Théologie

L’homme en tant qu’unité psychosomatique : Une lecture biblique, théologique et apologétique

Simon Arseneault
Simon Arseneault
12/12/2025·7 min read

L’homme en tant qu’unité psychosomatique : Une lecture biblique, théologique et apologétique

Introduction

Depuis les premiers siècles, la question de la nature humaine a été centrale dans la réflexion chrétienne. Qu’est-ce que l’homme ? Cette interrogation dépasse la simple curiosité anthropologique. Elle touche à la manière dont nous concevons la création, la chute, la rédemption, l’éthique, la résurrection et l’éternité. Loin d’être secondaire, la réponse à cette question structure une grande partie de notre théologie systématique et notre pastorale.

Dans une époque où les idéologies matérialistes tendent à réduire l’homme à une mécanique biologique, et où des courants spiritualistes hérités du néo-platonisme cherchent à l’envisager comme un esprit temporairement logé dans un corps, la doctrine chrétienne réformée affirme avec clarté que l’homme est une unité psychosomatique : une créature composée d’un corps et d’une âme, unies dans une personne consciente. Ce point de vue, historiquement désigné comme dichotomique, s’oppose à la trichotomie, une conception selon laquelle l’homme serait constitué de trois éléments distincts : corps, âme et esprit.

Cet article a pour but d’exposer et de défendre, dans une perspective biblique, théologique et accessible, la conception de l’homme comme unité corps-âme, en expliquant les fondements de la dichotomie, les insuffisances de la trichotomie, et les implications pratiques et doctrinales de cette vision.

1. Fondements bibliques de l’unité psychosomatique

1.1 La création de l’homme dans Genèse 2.7

Le récit fondamental de Genèse 2.7 affirme :

« L’Éternel Dieu forma l’homme de la poussière de la terre, il souffla dans ses narines un souffle de vie, et l’homme devint une âme vivante (nephesh ḥayyâh). »

L’expression hébraïque nephesh ḥayyâh signifie littéralement « une âme vivante » ou « une créature vivante ». Il ne s’agit pas d’une juxtaposition entre deux entités (un corps et une âme) qui cohabitent, mais bien d’un être unifié, constitué d’un corps façonné de la poussière, animé par le souffle divin (nĕshāmâ), devenant ainsi une personne.

Ce texte fondateur montre que l’homme est, dès sa création, une réalité unie, non pas un esprit enfermé dans un corps, ni une simple matière animée temporairement. Il est une âme vivante en tant qu’unité corps-âme.

1.2 Les mots bibliques clés : sôma, psychē, pneuma

Dans le Nouveau Testament, trois termes principaux décrivent l’homme :

sôma (σῶμα) : le corps

psychē (ψυχή) : l’âme, la personne intérieure

pneuma (πνεῦμα) : l’esprit, parfois synonyme de l’âme, ou utilisé pour désigner l’activité spirituelle

Ces termes sont utilisés de manière souple et parfois interchangeable, ce qui plaide pour une vision fonctionnelle plutôt que compositionnelle.

Par exemple, en Luc 1.46–47 :

« Mon âme (psychē) exalte le Seigneur, et mon esprit (pneuma) se réjouit en Dieu mon Sauveur ».

Il s’agit là d’un parallélisme poétique typique de l’hébreu, et non d’une distinction ontologique stricte. De même, en Hébreux 4.12, où la Parole de Dieu est décrite comme capable de « séparer âme et esprit », il ne faut pas y lire une séparation d’entités substantielles, mais une pénétration jusqu’aux profondeurs de la personne humaine.

1.3 Textes affirmant la dualité corps-âme

Matthieu 10.28 : « Ne craignez pas ceux qui tuent le corps, mais qui ne peuvent tuer l’âme. »

Jacques 2.26 : « Le corps sans esprit est mort. »

2 Corinthiens 5.8 : « Nous aimons mieux quitter ce corps et demeurer auprès du Seigneur. »

Dans chacun de ces textes, l’homme est présenté comme composé de deux éléments : un corps physique et une partie immatérielle (âme/esprit) qui peut subsister séparément. Mais cette distinction ne détruit pas l’unité de l’homme, car l’union corps-âme constitue l’état normal de l’humanité.

1.4 L’unité restaurée par la résurrection

L’état intermédiaire (l’âme au ciel en attendant la résurrection) est une situation anormale et temporaire. L’homme a été créé pour vivre éternellement corps et âme devant Dieu. C’est ce que proclame avec force 1 Corinthiens 15 :

« Le corps semé corruptible ressuscite incorruptible… semé corps naturel, il ressuscite corps spirituel. »

La résurrection n’est pas un affranchissement du corps, mais sa transformation glorieuse. Cette perspective honore à la fois la création, la rédemption, et la finalité de l’homme.

2. La doctrine dichotomique : une position bibliquement et historiquement fondée

2.1 Définition

La dichotomie enseigne que l’homme est constitué de deux éléments substantiels :

un corps matériel, visible, périssable,

une âme immatérielle, invisible, immortelle (par grâce).

Cette âme est parfois désignée dans l’Écriture comme « esprit », surtout lorsqu’il s’agit de la dimension relationnelle avec Dieu, mais ces deux termes ne désignent pas des entités séparées.

2.2 Appui des grandes confessions

Confession de foi de Westminster (1646) : « Dieu créa l’homme, mâle et femelle, avec des âmes raisonnables et immortelles. »

Confession de foi baptiste de 1689, chapitre 4 : « Dieu créa l’homme, avec une âme raisonnable et immortelle… »

Toutes les grandes confessions réformées embrassent une conception dichotomique.

2.3 Appui patristique et réformé

Irénée de Lyon : "l’homme est un mélange d’âme et de chair" (Contre les hérésies, V,6).

Augustin : insiste sur l’union substantielle du corps et de l’âme (La Trinité, Livre XV).

Calvin : enseigne que l’homme est « composé d’un corps et d’une âme » (Institution, I.15).

Bavinck : « l’homme est un être unifié dans une double nature : corporelle et spirituelle » (Dogmatique réformée, II).

Cette continuité historique montre que la dichotomie n’est pas une innovation moderne, mais un pilier classique de la théologie chrétienne.

3. Une analyse critique de la trichotomie

3.1 Définition et origines

La trichotomie enseigne que l’homme est composé de trois éléments distincts :

le corps : l’élément matériel

l’âme : le siège des émotions, de la volonté, de la conscience humaine

l’esprit : la partie « divine » ou la capacité de relation avec Dieu

Ce schéma, souvent populaire dans certaines traditions évangéliques, trouve ses racines dans la philosophie platonicienne et dans les théories anthropologiques grecques d’Aristote.

3.2 Textes invoqués à tort

Les deux textes le plus souvent cités à l’appui de la trichotomie sont :

1 Thessaloniciens 5.23 : « Que tout votre être, l’esprit, l’âme et le corps, soit conservé irrépréhensible… »

Hébreux 4.12 : « …jusqu’à partager âme et esprit, jointures et moelles… »

Mais ces textes n’ont pas pour objectif d’énoncer une anthropologie systématique, encore moins de définir une division tripartite. Ils utilisent un langage emphatique, poétique, ou rhétorique, pour souligner la totalité de l’être humain.

3.3 Dangers doctrinaux

La trichotomie, lorsqu’elle est poussée à l’extrême, peut engendrer des erreurs théologiques graves :

une vision gnostique du salut, où seul l’esprit est régénéré, mais pas l’âme ou le corps

une séparation abusive entre la vie spirituelle et les réalités émotionnelles ou intellectuelles

une confusion dans la compréhension du péché, de la sanctification, et de la rédemption intégrale

4. Conséquences doctrinales et pastorales

4.1 L’unité de la personne

Affirmer la dichotomie, c’est protéger l’idée biblique que Dieu sauve la personne entière. Il ne rachète pas seulement notre esprit, mais nous sauve corps et âme (Romains 8.23 ; 1 Thessaloniciens 5.23).

4.2 La dignité du corps

Le corps n’est pas un obstacle à la spiritualité. Il est créé bon, et destiné à la résurrection. Cela a des implications pastorales profondes :

le respect du corps (santé, sexualité, mort)

l’espoir dans la résurrection

l’éthique incarnée (liturgie, sacrements, discipline du corps)

4.3 La mort et la vie éternelle

Comprendre la dichotomie permet d’éviter deux erreurs :

croire à l’anéantissement de la personne après la mort

croire à une survivance désincarnée éternelle

Le chrétien meurt, son âme va vers Christ, et il attend la résurrection du corps pour vivre corps et âme dans la gloire (2 Cor 5.1–10 ; Ap 6.9–11).

5. L’unité psychosomatique à la lumière de la résurrection

La résurrection corporelle est le sceau de la dignité humaine. L’homme est créé, racheté et glorifié dans l’unité. Le Christ, prémices de la résurrection, a été glorifié dans son corps (Luc 24.39 ; 1 Cor 15.20).

Ce corps ressuscité est :

identique dans son identité (Jésus n’est pas un autre)

transformé dans sa substance (corps glorieux)

C’est pourquoi l’espérance chrétienne n’est pas d’échapper au corps, mais d’attendre son renouvellement dans la gloire.

6. Conclusion

L’homme, selon l’Écriture et la tradition théologique chrétienne, est une unité psychosomatique : corps et âme unis en une personne. Cette vision, appelée dichotomique, rend justice aux données bibliques, aux réalités existentielles, et aux vérités eschatologiques.

Rejeter la trichotomie, ce n’est pas mépriser les nuances bibliques, mais refuser une lecture spéculative et dangereuse qui sépare l’homme au lieu de l’unir. Dieu a créé l’homme tout entier, le sauve tout entier, et le ressuscitera tout entier, pour sa gloire.

En confessant cela, nous affirmons que :

« Notre vie entière est cachée avec Christ en Dieu » (Col 3.3), et qu’un jour, corps et âme, nous verrons sa face (Ap 22.4).

Soli Deo Gloria.

Simon Arseneault

Autodidacte en théologie. Je suis passionné pour le Seigneur et sa Parole , elle m'a transformer et continue de le faire. Je partage ici le fruit de cet appel.

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