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Théologie

Élection et régénération, deux faces d'une même pièces

Simon Arseneault
Simon Arseneault
12/27/2025·21 min read

Élection et régénération, deux faces d'une même pièces

Introduction

La doctrine de la régénération, ou nouvelle naissance, occupe une place centrale dans la sotériologie biblique. Elle concerne non seulement la transformation radicale du cœur humain par l'Esprit de Dieu, mais aussi la question plus fondamentale de l’origine du salut : vient-il de Dieu seul, ou résulte-t-il d’une coopération entre Dieu et l’homme ? À cette question, la tradition réformée, fidèle à l’enseignement des Écritures, répond avec fermeté que la régénération est une œuvre souveraine, monergique, opérée exclusivement par Dieu, sans dépendance préalable à l’intention, à la volonté ou aux mérites de l’homme. Elle est l’expression concrète de la grâce irrésistible, selon le schéma des doctrines de la grâce issu de la Réforme.

Une telle affirmation n’est pas sans controverse. Depuis les premières hérésies pélagiennes jusqu’aux formes contemporaines de synergisme évangélique, nombreux sont ceux qui cherchent à réintroduire une part de mérite, de choix humain ou de coopération préalable dans l’œuvre du salut. Mais en le faisant, ils obscurcissent la gravité de la condition humaine après la chute, amoindrissent la souveraineté divine, et, en fin de compte, affaiblissent la pureté de l’Évangile. Si l’homme peut naître de nouveau par une décision personnelle ou une inclinaison naturelle, alors la grâce n’est plus absolument gratuite et la gloire ne revient plus entièrement à Dieu.

Face à ce défi, il est nécessaire de redécouvrir la profondeur et la richesse de la régénération telle que révélée dans les Écritures, affirmée par les confessions historiques, et développée par les grands théologiens réformés. La Confession de foi baptiste de Londres de 1689 déclare avec clarté : « Ceux que Dieu a prédestinés pour la vie, il lui plaît, en son temps fixé, de les appeler efficacement par sa Parole et par son Esprit… en renouvelant leurs volontés et en déterminant leur cœur à ce qui est bon. » (chap. 10.1). Cette déclaration résume à elle seule l’essence d’une régénération qui ne procède pas de l’homme, mais qui est le fruit de la libre initiative divine.

Le présent article se propose d’examiner la régénération comme une œuvre souveraine de Dieu selon la perspective réformée. Il s’appuiera sur les données scripturaires, les cadres confessionnels, et les contributions théologiques majeures, afin de démontrer que la régénération est non seulement un acte divin indépendant de la volonté humaine, mais aussi une nécessité absolue pour le salut. L’étude s’articulera autour de cinq axes principaux : l’ancrage biblique de la régénération, sa nature monergique, son enracinement dans la grâce, son lien avec l’élection divine, et ses implications pratiques pour l’Église et le croyant.

1. La régénération dans les Écritures

La doctrine de la régénération tire son autorité de la révélation biblique. Elle ne procède ni de spéculations philosophiques ni de considérations anthropologiques, mais du témoignage clair de l'Écriture qui présente l'homme comme spirituellement mort et incapable de revenir à Dieu sans une œuvre surnaturelle opérée par le Saint-Esprit. La régénération, dans ce cadre, est l'acte par lequel Dieu communique une vie nouvelle au pécheur, le faisant passer de la mort à la vie (Jean 5.24), du royaume des ténèbres au royaume de son Fils bien-aimé (Col 1.13).

1.1 Terminologie biblique et conceptuelle

Les auteurs bibliques emploient plusieurs termes pour désigner la réalité de la régénération. Le terme grec palingenesia (παλιγγενεσία), utilisé en Matthieu 19.28 et Tite 3.5, signifie littéralement "nouvelle naissance" ou "renouvellement". Dans Tite 3.5, Paul affirme que Dieu « nous a sauvés, non à cause des œuvres de justice que nous aurions faites, mais selon sa miséricorde, par le bain de la régénération (palingenesias) et le renouveau du Saint-Esprit ».

Un autre terme fondamental est anagennaō (ἀναγεννάω), qui signifie "faire naître de nouveau" ou "engendrer de nouveau". Pierre l’emploie dans 1 Pierre 1.3 : « Il nous a régénérés, selon sa grande miséricorde, par la résurrection de Jésus-Christ d’entre les morts », et dans 1 Pierre 1.23 : « Vous avez été régénérés, non par une semence corruptible, mais par une semence incorruptible, par la parole vivante et permanente de Dieu. »

À ces termes s’ajoutent des images puissantes : être « né de Dieu » (1 Jean 3.9 ; 5.1), recevoir un « cœur nouveau » et un « esprit nouveau » (Éz 36.25–27), être une « nouvelle créature » (kainē ktisis) en Christ (2 Co 5.17), ou encore être « vivifié avec Christ » (Éph 2.5). Ces expressions soulignent la radicalité et la passivité de l’homme dans cette transformation : il ne se réforme pas lui-même, il est recréé.

1.2 Une œuvre unilatérale et divine

La régénération n’est jamais présentée dans l’Écriture comme une décision humaine ou une collaboration. Elle est toujours attribuée à l’initiative souveraine de Dieu. Jean 1.12–13 le souligne avec force : « Mais à tous ceux qui l'ont reçue [la Parole], à ceux qui croient en son nom, elle a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu, lesquels sont nés, non du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l'homme, mais de Dieu. » Cette nouvelle naissance, dit Jésus à Nicodème, est une œuvre de l’Esprit, aussi libre et insaisissable que le vent : « Le vent souffle où il veut… il en est ainsi de tout homme qui est né de l’Esprit » (Jean 3.8).

L’apôtre Paul est tout aussi explicite. Dans Éphésiens 2.1–5, il affirme que les croyants étaient « morts par leurs offenses », mais que « Dieu… nous a rendus à la vie avec Christ ». La mort spirituelle ne laisse place à aucune réponse ou initiative : la vivification vient de Dieu seul. De même, en 2 Corinthiens 4.6, Paul compare la régénération à la création initiale : « Car Dieu, qui a dit : La lumière brillera du sein des ténèbres ! a fait briller la lumière dans nos cœurs… » Il s’agit là d’un acte créateur, sans collaboration humaine.

1.3 Régénération et ordre du salut (ordo salutis)

Dans la logique biblique et théologique, la régénération précède nécessairement la foi salvatrice. Cette position, souvent appelée monergisme de la régénération, repose sur une lecture attentive de textes comme Jean 3, Jean 6.44–45, et 1 Jean 5.1 : « Quiconque croit que Jésus est le Christ est né de Dieu », ce qui implique que la foi est la conséquence — non la cause — de la nouvelle naissance.

Le théologien réformé John Murray précise : « La foi est un acte de l’homme renouvelé par le Saint-Esprit. Elle est donc le fruit et non la cause de la régénération »¹. Herman Bavinck va dans le même sens : « La régénération n’est pas une conséquence de la foi, mais son préalable nécessaire. »²

Ainsi, dans l’ordre du salut (ordo salutis), la régénération occupe une position antérieure à l’appel efficace, à la conversion, et à la justification. Elle est le point de départ de toute transformation véritable et durable chez le croyant.

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¹ John Murray, Redemption Accomplished and Applied (Grand Rapids: Eerdmans, 1955), p. 106.

² Herman Bavinck, Dogmatique réformée, t. IV, trad. Laurent Claudon (Charols: Excelsis, 2014), p. 116.

2. Une œuvre souveraine et unilatérale de Dieu

Si la régénération est une réalité biblique incontestable, sa nature exacte fait l’objet de profondes divergences dans l’histoire de la théologie chrétienne. Est-elle une œuvre conjointe entre Dieu et l’homme, ou bien un acte souverain de Dieu seul ? La perspective réformée répond sans équivoque : la régénération est une œuvre monergique, c’est-à-dire opérée par un seul agent — Dieu — sans assistance ni coopération de la part du pécheur. Cette conception découle directement de l'anthropologie biblique, de la souveraineté divine, et de la nature même de la grâce.

2.1 L’initiative divine dans la régénération

Le témoignage biblique affirme de manière répétée que c’est Dieu qui prend l’initiative dans l’acte de la nouvelle naissance. L’homme naturel, en Adam, est dépeint comme mort dans ses fautes et incapable de produire un quelconque mouvement vers Dieu (Éph 2.1 ; Col 2.13). Ce constat n’est pas seulement métaphorique. Il indique une incapacité réelle à vouloir ou à choisir Dieu en dehors d’une œuvre préalable de grâce.

Le Seigneur Jésus, dans sa conversation avec Nicodème, emploie l’image du vent pour illustrer la souveraineté de l’Esprit : « Le vent souffle où il veut… ainsi en est-il de quiconque est né de l’Esprit » (Jean 3.8). L’image est frappante : de même qu’on ne contrôle ni la direction ni le moment où souffle le vent, de même l’homme ne contrôle pas l’action régénératrice de l’Esprit. Elle est libre, invisible, mais réelle et efficace.

L’apôtre Paul renforce cette idée lorsqu’il affirme : « Il fait miséricorde à qui il veut, et il endurcit qui il veut » (Rom 9.18). Ce passage, souvent contesté, ne peut être réduit à une simple observation historique ; il relève d’un principe théologique fondamental : c’est Dieu qui choisit librement d’ouvrir le cœur (Actes 16.14) et d’accorder la vie.

2.2 Le rejet du synergisme : la régénération n’est pas une coopération

L’approche synergiste — celle qui soutient une coopération entre la volonté humaine et l’Esprit de Dieu dans la régénération — trouve sa source dans des courants théologiques tels que le semi-pélagianisme et l’arminianisme. Ces vues enseignent que la grâce de Dieu rend simplement possible la nouvelle naissance, mais que celle-ci dépend en dernier ressort d’une réponse humaine. Or, une telle position s’oppose frontalement à la doctrine de la grâce irrésistible, selon laquelle la régénération ne peut être ni provoquée ni empêchée par la volonté de l’homme.

Le Réformateur Jean Calvin affirmait :

« L’homme, déchu par nature, n’a pas une volonté libre qui puisse choisir le bien spirituel. La régénération, par laquelle Dieu renouvelle notre volonté, ne se fait pas avec notre aide, mais en nous malgré nous, jusqu’à ce que, régénérés, nous voulions. »³

Luther, bien avant lui, dans De Servo Arbitrio, avait déjà insisté sur l’asservissement total de la volonté humaine, incapable de contribuer à son salut⁴. Cette monergie de la régénération est au cœur de l’héritage réformé, en opposition radicale avec tout anthropocentrisme sotériologique.

2.3 La responsabilité humaine demeure, mais sans pouvoir causal

Affirmer que Dieu seul régénère ne signifie pas que l’homme est une marionnette ou un automate. La régénération transforme radicalement la volonté de l’homme, sans la violenter. L’homme régénéré croit, se repent, et aime Dieu — non comme un robot programmé, mais comme une créature restaurée à sa vocation première. Toutefois, ces actes sont les fruits de la grâce, et non les causes qui la déclenchent.

Cette distinction est fondamentale. La foi et la repentance sont des dons de Dieu (Éph 2.8 ; 2 Tim 2.25), et non des prérequis que l’homme pourrait produire par lui-même. Comme l’exprime la Confession de foi baptiste de 1689 :

« Ceux que Dieu appelle efficacement… il leur crée un cœur nouveau, et il renouvelle leurs esprits. Il les rend capables de répondre à cet appel. » (ch. 10.1)

Il ne s’agit donc pas de nier la responsabilité humaine — l’homme est appelé à croire et à se repentir — mais de replacer cette réponse dans l’ordre des causes : elle est la conséquence de l’œuvre souveraine de Dieu, et non son déclencheur.

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³ Jean Calvin, Institution de la religion chrétienne, II.3.9.

⁴ Martin Luther, De Servo Arbitrio, trad. P. Widemann, Genève : Labor et Fides, 1975.

3. Une régénération sans mérite : la grâce comme seul fondement

L'une des affirmations les plus distinctives de la tradition réformée est que le salut est, du commencement à la fin, une œuvre de la seule grâce de Dieu. La régénération, comme première manifestation subjective de ce salut dans le cœur du croyant, n’échappe pas à cette règle. Elle n’est pas une récompense, ni une réponse de Dieu à une condition préalable remplie par l’homme ; elle est un acte gratuit, immérité, inconditionnel. L’homme ne peut ni la provoquer, ni y contribuer, ni la mériter. Elle procède exclusivement de la bonté souveraine de Dieu, et a pour but de manifester la richesse de sa grâce.

3.1 L’absence totale de mérite humain dans la régénération

Le témoignage biblique est unanime : Dieu ne choisit pas l’homme à cause de ce qu’il est, mais en dépit de ce qu’il est. L’élection divine, qui précède logiquement et causalement la régénération, se fait « afin que le dessein d’élection subsiste, sans dépendre des œuvres mais de celui qui appelle » (Rom 9.11). L’apôtre Paul rappelle que « tous ont péché » (Rom 3.23) et que « nul ne cherche Dieu » (Rom 3.11). L’homme, laissé à lui-même, ne se tourne pas vers Dieu, mais s’égare dans des ténèbres toujours plus profondes.

Dans l’Ancien Testament déjà, Dieu affirmait à Israël :

« Ce n’est point parce que vous êtes plus nombreux que les autres peuples que l’Éternel s’est attaché à vous... mais parce que l’Éternel vous aime » (Deut 7.7–8).

De même, dans le Nouveau Testament, Paul affirme à Tite que Dieu « nous a sauvés, non à cause des œuvres de justice que nous aurions faites, mais selon sa miséricorde » (Tite 3.5). La régénération, dans cette perspective, exclut toute logique de mérite ou de justice personnelle.

3.2 Une grâce qui humilie l’homme et exalte Dieu

La régénération n’est pas seulement un acte gracieux, elle est un acte qui empêche toute vantardise humaine. Paul le souligne avec force en 1 Corinthiens 1.26–31 :

« Considérez, frères, que parmi vous, il n’y a ni beaucoup de sages selon la chair, ni beaucoup de puissants... Dieu a choisi les choses folles du monde pour confondre les sages... afin que personne ne se glorifie devant Dieu. »

Dans cette logique, la régénération est le moment où Dieu brise l’orgueil naturel de l’homme, en l’amenant à reconnaître son incapacité radicale. Loin d’être une exaltation de la volonté humaine, la régénération est un écrasement de cette volonté rebelle, remplacée par une volonté renouvelée et soumise à Christ. C’est pourquoi l’apôtre peut affirmer : « Par la grâce vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu » (Éph 2.8–9). Non seulement le salut ne vient pas de l’homme, mais même l’instrument de sa réception — la foi — est un don.

John Owen, le grand théologien puritain, exprimait cela en des termes tranchants :

« La régénération est un changement immédiat de tout l’homme, de mort à vie. Elle est l’œuvre unique de Dieu ; ni la raison, ni la volonté humaine, ni les moyens ordinaires de grâce ne peuvent la produire sans la puissance vivifiante de l’Esprit. »⁵

3.3 La grâce comme cause unique, suffisante et efficace

L’un des accents les plus marquants de la théologie réformée est que la grâce divine n’est pas seulement nécessaire à la régénération, mais aussi suffisante et efficace. En d’autres termes, là où Dieu veut donner la vie, il la donne réellement. La grâce ne rend pas seulement le salut possible : elle le produit. Elle ne se contente pas d’aider l’homme : elle le transforme.

C’est ce que souligne l’expression classique de la grâce irrésistible, l’un des cinq points du calvinisme. Loin de suggérer une contrainte brutale, cette expression affirme que la grâce régénératrice est si puissante, si parfaite et si adaptée à son objet qu’elle obtient toujours ce que Dieu veut : la vie spirituelle réelle dans le cœur du pécheur. Comme le dit Augustin : "Da quod iubes, et iube quod vis" — "Donne ce que tu commandes, et commande ce que tu veux".

Dans la logique de cette efficacité souveraine, la régénération devient le fondement réel de tout changement intérieur : la repentance, la foi, l’amour de Dieu et la sanctification. Rien n’en procède sans cette œuvre radicale et gratuite de Dieu.

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⁵ John Owen, The Holy Spirit, in The Works of John Owen, vol. 3 (Carlisle: Banner of Truth, 1966), p. 295.

4. L’élection comme fondement de la régénération

La régénération ne survient pas dans le vide. Elle s’inscrit dans un dessein éternel, immuable, déterminé par Dieu avant la fondation du monde : l’élection. Cette dernière, loin d’être une abstraction théologique, est la source même de la vie nouvelle accordée au pécheur. Sans élection, il n’y aurait pas de régénération, car Dieu ne vivifie que ceux qu’il a choisis dans son conseil éternel de grâce. Ainsi, l’élection divine n’est pas seulement le fondement logique de la régénération, elle en est la cause première, souveraine et bienveillante.

4.1 Régénération et élection : une relation organique

Dans le plan du salut tel que présenté par Paul en Romains 8.29–30, la régénération s’inscrit dans une chaîne d’actes divins ordonnés :

« Car ceux qu’il a connus d’avance, il les a aussi prédestinés... ceux qu’il a prédestinés, il les a aussi appelés ; ceux qu’il a appelés, il les a aussi justifiés... »

L’appel mentionné ici n’est pas simplement général, mais efficace, c’est-à-dire accompagné de la régénération par l’Esprit. Cette séquence montre que la régénération est destinée exclusivement aux élus, et que ceux-ci sont effectivement conduits, par l’appel efficace, à la foi et au salut. En d’autres termes, la régénération est le moyen que Dieu utilise dans le temps pour réaliser son décret éternel d’élection.

Ce lien est explicité en Actes 13.48, après la prédication de Paul à Antioche :

« Tous ceux qui étaient destinés à la vie éternelle crurent. »

Il n’est pas dit que ceux qui crurent furent ensuite élus ; mais que ceux qui étaient élus crurent, parce que Dieu leur avait ouvert le cœur (cf. Actes 16.14).

4.2 L’élection : une garantie de délivrance réelle et finale

Loin d’être une doctrine froide ou fataliste, l’élection est l’unique espérance de salut pour des pécheurs totalement déchus. Si le salut dépendait de la sagesse ou de la volonté humaine, nul ne serait sauvé (cf. Rom 3.11–12). Mais parce que Dieu a choisi, il vivifie. Et parce qu’il vivifie, ceux qu’il appelle viennent à lui.

L’élection donne ainsi à la régénération sa stabilité, son efficacité, et sa finalité. Elle garantit que ce que Dieu commence, il l’achèvera (Phil 1.6). Elle assure que la régénération n’est pas un hasard, ni un accident, mais l’expression d’un amour éternel. Comme le déclare la Confession de foi baptiste de 1689 :

« Par le décret de Dieu… certains hommes et anges sont prédestinés à la vie éternelle, tandis que d'autres sont laissés dans leur péché… Ceux qui sont ainsi prédestinés à la vie, Dieu les a choisis en Christ avant la fondation du monde, selon son dessein éternel et immuable. » (chap. 3.3–5)

Ainsi, la régénération ne peut être comprise correctement qu’à la lumière de l’élection. Elle n’est pas une réaction divine à une disposition favorable dans l’homme, mais le fruit d’un choix souverain qui a précédé même l’existence de l’homme.

4.3 Une doctrine qui humilie et qui rassure

Ce lien entre élection et régénération a des conséquences pastorales profondes. Il humilie l’orgueil humain, car il révèle que notre salut ne repose sur rien en nous — ni sur notre volonté, ni sur notre intelligence, ni sur notre sensibilité. Il rassure également le croyant, car ce qui a été décrété de toute éternité ne peut être annulé par aucune faiblesse présente. C’est pourquoi Jésus peut affirmer :

« Tous ceux que le Père me donne viendront à moi, et je ne mettrai pas dehors celui qui vient à moi » (Jean 6.37).

La grâce qui choisit est la grâce qui appelle, qui régénère, qui sanctifie et qui glorifie. L’élection n’est donc pas un mystère paralysant, mais la clef de voûte d’un salut solide, gracieux et assuré.

5. Implications pratiques et pastorales

Les doctrines de la régénération et de la souveraineté divine ne sont pas destinées à nourrir une spéculation théologique stérile, ni à satisfaire une curiosité intellectuelle. Dans la perspective biblique et réformée, la vérité sert la piété. L’enseignement sur la régénération, compris comme une œuvre souveraine, gratuite et efficace de Dieu, porte donc des implications profondes pour la prédication de l’Évangile, la vie spirituelle du croyant, et la santé ecclésiale.

5.1 Pour la prédication : l’espérance fondée sur la puissance divine

Savoir que la régénération est une œuvre de Dieu seul transforme la manière dont le ministre de l’Évangile approche la prédication. Il ne se repose ni sur la force de sa rhétorique, ni sur l’émotion suscitée par son message. Il s’appuie sur la promesse que Dieu agit souverainement par sa Parole, selon son bon plaisir. Comme Paul l’écrit aux Thessaloniciens :

« Notre Évangile ne vous a pas été prêché en paroles seulement, mais avec puissance, avec l'Esprit Saint, et avec une pleine conviction » (1 Th 1.5).

Cela libère le prédicateur d’un fardeau inutile : il n’a pas à "convertir" qui que ce soit. Il doit prêcher fidèlement, clairement, avec passion et compassion — et laisser l’Esprit vivifier qui il veut. Cela engendre à la fois une grande humilité et une grande espérance, même dans les contextes les plus durs.

5.2 Pour le croyant : humilité, assurance et adoration

Comprendre que la régénération est un don souverain de Dieu engendre une profonde humilité. Le croyant ne peut attribuer sa nouvelle vie à aucune décision personnelle, à aucun raisonnement supérieur, à aucune inclination morale naturelle. Il reconnaît que s’il croit aujourd’hui, c’est parce que Dieu est intervenu dans sa misère spirituelle pour lui donner un cœur nouveau.

« Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? Et si tu l’as reçu, pourquoi t’en glorifies-tu, comme si tu ne l’avais pas reçu ? » (1 Co 4.7)

Mais cette vérité produit également une profonde assurance. Si le salut repose entièrement sur la souveraineté de Dieu, alors il est stable, inébranlable. Le croyant peut dire avec confiance :

« Je suis persuadé que celui qui a commencé en vous cette bonne œuvre la rendra parfaite » (Ph 1.6).

Enfin, elle conduit naturellement à l’adoration. Le salut n’est pas une collaboration, c’est un miracle. Celui qui en est bénéficiaire ne peut que s’écrier, avec Paul :

« Ô profondeur de la richesse, de la sagesse et de la science de Dieu ! » (Rom 11.33)

5.3 Pour l’Église : discernement, discipline et dépendance

Au niveau ecclésial, la compréhension correcte de la régénération amène à repenser plusieurs pratiques.

D’abord, elle appelle au discernement spirituel : tous ceux qui professent la foi ne sont pas nécessairement nés de nouveau. La nouvelle naissance produit des fruits visibles : amour pour Dieu, obéissance sincère, persévérance. L’Église doit donc être vigilante dans l’accueil des membres et dans la préparation au baptême.

Ensuite, elle justifie la discipline ecclésiale : si quelqu’un s’égare durablement sans fruits de repentance, cela peut révéler une absence de régénération. La discipline n’est pas un jugement final, mais un appel sérieux à examiner si l’on est dans la foi (2 Co 13.5).

Enfin, elle renforce la dépendance de l’Église vis-à-vis de Dieu dans la prière. Ce n’est pas une méthode, ni une stratégie, qui régénère — c’est l’Esprit de Dieu. L’Église doit donc prier ardemment pour que Dieu accorde la vie à des cœurs morts, convaincue que seul le souffle divin peut faire revivre les os desséchés (Éz 37.1–14).

Conclusion

Dans l’économie du salut révélée par les Écritures, la régénération occupe une place cruciale. Elle est le point d’entrée de la vie nouvelle, la première manifestation de l’œuvre de grâce dans le cœur du pécheur, et le fondement expérientiel de la conversion, de la foi, et de toute sanctification ultérieure. Mais plus encore, elle est le miroir dans lequel resplendit la souveraineté de Dieu dans toute sa gloire.

Loin d’être une œuvre conjointe entre Dieu et l’homme, la régénération est, selon l’enseignement constant de la Bible, un acte unilatéral, gratuit et efficace de l’Esprit Saint. Elle ne procède ni d’un mérite, ni d’une volonté préalable, ni d’une disposition favorable chez l’homme naturel, mais uniquement du décret éternel d’élection, fondé sur la seule miséricorde divine. En cela, la régénération réaffirme le principe fondamental de la Réforme : sola gratia.

Cette vérité abaisse l’orgueil humain, renverse toute tentative de se glorifier soi-même dans le salut, et élève la grâce souveraine de Dieu comme unique cause du salut. Elle appelle l’Église à la fidélité dans la proclamation de la Parole, tout en la libérant de l’illusion de pouvoir produire, par elle-même, une vie nouvelle. Elle confère au croyant une assurance indestructible : si Dieu l’a fait naître d’en haut, il le gardera jusqu’à la fin. Et elle nourrit, enfin, une adoration profonde, centrée sur le Dieu qui donne la vie aux morts, qui appelle ce qui n’est pas comme si cela était, et qui régénère selon le conseil de sa seule volonté.

Comme le dit Jacques dans une formule à la fois simple et majestueuse :

« Il nous a engendrés selon sa volonté, par la parole de vérité, afin que nous soyons en quelque sorte les prémices de ses créatures » (Jacques 1.18).

Que cette vérité façonne notre théologie, affermisse notre espérance, et alimente notre louange :

« Car c’est Dieu qui agit en vous, le vouloir et le faire, selon son bon plaisir » (Philippiens 2.13).

Soli Deo Gloria.

Simon Arseneault

Autodidacte en théologie. Je suis passionné pour le Seigneur et sa Parole , elle m'a transformer et continue de le faire. Je partage ici le fruit de cet appel.

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