Comments (4)

@Judith Une ressource intéressante
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@SimonA Peux-tu, s'il te plait, partager les ressources sur la Christologie et sur la Bibliologie? Merci
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Merci beaucoup pour l’article!
Théologie

Qu'est-ce que la saine doctrine ?

Simon Arseneault
Simon Arseneault
12/12/2025·23 min read

Qu'est-ce que la saine doctrine ?

Introduction — Une question simple, un enjeu fondamental

Il est peu de mots dans le vocabulaire chrĂ©tien qui paraissent plus familiers que celui de saine doctrine. On l’entend dans nos assemblĂ©es, on le lit dans nos confessions, on l’invoque souvent comme un sceau de fidĂ©litĂ©. Pourtant, il est rare que l’on prenne le temps d’en sonder la profondeur. Car, si le mot doctrine Ă©voque spontanĂ©ment un ensemble d’enseignements, de vĂ©ritĂ©s articulĂ©es, l’adjectif saine introduit une dimension que seule la rĂ©vĂ©lation de Dieu peut vĂ©ritablement dĂ©finir : celle d’une vĂ©ritĂ© vivante, nourrissante, qui guĂ©rit et fait croĂźtre.

L’expression ne vient pas de la thĂ©ologie systĂ©matique, mais de l’Écriture elle-mĂȘme. Paul exhorte Tite : « Dis ce qui est conforme Ă  la saine doctrine » (Tite 2:1). L’apĂŽtre ne renvoie pas ici Ă  une spĂ©culation intellectuelle ni Ă  une construction humaine, mais Ă  la proclamation fidĂšle de ce que Dieu a rĂ©vĂ©lĂ©. Ainsi, la saine doctrine n’est pas la simple exactitude d’un discours religieux : elle est la rĂ©ception de la vĂ©ritĂ© divine qui vivifie ceux qui la reçoivent et qui structure la vie du peuple de Dieu. Elle est saine parce qu’elle est sainte — sĂ©parĂ©e de l’erreur, enracinĂ©e dans la grĂące et la vĂ©ritĂ© venues en JĂ©sus-Christ.

Or, dans un temps oĂč la pluralitĂ© des discours se revendique chrĂ©tienne, oĂč l’autoritĂ© de la Parole se voit parfois relativisĂ©e au profit d’expĂ©riences ou d’opinions, il devient urgent de revenir Ă  la source : qu’est-ce donc que la saine doctrine selon les Écritures ? Quelle en est l’origine, le contenu et le fruit ? Et comment discerner ce qui, aujourd’hui encore, relĂšve de cette vĂ©ritĂ© qui sanctifie, ou de ces discours qui flattent la chair mais affaiblissent la foi ?

La thĂšse est donc la suivante :

La saine doctrine n’est pas le produit de la rĂ©flexion religieuse humaine, mais la rĂ©ception fidĂšle de la rĂ©vĂ©lation spĂ©ciale de Dieu en JĂ©sus-Christ, telle qu’attestĂ©e dans les Écritures, reconnue par l’Esprit et confessĂ©e par l’Église.

Dire ce que Dieu a dit, voilĂ  la tĂąche. Recevoir ce qu’il a rĂ©vĂ©lĂ©, voilĂ  la foi. Confesser ce qu’il a accompli, voilĂ  l’Église. Tout le reste n’est que bavardage spirituel, dont l’apparence de piĂ©tĂ© cache l’absence de vie. La saine doctrine, au contraire, est vie parce qu’elle procĂšde de la Vie. Elle ne se limite pas Ă  un corps de propositions : elle manifeste la personne du Christ, plĂ©nitude de grĂące et de vĂ©ritĂ© (Jean 1:16), et elle transforme ceux qui la reçoivent en les conformant Ă  son image.

C’est Ă  cette lumiĂšre que nous chercherons Ă  rĂ©pondre Ă  la question : qu’est-ce que la saine doctrine ?

1)Nous verrons d’abord qu’elle est une rĂ©vĂ©lation divine, non une invention humaine ;

2)ensuite qu’elle est christocentrique, car toute vĂ©ritĂ© converge vers la personne du Fils ;

3)puis qu’elle constitue le fondement de l’Église confessante, qui vit de ce qu’elle croit ;

4)enfin, qu’elle se dĂ©ploie dans une vie sanctifiĂ©e, oĂč la vĂ©ritĂ© devient obĂ©issance et adoration.

I. La saine doctrine : une révélation, non une invention

La premiĂšre vĂ©ritĂ© Ă  affirmer avec force est que la saine doctrine n’a pas pour source l’homme, mais Dieu lui-mĂȘme. Elle ne procĂšde ni de l’expĂ©rience religieuse, ni de la raison, ni d’un consensus ecclĂ©siastique, mais de la rĂ©vĂ©lation spĂ©ciale par laquelle Dieu se fait connaĂźtre. L’homme peut recevoir, Ă©tudier et confesser la vĂ©ritĂ©, mais il ne peut ni la produire, ni l’inventer. La doctrine est sainte prĂ©cisĂ©ment parce qu’elle est rĂ©vĂ©lĂ©e, et non conçue.

Jean Calvin écrit à ce sujet :

« La vraie doctrine est celle qui nous fait connaĂźtre Dieu tel qu’il est en lui-mĂȘme, et qui nous conduit Ă  Christ, afin que par lui nous soyons sauvĂ©s. »

Cette remarque souligne Ă  la fois la centralitĂ© du Christ et la dĂ©pendance de la doctrine Ă  la rĂ©vĂ©lation divine : elle n’est pas le produit d’une imagination humaine, mais la lumiĂšre qui conduit Ă  la vie. L’Écriture est sans Ă©quivoque Ă  ce sujet : « Mon enseignement n’est pas de moi, mais de celui qui m’a envoyĂ© » (Jean 7:16). Celui qui est la Parole faite chair reconnaĂźt lui-mĂȘme que l’origine de sa doctrine est en Dieu le PĂšre. Si mĂȘme le Fils incarnĂ© ne parle pas de lui-mĂȘme, combien plus la thĂ©ologie de l’Église doit-elle s’enraciner uniquement dans la Parole inspirĂ©e !

Comme le souligne Herman Bavinck :

« La vĂ©ritable doctrine n’est jamais l’invention de l’homme ; elle est un don de Dieu Ă  l’Église, rĂ©vĂ©lĂ©e dans l’Écriture et confessĂ©e dans la foi. »

Le Christ nous enseigne ainsi que toute doctrine vĂ©ritable est dĂ©rivĂ©e, non crĂ©atrice : elle est la rĂ©ception de ce que Dieu a bien voulu rĂ©vĂ©ler. Ce principe dĂ©coule directement de la distinction biblique entre rĂ©vĂ©lation gĂ©nĂ©rale et rĂ©vĂ©lation spĂ©ciale. Par la crĂ©ation, Dieu se fait connaĂźtre comme CrĂ©ateur ; par sa Parole, il se fait connaĂźtre comme Sauveur. Or, l’homme dĂ©chu, laissĂ© Ă  la seule lumiĂšre de la nature, ne pourrait jamais dĂ©couvrir la voie du salut. Ni la raison ni l’observation du monde ne sauraient rĂ©vĂ©ler comment l’homme peut ĂȘtre rĂ©conciliĂ© avec Dieu. C’est pourquoi la saine doctrine ne peut naĂźtre d’aucune spĂ©culation humaine : elle doit ĂȘtre donnĂ©e, comme un trĂ©sor confiĂ© Ă  l’Église.

L’apĂŽtre Paul exprime cette rĂ©alitĂ© en disant que l’Évangile est « un dĂ©pĂŽt qui nous a Ă©tĂ© confiĂ© » (1 TimothĂ©e 6:20). La saine doctrine n’est donc pas un champ d’expĂ©rimentation, mais une garde confiĂ©e Ă  des intendants.

J. Gresham Machen commente :

« L’Église qui cesse d’enseigner la Parole de Dieu telle qu’elle est Ă©crite cesse d’ĂȘtre l’Église de JĂ©sus-Christ. »

La saine doctrine ne se crĂ©e pas, elle se proclame et se protĂšge ; sa fidĂ©litĂ© est le critĂšre mĂȘme de l’Église confessante. L’Église n’en est pas la source, mais la gardienne ; non la crĂ©atrice, mais la confesseure. C’est ce qui rend sa mission Ă  la fois solennelle et humble : elle ne parle pas d’elle-mĂȘme, mais en Ă©cho Ă  la Parole de Dieu.

Cette dĂ©pendance absolue Ă  la rĂ©vĂ©lation divine explique pourquoi la saine doctrine ne peut ĂȘtre comprise indĂ©pendamment des attributs de l’Écriture elle-mĂȘme : son autoritĂ©, sa clartĂ©, sa suffisance et son inerrance.

Son autorité, car Dieu parle et tout autre voix se tait.

Sa clartĂ©, car Dieu se rĂ©vĂšle pour ĂȘtre compris, non pour demeurer obscur.

Sa suffisance, car rien ne manque à ce que Dieu a voulu dire pour le salut et la vie de piété.

Son inerrance, car Dieu ne peut mentir ni se contredire.

Louis Berkhof renforce ce point :

« La saine doctrine est celle qui est conforme Ă  la rĂ©vĂ©lation de Dieu en Christ, et qui produit chez le croyant la vie d’obĂ©issance et de piĂ©tĂ©. »

En dehors de ces fondements, la notion mĂȘme de saine doctrine s’effondre. Si l’Écriture pouvait ĂȘtre partiellement erronĂ©e, la saine doctrine deviendrait un terrain mouvant, soumis aux alĂ©as de l’opinion. Si elle Ă©tait incomplĂšte, la rĂ©vĂ©lation devrait ĂȘtre prolongĂ©e — ouvrant la porte aux “nouveaux prophĂštes” et aux “rĂ©vĂ©lations personnelles” qui s’érigent en autoritĂ©s concurrentes.

Mais la foi biblique affirme au contraire : Dieu a parlĂ©, et il a parlĂ© pleinement. C’est dans cette Parole suffisante et close que la saine doctrine prend racine.

C’est pourquoi l’apĂŽtre Jean distingue avec nettetĂ© l’esprit de vĂ©ritĂ© et l’esprit d’erreur (1 Jean 4:6).

L’un reçoit la rĂ©vĂ©lation de Dieu telle qu’elle est, l’autre la tord selon ses dĂ©sirs. Pierre avertit que « certains tordent le sens des lettres de Paul pour leur propre perdition » (2 Pierre 3:16). L’erreur doctrinale n’est donc jamais neutre : elle procĂšde d’un refus de recevoir la Parole selon les paramĂštres qu’elle se donne elle-mĂȘme. La saine doctrine, au contraire, s’incline devant la Parole ; elle reconnaĂźt que Dieu seul interprĂšte Dieu.

Enfin, comme le rappelle Henri Blocher :

« La saine doctrine n’est pas seulement une vĂ©ritĂ© Ă  croire, mais une vĂ©ritĂ© Ă  vivre ; elle s’incarne dans la piĂ©tĂ© et l’adoration de ceux qui la reçoivent. »

Autrement dit, la saine doctrine est un acte d’obĂ©issance avant d’ĂȘtre une construction intellectuelle. Elle se forme dans le cƓur rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©, non dans la prĂ©somption humaine. L’homme naturel ne la conçoit pas, car elle doit ĂȘtre spirituellement discernĂ©e (1 Corinthiens 2:14). Seul celui qui a reçu l’Esprit de vĂ©ritĂ© peut accueillir la vĂ©ritĂ© rĂ©vĂ©lĂ©e.

Ainsi, lorsque l’Église parle de saine doctrine, elle ne dĂ©signe pas un systĂšme figĂ© ni une liste abstraite de dogmes, mais la rĂ©ception vivante de la Parole de Dieu. Elle confesse que la vĂ©ritĂ© ne se trouve pas dans nos pensĂ©es, mais dans la rĂ©vĂ©lation du Christ, Verbe Ă©ternel du PĂšre. Elle reconnaĂźt enfin que sa tĂąche n’est pas d’inventer ce que Dieu n’a pas dit, mais de proclamer fidĂšlement ce qu’il a dit — ni plus, ni moins.

II. La saine doctrine : christocentrique — la vĂ©ritĂ© incarnĂ©e et manifestĂ©e en JĂ©sus-Christ

La saine doctrine ne se limite pas Ă  un ensemble de propositions ou de dĂ©finitions abstraites. Elle est fondamentalement centrĂ©e sur le Christ, car toute rĂ©vĂ©lation authentique converge vers la personne et l’Ɠuvre de JĂ©sus-Christ, Verbe incarnĂ©.

Comme le rappelle Jean Calvin :

« La doctrine chrĂ©tienne est centrĂ©e sur le Christ, et toutes nos connaissances de Dieu doivent converger vers lui, afin qu’en lui nous soyons conduits au salut. »

Cette remarque souligne que la saine doctrine ne peut jamais ĂȘtre simplement une spĂ©culation intellectuelle ou un systĂšme moral. Elle est la rĂ©vĂ©lation vivante du salut, incarnĂ©e dans le Fils. Recevoir la doctrine, c’est recevoir le Christ lui-mĂȘme, sa grĂące et sa vĂ©ritĂ©.

1. La plénitude révélée en Christ

Jean décrit avec force cette réalité :

« Elle est venue chez les siens, et les siens ne l’ont pas reçue ; mais Ă  tous ceux qui l’ont reçue, elle a donnĂ© le pouvoir de devenir enfants de Dieu, Ă  ceux qui croient en son nom
 Et nous avons tous reçu de sa plĂ©nitude, et grĂące pour grĂące » (Jean 1:11–12,16).

Ces versets montrent que la saine doctrine ne dĂ©pend pas de l’homme, mais de la rĂ©ception de ce que Dieu offre en Christ. Ceux qui la reçoivent ne sont pas simplement instruits ; ils deviennent participants de la vie divine, adoptĂ©s comme enfants de Dieu. Cette plĂ©nitude dont Jean parle est Ă  la fois rĂ©vĂ©lation et grĂące : elle est intellectuelle, mais surtout transformative. Ainsi, la christocentricitĂ© ne se limite pas Ă  un point thĂ©orique ; elle engage la vie entiĂšre du croyant. La vĂ©ritĂ© rĂ©vĂ©lĂ©e en JĂ©sus-Christ devient vie, transformation et ressemblance. Recevoir la doctrine, c’est entrer dans la vie mĂȘme de Christ.

2. La puissance de la doctrine du Seigneur

Actes 13:12 offre un exemple frappant de l’efficacitĂ© de la doctrine centrĂ©e sur le Christ :« Quand le proconsul vit ce qui Ă©tait arrivĂ©, il crut, vivement frappĂ© de la doctrine du Seigneur. »

La didachĂš tou Kyriou — l’enseignement du Seigneur — ne se contente pas de transmettre des informations ; elle agit sur le cƓur et produit la foi. La saine doctrine n’est pas statique : elle transforme, convainc et sauve. Ici, la christocentricitĂ© est Ă  la fois fondement et moteur : Christ est le contenu de la doctrine et la cause de la vie nouvelle. La doctrine chrĂ©tienne devient un canal de grĂące, non un simple discours moral.

3. Reconnaßtre la doctrine véritable

Jésus précise :

« Mon enseignement n’est pas de moi, mais de celui qui m’a envoyĂ©. Si quelqu’un veut faire sa volontĂ©, il reconnaĂźtra si cet enseignement vient de Dieu ou si mes paroles viennent de moi-mĂȘme » (Jean 7:16–17).

ReconnaĂźtre la saine doctrine ne repose pas sur l’intellect seul, mais sur la disposition du cƓur Ă  faire la volontĂ© de Dieu. L’obĂ©issance est le critĂšre de discernement : seule une vie orientĂ©e vers Dieu peut comprendre et recevoir pleinement ce que Dieu rĂ©vĂšle. Cette dynamique entre vĂ©ritĂ© et obĂ©issance est centrale dans la tradition rĂ©formĂ©e.

Comme le rappelle Herman Bavinck :

« La doctrine vĂ©ritable est Dieu donnĂ©e, rĂ©vĂ©lĂ©e en Christ et confessĂ©e par l’Église. »

Recevoir la doctrine signifie donc confesser et adorer Christ, non accumuler des connaissances abstraites.

4. La christocentricitĂ© comme garantie contre l’erreur

La doctrine centrĂ©e sur le Christ protĂšge Ă©galement contre l’erreur. Jean avertit :

« Quiconque va plus loin et ne demeure pas dans la doctrine du Christ n’a pas Dieu ; celui qui demeure dans la doctrine a le PĂšre et le Fils » (2 Jean 1:9).

Cette tension entre vĂ©ritĂ© et dĂ©viation montre que la christocentricitĂ© est le critĂšre de fidĂ©litĂ© doctrinale. S’éloigner de Christ, c’est s’éloigner de la saine doctrine ; s’y tenir, c’est demeurer dans l’Esprit de vĂ©ritĂ©. Enfin, Bavinck et Berkhof insistent sur la dimension confessionnelle et vĂ©cue de la doctrine : elle ne se limite pas Ă  des mots, mais produit la vie et la piĂ©tĂ©. La saine doctrine incarne la vĂ©ritĂ© en action, selon la volontĂ© de Dieu rĂ©vĂ©lĂ©e en Christ.

En résumé, la christocentricité de la saine doctrine signifie que :

1. Elle se concentre sur la plénitude du Christ, source de vie et de grùce.

2. Elle agit puissamment sur le cƓur et produit la foi et l’obĂ©issance.

3. Elle est reconnue par la soumission Ă  la volontĂ© divine, non par l’intellect seul.

4. Elle confÚre un critÚre pour distinguer vérité et erreur.

5. Elle est confessĂ©e et vĂ©cue par l’Église, incarnant la grĂące reçue.

La saine doctrine n’est donc ni un catalogue d’idĂ©es, ni une morale abstraite : elle est la vĂ©ritĂ© de Christ rendue vivante dans la Parole et dans la vie de son peuple. Pour conclure cette section , un cinquiĂšme point Ă  partir de Matthieu 11.27 est utile et fondamentale.

5. La révélation du Fils : source ultime de la doctrine

Jésus affirme :

« Tout m'a été remis par mon PÚre, et personne ne connaßt le Fils, si ce n'est le PÚre, personne non plus ne connaßt le PÚre, si ce n'est le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler » (Matthieu 11:27).

Ce verset souligne plusieurs vérités essentielles pour comprendre la saine doctrine :

1. La souverainetĂ© de Dieu dans la rĂ©vĂ©lation : personne n’accĂšde Ă  la connaissance de Dieu par ses propres forces ; toute doctrine vĂ©ritable vient d’un don.

Le verset insiste sur le fait que tout m’a Ă©tĂ© remis par le PĂšre. Ce n’est pas simplement une phrase thĂ©ologique abstraite : elle indique que la connaissance du Fils, et donc la saine doctrine, n’est pas le rĂ©sultat d’un effort humain, d’une recherche philosophique ou d’une spĂ©culation religieuse. La doctrine vĂ©ritable est donnĂ©e, confiĂ©e et ordonnĂ©e par Dieu, ce qui rejoint mais nuance l’idĂ©e prĂ©cĂ©dente de dĂ©pendance Ă  la rĂ©vĂ©lation : ici, c’est le don ultime et la souverainetĂ© totale du PĂšre qui sont soulignĂ©s. On peut donc montrer que la saine doctrine est une initiative divine, pas un projet humain, et que cette initiative est ordonnĂ©e Ă  l’union du PĂšre et du Fils.

2. La centralitĂ© du Christ : c’est Ă  travers le Fils que nous connaissons le PĂšre, et non autrement. La saine doctrine ne peut exister indĂ©pendamment de JĂ©sus-Christ.

JĂ©sus affirme que personne ne connaĂźt le Fils si ce n’est le PĂšre, et personne ne connaĂźt le PĂšre si ce n’est le Fils. Cela rĂ©vĂšle que la doctrine authentique reflĂšte l’unitĂ© parfaite entre le PĂšre et le Fils. La saine doctrine n’est pas fragmentaire : elle ne peut diviser le PĂšre et le Fils. Elle est consistante et intĂ©grĂ©e, centrĂ©e sur la relation trinitaire et la personne du Christ. On pourrait souligner ici que toute doctrine fragmentĂ©e ou qui sĂ©pare Christ du PĂšre dĂ©vie de cette vĂ©ritĂ© rĂ©vĂ©lĂ©e.

3. La dĂ©pendance de l’homme : la connaissance et la rĂ©ception de la doctrine ne sont possibles que par la rĂ©vĂ©lation que le Fils choisit de donner. L’humain ne peut inventer ni forcer cette connaissance.

La derniĂšre clause — « et celui Ă  qui le Fils veut le rĂ©vĂ©ler » — indique que la rĂ©ception de la saine doctrine dĂ©pend de la grĂące accordĂ©e par le Christ. Cela n’est pas une simple permission, mais une disposition spirituelle donnĂ©e par Dieu. Ici, on peut enrichir le propos sur la nature de la foi et de la rĂ©gĂ©nĂ©ration : la doctrine vĂ©ritable ne s’impose pas, elle est rĂ©vĂ©lĂ©e Ă  ceux qui sont prĂ©parĂ©s par l’Esprit, ce qui nuance la christocentricitĂ© par la dimension de la rĂ©ception personnelle.

Henri Blocher résume bien cette dynamique :

« La saine doctrine est un don de Dieu. Elle n’existe que dans la rĂ©vĂ©lation de Christ et ne peut ĂȘtre reçue que par celui Ă  qui il se rĂ©vĂšle. »

Ainsi, Matthieu 11:27 fournit une clĂ© hermĂ©neutique et thĂ©ologique : la doctrine ne devient rĂ©ellement saine que lorsqu’elle reflĂšte la rĂ©vĂ©lation du Fils et conduit Ă  lui. Toute tentative de la produire indĂ©pendamment du Christ est vouĂ©e Ă  l’erreur.

4. Implication pratique

On peut conclure ce point par une implication concrĂšte : la saine doctrine est un trĂ©sor que l’Église confesse et transmet, mais sa comprĂ©hension profonde dĂ©pend toujours d’une rĂ©vĂ©lation de Christ en chacun. Cela renforce la nĂ©cessitĂ© de la priĂšre, de l’adoration et de la dĂ©pendance Ă  l’Esprit, sans se rĂ©pĂ©ter sur le simple fait que la doctrine est christocentrique.

III. La saine doctrine comme fondement de l’Église confessante

La saine doctrine ne se limite pas Ă  une simple collection de vĂ©ritĂ©s ou Ă  des convictions personnelles. Elle constitue le fondement mĂȘme de l’Église : celle-ci existe et se manifeste en tant qu’Église confessante, c’est-Ă -dire une communautĂ© qui reçoit et proclame la rĂ©vĂ©lation divine telle qu’elle a Ă©tĂ© donnĂ©e en Christ. L’Église ne peut exister en dehors de la confession fidĂšle de la doctrine reçue.

Comme l’écrit Machen :

« L’Église qui cesse d’enseigner la Parole de Dieu telle qu’elle est Ă©crite cesse d’ĂȘtre l’Église de JĂ©sus-Christ. »

1. La confession comme acte constitutif de l’Église

Tite 2:1 ordonne :

« Pour toi, dis ce qui est conforme à la saine doctrine. »

Ce commandement simple mais essentiel montre que l’autoritĂ© de l’enseignement ecclĂ©sial dĂ©pend de sa fidĂ©litĂ© Ă  la saine doctrine. L’Église, lorsqu’elle enseigne, guide et forme ses membres, le fait toujours dans la lumiĂšre de la vĂ©ritĂ© rĂ©vĂ©lĂ©e. La confession ecclĂ©siale est donc une manifestation publique de la rĂ©ception de la Parole, et non une opinion ou une prĂ©fĂ©rence personnelle.

Herman Bavinck souligne cette réalité :

« L’Église reçoit la doctrine de Dieu, la confesse devant le monde et la vit dans la piĂ©tĂ© de ses membres. Elle n’invente rien, elle proclame fidĂšlement ce qu’elle a reçu. »

La saine doctrine devient ainsi le critĂšre de l’orthodoxie ecclĂ©siale : une Église qui abandonne ou altĂšre la doctrine n’est plus pleinement l’Église confessante.

2. La fidélité face aux temps de déviation

Paul prĂ©vient dans 2 TimothĂ©e 4:3–4 :

« Car il viendra un temps oĂč les hommes ne supporteront plus la saine doctrine ; mais au grĂ© de leurs propres dĂ©sirs, avec la dĂ©mangeaison d’écouter, ils se donneront maĂźtres sur maĂźtres. »

Ce passage illustre la tentation constante de l’Église : cĂ©der Ă  des enseignements sĂ©duisants mais erronĂ©s. La saine doctrine devient alors un garde-fou contre la dĂ©rive doctrinale et morale. L’Église confessante existe dans la mesure oĂč elle demeure attachĂ©e Ă  la vĂ©ritĂ© rĂ©vĂ©lĂ©e, mĂȘme lorsque les Ă©poques ou les modes intellectuelles la pressent de s’en dĂ©tourner.

3. La doctrine comme source de vie et d’édification

Au-delĂ  de la simple protection contre l’erreur, la saine doctrine est source de croissance spirituelle et d’édification. Elle forme les croyants Ă  la piĂ©tĂ© et Ă  la ressemblance Ă  Christ, leur permettant de vivre une vie agrĂ©able Ă  Dieu.

Jean Calvin résume bien ce point :

« La vraie doctrine est celle qui nous conduit à Christ, afin que par lui nous soyons sauvés et formés à la vie sainte. »

Ainsi, la confession ecclĂ©siale de la doctrine n’est pas une simple obligation formelle, mais la condition d’une vie ecclĂ©siale vivante, unie et transformĂ©e.

4. La mission de l’Église fondĂ©e sur la doctrine

Enfin, la saine doctrine fonde la mission de l’Église. Confesser Christ et sa rĂ©vĂ©lation ne se limite pas Ă  des mots : c’est aussi proclamer l’Évangile, instruire, enseigner et former les gĂ©nĂ©rations futures.

Comme l’écrit Henri Blocher :

« La saine doctrine est un trĂ©sor que l’Église reçoit pour le transmettre ; elle est Ă  la fois parole et action, confession et vie. »

La doctrine devient ainsi le pivot entre foi, confession et mission : elle garantit que l’Église reste fidĂšle Ă  son Seigneur, qu’elle forme des disciples et qu’elle tĂ©moigne dans le monde de la vĂ©ritĂ© du Christ.

En rĂ©sumĂ©, l’Église confessante :

1. Existe et se maintient par la confession fidĂšle de la saine doctrine.

2. Est protĂ©gĂ©e contre les dĂ©rives par l’adhĂ©sion Ă  la vĂ©ritĂ© rĂ©vĂ©lĂ©e.

3. Édifie ses membres en leur transmettant la vie et la piĂ©tĂ© chrĂ©tiennes.

4. Remplit sa mission en proclamant Christ et sa Parole au monde.

Sans la saine doctrine, l’Église perdrait sa nature, sa cohĂ©rence et sa capacitĂ© Ă  tĂ©moigner de la vĂ©ritĂ© de Dieu. Ainsi, la doctrine et la vie ecclĂ©siale sont indissociables : la confession de la vĂ©ritĂ© rĂ©vĂ©lĂ©e est ce qui rend l’Église authentiquement l’Église du Christ.

Elle permet à l’Église de proclamer le Christ, d’instruire et de former de nouveaux disciples. La doctrine devient le pivot entre foi, confession et mission, garantissant que l’Église reste fidùle à son Seigneur.

5. Les crédo et confessions de foi : ancrage historique et communautaire

Les crédo (Credo des ApÎtres, Credo de Nicée) et les confessions réformées (comme la Confession de foi baptiste de 1689) sont des expressions structurées et publiques de la saine doctrine. Elles :

RĂ©sument la vĂ©ritĂ© biblique reçue et confessĂ©e par l’Église.

Assurent la continuité doctrinale à travers les siÚcles.

Offrent un critĂšre de fidĂ©litĂ© pour l’enseignement et la discipline.

Louis Berkhof commente :

« La confession de foi est la manifestation de l’Église vivante qui reçoit et proclame la vĂ©ritĂ© divine. »

Ainsi, les crĂ©do et confessions ne sont pas de simples formules ; ce sont des instruments de fidĂ©litĂ© et de communion. Ils relient la doctrine reçue Ă  la vie communautaire et Ă  la mission ecclĂ©siale. La saine doctrine devient alors un trĂ©sor reçu, confessĂ© et transmis, garantissant que l’Église demeure fidĂšle Ă  Christ.

IV. La saine doctrine : vérité vécue et ressemblance à Christ

La saine doctrine ne se rĂ©duit pas Ă  des affirmations thĂ©ologiques ou Ă  des confessions publiques. Elle transforme la vie de ceux qui la reçoivent, car la vĂ©ritĂ© rĂ©vĂ©lĂ©e en Christ appelle Ă  la ressemblance et Ă  la piĂ©tĂ©. Elle n’est pleinement “saine” que lorsqu’elle se manifeste dans la vie quotidienne du croyant.

1. La ressemblance au Christ comme fruit de la vérité

Jésus déclare :

« Vous adorez ce que vous ne connaissez pas
 mais les vrais adorateurs adorent le PĂšre en esprit et en vĂ©ritĂ© » (Jean 4:22–23).

Ici, l’apĂŽtre montre que la saine doctrine ne se limite pas Ă  des connaissances correctes, mais produit une adoration authentique. La vĂ©ritĂ© reçue transforme la vie : elle conduit Ă  reconnaĂźtre Dieu et Ă  vivre selon sa volontĂ© (Jean 7:17).

John Calvin rappelle Ă  ce sujet :

« La vraie connaissance de Dieu, qui est reçue par la Parole, se manifeste dans la vie : elle change le cƓur et conduit Ă  l’obĂ©issance. »

Ainsi, la doctrine n’est pas un simple discours ; elle devient forme de vie, un moyen par lequel le croyant participe Ă  la vie mĂȘme de Christ. La sanctification est le fruit nĂ©cessaire de la vĂ©ritĂ© reçue.

2. Le rejet de la saine doctrine : inversion spirituelle

Paul avertit :

« Ils ne supporteront plus la saine doctrine
 et se donneront maĂźtres sur maĂźtres selon leurs propres dĂ©sirs » (2 TimothĂ©e 4:3–4).

Le refus de la doctrine est un renversement de la posture de rĂ©ception. LĂ  oĂč la vĂ©ritĂ© est ignorĂ©e ou remplacĂ©e par la fantaisie humaine, naĂźt l’erreur, et l’esprit d’orgueil et d’indĂ©pendance spirituelle prend racine.

Comme le souligne Louis Berkhof :

« La fausse doctrine n’est pas simplement une erreur intellectuelle : elle est le symptĂŽme d’un cƓur qui se dĂ©tourne de Dieu et de sa grĂące. »

Cette inversion spirituelle montre que la saine doctrine n’est pas un simple savoir, mais une relation vivante avec le Christ. Recevoir la doctrine implique humilitĂ©, repentance et obĂ©issance de foi.

3. Doctrine et pratique : un lien inséparable

La saine doctrine unit parole et action. Elle façonne la vie :

L’éthique, la piĂ©tĂ© et la relation Ă  Dieu se fondent sur la vĂ©ritĂ© confessĂ©e.

La connaissance du Christ produit une transformation du cƓur et des comportements.

Henri Blocher note :

« La vĂ©ritĂ© chrĂ©tienne, lorsqu’elle est reçue, devient une lumiĂšre qui Ă©claire chaque dĂ©cision et chaque action. »

De ce point de vue, l’étude, la confession et la pratique de la doctrine sont indissociables. La doctrine n’est pas complĂšte tant qu’elle n’a pas produit la vie et la ressemblance Ă  Christ dans la communautĂ© des croyants.

4. La saine doctrine comme force de cohésion

En vivant la doctrine, l’Église devient une communautĂ© unie, car les croyants partagent la mĂȘme vĂ©ritĂ© reçue et confessĂ©e. Cette cohĂ©rence entre doctrine et vie permet Ă  l’Église de tĂ©moigner fidĂšlement dans le monde, et de prĂ©server la fidĂ©litĂ© Ă  la Parole Ă  travers les gĂ©nĂ©rations.

Ainsi, la saine doctrine est Ă  la fois grĂące reçue et vie vĂ©cue. Elle relie le croyant Ă  Dieu, le disciple au Christ et l’Église Ă  sa mission. Elle n’est pas seulement enseignement : elle est existence chrĂ©tienne incarnĂ©e.

V. Conclusion — La saine doctrine : grĂące reçue et vĂ©ritĂ© incarnĂ©e

Tout au long de cet article, nous avons exploré la saine doctrine sous quatre angles complémentaires :

1. RĂ©vĂ©lation divine : La doctrine ne provient pas de l’imagination humaine, mais est un don de Dieu, reçu par la Parole et manifestĂ© en Christ (Jean 7:16–17, Jean 1:10–12). Elle est le fruit de l’initiative divine, accessible Ă  ceux Ă  qui le Fils choisit de se rĂ©vĂ©ler (Matthieu 11:27).

2. ChristocentricitĂ© : La doctrine trouve son centre et son contenu en JĂ©sus-Christ, et toute tentative de l’éloigner de lui mĂšne Ă  l’erreur (2 Jean 1:9, Actes 13:12). Elle rĂ©vĂšle la grĂące et la vĂ©ritĂ© incarnĂ©e, et transforme le cƓur en orientant la vie vers le Fils.

3. Fondement de l’Église confessante : La doctrine structure l’Église en tant que communautĂ© confessante, guidĂ©e par les Écritures et les confessions historiques (Tite 2:1, 1 TimothĂ©e 3:15). Les crĂ©do et confessions de foi tĂ©moignent de cette fidĂ©litĂ© et assurent la continuitĂ© doctrinale Ă  travers les gĂ©nĂ©rations.

4. Vie sanctifiĂ©e et vĂ©ritĂ© vĂ©cue : La saine doctrine ne se limite pas Ă  la connaissance, elle produit la ressemblance Ă  Christ et façonne la vie des croyants (Jean 4:22–23, 2 TimothĂ©e 4:3). Elle appelle Ă  l’humilitĂ©, Ă  l’obĂ©issance et Ă  la cohĂ©rence entre parole et action, permettant Ă  l’Église de tĂ©moigner dans le monde.

La saine doctrine peut se résumer ainsi :

Elle est la grùce de Dieu rendue intelligible, la vérité faite chair rendue audible, et la vie du Christ rendue visible dans son peuple confessant.

Elle n’est ni un savoir abstrait, ni une opinion personnelle ; elle est le fruit d’une rĂ©vĂ©lation, centrĂ©e sur Christ, confessĂ©e par l’Église et vĂ©cue dans la saintetĂ©. Elle relie l’individu Ă  Dieu, le disciple Ă  Christ, et la communautĂ© Ă  sa mission.

Paul exhorte Timothée :

« Veille sur toi-mĂȘme et sur ton enseignement ; persĂ©vĂšre dans ces choses, car en agissant ainsi tu sauveras et toi-mĂȘme et ceux qui t’écoutent » (1 TimothĂ©e 4:16).

Recevoir, confesser et vivre la saine doctrine n’est pas une option : c’est la condition pour connaĂźtre Dieu, ressembler Ă  Christ et Ă©difier l’Église. Que chaque croyant veille donc Ă  demeurer dans la vĂ©ritĂ© rĂ©vĂ©lĂ©e, Ă  proclamer le Christ et Ă  vivre selon sa Parole, afin que la grĂące et la vĂ©ritĂ© qu’elle manifeste soient pleinement incarnĂ©es dans la vie personnelle et communautaire.

Coram Deo

Soli Deo Gloria

Simon Arseneault

Autodidacte en théologie. Je suis passionné pour le Seigneur et sa Parole , elle m'a transformer et continue de le faire. Je partage ici le fruit de cet appel.

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