancien Testament et l’accomplissement en Christ ne sont pas fortuites : elles tĂ©moignent de la cohĂ©rence d’un dessein Ă©ternel.

Quelques mises en garde


Si la typologie est un outil puissant pour Ă©clairer l’unitĂ© des Écritures, elle exige une discipline hermĂ©neutique stricte afin d’éviter les dĂ©rives :

1. Éviter l’arbitraire – Un type biblique ne peut ĂȘtre Ă©tabli que si le texte ou le canon tout entier en donne l’indication explicite ou implicite, et non sur la base d’une simple ressemblance littĂ©raire ou d’une imagination personnelle.

2. Ne pas effacer le sens premier – L’application typologique ne doit jamais annihiler ou diluer le sens grammatical-historique premier du texte. La typologie s’appuie sur l’histoire rĂ©elle et non sur une abstraction symbolique.

3. Respecter la progression de la rĂ©vĂ©lation – L’interprĂ©tation typologique doit tenir compte de la chronologie et de la progression de l’histoire du salut : un type est toujours antĂ©rieur Ă  son antitype, et l’unitĂ© se dĂ©couvre Ă  la lumiĂšre de la rĂ©vĂ©lation achevĂ©e en Christ.

4. Garder la finalitĂ© christologique – Le but ultime de la typologie n’est pas de produire une grille de lecture esthĂ©tique ou intellectuelle, mais de conduire Ă  une meilleure comprĂ©hension de la personne et de l’Ɠuvre du Christ (cf. 2 Co 3:14-16).

Ainsi, la typologie ne relĂšve pas d’une curiositĂ© Ă©rudite mais d’une mĂ©thode enracinĂ©e dans la vĂ©ritĂ© historique et la souverainetĂ© divine, servant l’édification de l’Église et la proclamation de l’Évangile.

4. Typologie vs allégorie : clarifications nécessaires

La typologie biblique s’enracine dans l’histoire de la rĂ©demption et dans l’unitĂ© des Écritures. Elle Ă©tablit un lien organique entre un type (une personne, un Ă©vĂ©nement ou une institution dans l’Ancien Testament) et son antitype (accomplissement en Christ ou dans la nouvelle alliance). Ce lien n’est pas inventĂ© par l’interprĂšte : il est voulu par Dieu et, souvent, signalĂ© ou confirmĂ© par les auteurs bibliques eux-mĂȘmes (cf. 1 Co 10:1-11 ; HĂ© 8-10). Par exemple, le tabernacle n’est pas un simple symbole religieux : il prĂ©figure concrĂštement l’incarnation et l’Ɠuvre sacerdotale de Christ (Jean 1:14 ; HĂ© 9:11-12).

En revanche, l’allĂ©gorie dans le sens classique et mĂ©diĂ©val tend souvent Ă  se dĂ©tacher du cadre historique. L’allĂ©gorie mĂ©diĂ©vale cherchait plusieurs « sens » dans un mĂȘme texte — le sens littĂ©ral, moral, allĂ©gorique et anagogique — dans ce qu’on appelle la quadriga. Par exemple, JĂ©rusalem pouvait ĂȘtre lue :

1. Littéralement : la ville en Israël.

2. AllĂ©goriquement : l’Église.

3. Moralement : l’ñme croyante.

4. Analogiquement : la Jérusalem céleste.

Cette mĂ©thode, bien que parfois Ă©difiante, ouvrait la porte Ă  des interprĂ©tations arbitraires, dĂ©tachĂ©es du contexte et de l’intention de l’auteur inspirĂ©. Ainsi, dans certains sermons mĂ©diĂ©vaux, le moindre dĂ©tail d’un rĂ©cit pouvait ĂȘtre « spiritualisĂ© » sans ancrage textuel solide — ce que les rĂ©formateurs dĂ©nonceront.

Les réformateurs et la distinction

Thomas d’Aquin (1225-1274) — tout en utilisant la quadriga — insistait dĂ©jĂ  sur la primautĂ© du sens littĂ©ral comme fondement des autres sens, ce qui limitait un peu les excĂšs.

Jean Calvin, dans ses Instituts et ses commentaires bibliques, critique fermement les allĂ©gories dĂ©connectĂ©es du texte. Pour lui, l’Écriture doit ĂȘtre interprĂ©tĂ©e d’abord dans son sens naturel, grammatical et historique, puis Ă©clairĂ©e par la lumiĂšre de Christ, dans le cadre de l’économie de l’alliance. Calvin ne rejetait pas la typologie, mais la circonscrivait strictement Ă  ce qui est attestĂ© ou justifiĂ© par l’Écriture elle-mĂȘme.

Les autres rĂ©formĂ©s (comme Bucer, Bullinger et plus tard les puritains) vont suivre cette ligne, affirmant que l’unitĂ© de la Bible justifie la typologie, mais que la libertĂ© hermĂ©neutique doit rester soumise Ă  l’intention divine rĂ©vĂ©lĂ©e.

SynthĂšse historique : Typologie et allĂ©gorie dans la lecture protestante de l’Ancien Testament

1. La lecture médiévale : la quadriga et ses excÚs

Durant le Moyen Âge, la mĂ©thode dite de la quadriga dominait l’exĂ©gĂšse biblique. Elle divisait le sens des Écritures en quatre couches :

Le sens littéral (historique) : ce que le texte veut dire dans son contexte immédiat.

Le sens allĂ©gorique : la signification spirituelle, souvent liĂ©e au Christ ou Ă  l’Église.

Le sens moral (tropologique) : les enseignements éthiques pour la vie du croyant.

Le sens anagogique : la perspective eschatologique, le sens des réalités éternelles.

Cette approche, mĂȘme si elle cherchait Ă  enrichir la lecture biblique, a frĂ©quemment dĂ©bouchĂ© sur des interprĂ©tations abusives ou arbitraires, oĂč des dĂ©tails historiques Ă©taient transformĂ©s en symboles spirituels sans fondement clair, ouvrant la porte Ă  un Ă©sotĂ©risme hermĂ©neutique Ă©loignĂ© du texte.

2. La critique des réformateurs

Les réformateurs du XVIe siÚcle ont vivement rejeté ces excÚs allégoriques, en soulignant plusieurs points essentiels :

PrimautĂ© du sens littĂ©ral : Ils ont affirmĂ© que toute interprĂ©tation doit d’abord respecter le contexte grammatical et historique du texte. Sans cela, l’exĂ©gĂšse perd sa rigueur et sa fiabilitĂ©.

Typologie fondĂ©e sur l’Écriture : La typologie est reconnue comme une clĂ© hermĂ©neutique valable parce que l’Écriture elle-mĂȘme montre que certains personnages, Ă©vĂ©nements et institutions de l’Ancien Testament sont des types divinement ordonnĂ©s annonçant le Christ et son Ɠuvre (cf. HĂ©breux 9, 1 Corinthiens 10, etc.). Cette lecture ne s’appuie pas sur une imagination libre mais sur une continuitĂ© voulue et rĂ©vĂ©lĂ©e.

Rejet de l’allĂ©gorie arbitraire : Calvin, notamment, critique l’usage mĂ©diĂ©val de l’allĂ©gorie quand elle dĂ©passe ce cadre, dĂ©nonçant les « fantaisies » qui contredisent le texte ou inventent des significations non appuyĂ©es.

3. Conséquences dans la lecture protestante

La Bible s’interprĂšte par elle-mĂȘme : La rĂšgle hermĂ©neutique protestante repose sur le principe que la Bible est claire et cohĂ©rente. La typologie participe Ă  cette cohĂ©rence, car les types et antitypes sont liĂ©s intrinsĂšquement dans le plan rĂ©dempteur.

Le Christ au centre : La lecture de l’Ancien Testament est profondĂ©ment christocentrique, mais sans excĂšs allĂ©gorique. JĂ©sus lui-mĂȘme et les apĂŽtres lisent les Écritures de cette façon (Luc 24:27, 44 ; Jean 5:39).

MĂ©fiance envers les interprĂ©tations subjectives : La mĂ©thode protestante veille Ă  limiter la libertĂ© d’interprĂ©tation en se rĂ©fĂ©rant au texte, au contexte et Ă  la RĂ©vĂ©lation progressive.

En rĂ©sumĂ©, la typologie biblique se distingue nettement de l’allĂ©gorie mĂ©diĂ©vale par son enracinement profond dans l’histoire et la rĂ©vĂ©lation divine. Tandis que la typologie Ă©tablit un lien organique et intentionnel entre le type de l’Ancien Testament et son antitype en Christ, elle s’appuie rigoureusement sur le contexte historique et l’intention divine telle que rĂ©vĂ©lĂ©e dans les Écritures elles-mĂȘmes.

Ce lien est explicitĂ© et confirmĂ© par le texte biblique, ce qui confĂšre Ă  la typologie sa lĂ©gitimitĂ© et sa soliditĂ© hermĂ©neutique. En revanche, l’allĂ©gorie mĂ©diĂ©vale tendait souvent Ă  s’affranchir de ces contraintes historiques, proposant des lectures symboliques ou spirituelles plus libres, parfois arbitraires, qui n’étaient pas toujours appuyĂ©es par le texte ni par la volontĂ© explicite de Dieu.

Ce type d’interprĂ©tation, mĂȘme s’il visait Ă  Ă©difier, risquait de conduire Ă  une dispersion de sens et Ă  des lectures subjectives dĂ©connectĂ©es de la vĂ©ritĂ© biblique. C’est pourquoi les rĂ©formateurs ont vigoureusement dĂ©fendu la typologie comme une clĂ© hermĂ©neutique rigoureuse et fiable, tout en rejetant les excĂšs de l’allĂ©gorie, afin de garantir une lecture fidĂšle, claire et centrĂ©e sur Christ.

La typologie biblique est un outil hermĂ©neutique fondamental qui rĂ©vĂšle l’unitĂ© du plan rĂ©dempteur de Dieu Ă  travers les Écritures. Elle permet de percevoir comment les Ă©vĂ©nements, personnes et institutions de l’Ancien Testament prĂ©figurent leur accomplissement en Christ. Toutefois, son usage requiert discernement et rigueur exĂ©gĂ©tique.

1. Fondements patristiques

Les premiers PĂšres de l’Église ont largement recouru Ă  la typologie pour dĂ©montrer la continuitĂ© entre l’Ancien et le Nouveau Testament. Justin Martyr, dans son Dialogue avec Trypho, identifie plusieurs types messianiques, tels que la PĂąque, Jonas et le serpent d’airain, qu’il interprĂšte comme des prĂ©figurations de la passion et de la rĂ©surrection du Christ .

IrĂ©nĂ©e, dans Contre les hĂ©rĂ©sies, dĂ©veloppe une typologie plus systĂ©matique, voyant en Adam un type du Christ, et en NoĂ© une figure de la rĂ©gĂ©nĂ©ration chrĂ©tienne. Il affirme que « ce qui a Ă©tĂ© annoncĂ© dans l’Ancien Testament s’accomplit dans le Nouveau » .

Jean Calvin, dans ses Institutions de la religion chrĂ©tienne, souligne que les types de l’Ancien Testament trouvent leur accomplissement en Christ, mais il met en garde contre une interprĂ©tation excessive qui pourrait altĂ©rer le sens littĂ©ral des Écritures .

2. Précautions exégétiques

L’usage de la typologie nĂ©cessite une approche rigoureuse pour Ă©viter les dĂ©rives allĂ©goriques. Il est essentiel de distinguer entre ce qui est explicitement enseignĂ© par les Écritures et ce qui relĂšve de spĂ©culations humaines. La mĂ©thode grammaticale-historique doit primer, en tenant compte du contexte littĂ©raire et historique des passages concernĂ©s.

Certains liens typologiques, bien que suggĂ©rĂ©s par le Nouveau Testament, ne sont pas toujours Ă©vidents. Par exemple, la comparaison entre le serpent d’airain et la crucifixion de JĂ©sus (Jean 3:14) est explicite, mais d’autres rapprochements, comme celui entre David et Christ, nĂ©cessitent une interprĂ©tation plus nuancĂ©e et doivent ĂȘtre confirmĂ©s par l’ensemble du canon biblique.

3. Débats contemporains

Les thĂ©ologiens contemporains dĂ©battent de la lĂ©gitimitĂ© et de la mĂ©thode de la typologie. Certains, comme Geerhardus Vos, insistent sur une approche thĂ©ologique de l’histoire du salut, tandis que d’autres mettent en garde contre une typologie trop systĂ©matique qui pourrait rĂ©duire la richesse des Écritures Ă  un simple schĂ©ma préétabli.

Il est donc crucial d’adopter une posture hermĂ©neutique qui respecte l’intĂ©gritĂ© des textes tout en reconnaissant leur dimension prophĂ©tique et christocentrique.

5. IntĂ©rĂȘts thĂ©ologiques de la typologie

La typologie joue un rĂŽle fondamental dans la comprĂ©hension thĂ©ologique globale de la Bible, en rĂ©vĂ©lant la cohĂ©rence et la profondeur de la rĂ©vĂ©lation divine Ă  travers l’histoire du salut. Tout d’abord, elle renforce puissamment l’unitĂ© du canon biblique. En montrant comment des personnes, des Ă©vĂ©nements ou des institutions de l’Ancien Testament prĂ©figurent et trouvent leur accomplissement en Christ et dans le Nouveau Testament, la typologie atteste que la Bible forme un tout harmonieux et intentionnel, fruit d’un dessein divin souverain.

Ensuite, la typologie enrichit notre christologie en mettant en lumiĂšre les multiples facettes du Christ. Par exemple, la figure de MoĂŻse, en tant que libĂ©rateur et mĂ©diateur, Ă©claire le rĂŽle du Christ comme seul vĂ©ritable Sauveur et MĂ©diateur entre Dieu et les hommes. De mĂȘme, le sacerdoce d’Aaron et le temple annoncent la fonction unique du Christ comme Grand PrĂȘtre et temple spirituel. Par cette lecture, le croyant saisit mieux la profondeur de l’Ɠuvre rĂ©demptrice accomplie par JĂ©sus.

Au-delĂ  de la christologie, la typologie Ă©claire Ă©galement la sotĂ©riologie en explicitant la maniĂšre dont Dieu rĂ©alise le salut Ă  travers des Ă©tapes successives et symboliques. Elle enrichit aussi notre comprĂ©hension de l’ecclĂ©siologie, car des types comme l’arche de NoĂ© ou la CitĂ© de JĂ©rusalem prĂ©figurent la protection et la saintetĂ© de l’Église. Enfin, la typologie Ă©claire l’eschatologie, en annonçant la consommation finale de toutes choses dans la nouvelle JĂ©rusalem et le rĂšgne Ă©ternel de Christ, illustrant ainsi la fidĂ©litĂ© de Dieu Ă  ses promesses Ă  travers les Ăąges.

Au cƓur de tout cela, la typologie rĂ©vĂšle la fidĂ©litĂ© immuable de Dieu, qui tisse son dessein rĂ©dempteur sur toute la trame de l’histoire humaine. Chaque type et antitype manifeste la constance de son amour, son pouvoir et sa sagesse, invitant le croyant Ă  une confiance profonde dans la continuitĂ© de sa promesse et dans l’accomplissement certain de son plan de salut.

Conclusion

La typologie constitue un outil hermĂ©neutique prĂ©cieux qui rĂ©vĂšle la beautĂ© et la profondeur de la rĂ©vĂ©lation biblique. En Ă©tablissant des liens organiques entre les types de l’Ancien Testament et leur accomplissement en Christ, elle conforte l’unitĂ© interne du canon et enrichit notre comprĂ©hension de la personne et de l’Ɠuvre du Sauveur. De plus, la typologie Ă©claire les dimensions fondamentales de la foi chrĂ©tienne — de la sotĂ©riologie Ă  l’ecclĂ©siologie, en passant par l’eschatologie — en manifestant la fidĂ©litĂ© constante de Dieu Ă  ses promesses tout au long de l’histoire du salut.

Cependant, cette mĂ©thode exige rigueur et humilitĂ©. La tentation d’une typologie forcĂ©e ou d’une surinterprĂ©tation allĂ©gorique peut vite dĂ©former le message biblique et engendrer des lectures arbitraires, Ă©loignĂ©es de l’intention originelle des textes. C’est pourquoi il est impĂ©ratif d’exercer la typologie dans le cadre d’une exĂ©gĂšse grammaticale-historique solide, toujours guidĂ©e par l’ensemble des Écritures et par la lumiĂšre du Christ.

Enfin, nous sommes appelĂ©s Ă  cultiver une lecture fidĂšle et Ă©quilibrĂ©e de la Bible, oĂč la typologie trouve sa juste place parmi les diverses clĂ©s hermĂ©neutiques, pour nourrir une foi vivante, une connaissance approfondie de Dieu, et une adoration sincĂšre. Que cette approche nous aide Ă  saisir la richesse du dessein divin et Ă  marcher chaque jour dans la lumiĂšre de l’Évangile, glorifiant ainsi Dieu seul.

Simon Arseneault

Autodidacte en théologie. Je suis passionné pour le Seigneur et sa Parole , elle m'a transformer et continue de le faire. Je partage ici le fruit de cet appel.

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