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Théologie

Étude Hébreux 11.1 et 12. La Foi attend ce qui lui ait promis.

Simon Arseneault
Simon Arseneault
12/12/2025·15 min read

Étude Hébreux 11.1 et 12. La Foi attend ce qui lui ait promis.

Introduction

Dans un contexte où les notions de foi et d'espérance sont souvent dévoyées au profit d'une théologie de la réclamation, il est crucial de redonner au terme "foi" sa substance biblique. Hébreux 11.1 est fréquemment cité comme fondement d'une foi productrice de miracles ou de manifestations visibles, mais une lecture attentive du chapitre, en conjonction avec l'ensemble de l'épître aux Hébreux, en révèle une perspective radicalement différente : la foi comme confiance persévérante en ce que Dieu a promis, même lorsque cela reste encore invisible et à venir.

Le présent article se propose d'explorer la nature eschatologique de la foi biblique à partir d'Hébreux 11 et 12, en opposant cette vision à celle des mouvements qui font de la foi une force pragmatique ou créatrice dans l'immédiat. Nous traiterons successivement (1) de la foi comme espérance de l'invisible, (2) de la foi éprouvée dans l'attente du Messie, et (3) de la foi orientée vers la cité future et le Royaume inébranlable.

Section 1

I. La foi comme espérance de l’invisible

La foi chrétienne, dans sa définition biblique, n'est ni un pouvoir mental ni un instrument de manipulation spirituelle. Elle est d’abord une réponse confiante et obéissante à la révélation de Dieu, enracinée dans une espérance eschatologique. L’auteur de l’épître aux Hébreux le formule ainsi :

« Or la foi est une ferme assurance des choses qu’on espère, une démonstration de celles qu’on ne voit pas » (Hé 11.1, LSG).

Cette formulation fait de la foi un lien vital entre le croyant et l’avenir promis par Dieu, non une méthode pour obtenir des résultats dans le présent visible. Elle suppose une orientation résolue vers le monde à venir, « la cité qui a de solides fondements, celle dont Dieu est l’architecte et le constructeur » (Hé 11.10). Ainsi, la foi biblique est fondamentalement eschatologique : elle vise « les choses qu’on espère », c’est-à-dire celles promises, mais non encore pleinement réalisées.

1.1 La foi ancrée dans la promesse divine

Les exemples d’Hébreux 11 illustrent cette foi comme une attente active et patiente. Abraham quitta son pays sans savoir où il allait (v.8), Moïse considéra l’opprobre du Christ comme une richesse supérieure aux trésors de l’Égypte (v.26), et tous ces témoins « sont morts dans la foi, sans avoir reçu les choses promises, mais ils les ont vues et saluées de loin » (v.13). Cette perspective est antithétique à une foi centrée sur l’accomplissement immédiat, sur la satisfaction de désirs temporels ou matériels. Elle engage le croyant à marcher « par la foi, non par la vue » (2 Co 5.7), dans une dépendance à la parole de Dieu et à sa fidélité.

Henri Blocher écrit à juste titre :

« L’essence de la foi n’est pas d’obtenir ici-bas ce que nous désirons, mais de s’approprier dès maintenant ce que Dieu promet pour l’au-delà. »

(Dieu et sa Parole. Florilège théologique, Excelsis, 2021, p. 188.)

1.2 La nature invisible et paradoxale de la foi

Se tourner vers l’invisible ne signifie pas que la foi contredit la raison, mais qu’elle s’élève au-dessus de ce que l’on peut voir, toucher ou démontrer par l’expérience humaine. Elle perçoit ce que les yeux ne voient pas encore, car elle se fonde sur le témoignage de Dieu, qui ne peut mentir (Tite 1.2). Elle est paradoxale, car elle affirme ce que le monde nie, elle attend ce que le monde ignore, et elle endure ce que le monde méprise.

Cette tension entre la foi véritable et les formes falsifiées s’incarne dans les dérives modernes d’un christianisme centré sur le miracle, la santé ou la prospérité. Là où la foi biblique regarde vers l’héritage incorruptible (1 Pi 1.4), les contrefaçons idolâtrent l’instantané. Elles exigent de Dieu des signes visibles avant de croire, à l’image de ceux que Jésus a dénoncés :

« Une génération méchante et adultère demande un miracle » (Mt 12.39).

En posant des conditions à Dieu – « Si tu fais ceci, alors je croirai » – on se place non dans la foi, mais dans la rébellion. Cette inversion rappelle les paroles ironiques de la chanson Si jamais tu m’donnes une job du groupe québécois Les Colocs, qui résume une forme de marchandage avec le divin : « Si tu me donnes ce que je veux, je reviendrai à l’Église ». C’est exactement l’attitude que Jacques condamne : « Vous demandez, et vous ne recevez pas, parce que vous demandez mal, dans le but de satisfaire vos passions » (Jc 4.3).

1.3 La foi véritable : une vision de la gloire à venir

La vraie foi est tournée vers la vision promise. Comme le montre le sommet de l’épître aux Hébreux :

« Vous vous êtes approchés de la montagne de Sion, de la cité du Dieu vivant, la Jérusalem céleste […] de Jésus, le médiateur de la nouvelle alliance » (Hé 12.22–24).

Le croyant n’attend pas un miracle temporaire, mais la plénitude d’un royaume inébranlable (Hé 12.28), la rédemption totale de son être (Rm 8.23), et la transformation définitive du cosmos dans la gloire du Christ (Ap 21.1–5). Loin de nier que Dieu puisse accorder des signes ou des réconforts dans cette vie, cette espérance refuse cependant de réduire Dieu à un distributeur de bénédictions. Elle affirme que le vrai miracle, c’est d’attendre encore, de croire malgré tout, et d’aimer jusqu’à la fin.

Section 2

II. L’instrumentalisation contemporaine de la foi : contrefaçons d’une espérance eschatologique

Alors que l’Épître aux Hébreux nous oriente vers une foi tendue vers la cité céleste (Hé 11.10, 16 ; 12.22–24), notre époque assiste à une dérive significative : la foi n’est plus ce regard espérant ancré dans les promesses futures de Dieu, mais un levier psychologique, un moyen d’obtenir ici-bas la satisfaction immédiate de nos désirs. Ce glissement, subtilement enraciné dans un imaginaire religieux fortement influencé par le subjectivisme moderne et le consumérisme spirituel, constitue une trahison fondamentale de la vision biblique.

2.1 Une foi conditionnelle : marchandage déguisé en prière

L’une des manifestations les plus préoccupantes de cette distorsion est l’attitude qui consiste à « poser des conditions » à Dieu. L’exemple du genre de prière : « Dieu, si tu existes, guéris cette personne », illustre cette inversion de la foi. L’homme n’attend plus de Dieu ce qu’il a promis selon sa Parole ; il cherche à faire plier le bras du Tout-Puissant selon ses propres critères de validation.

Bien entendu, Dieu entend le cri sincère, même mal formulé. Mais il est une autre posture, plus subtile, qui cherche à soumettre Dieu à l’épreuve. À ce titre, il rappelle davantage le pharisien orgueilleux du temple que le publicain repentant (Lc 18.9–14), ou encore la foule d’incrédules demandant un signe du ciel non pour croire, mais pour tester Jésus (Mt 12.38–39). Or, le Seigneur a toujours dénoncé cette disposition : « Une génération méchante et adultère demande un signe » (Mt 12.39).

La vraie foi ne fait pas de Dieu un distributeur de miracles à la demande. Elle s’incline devant sa volonté souveraine, s’appuie sur ses promesses révélées, et se nourrit d’une attente confiante de son règne. Comme l’écrit Jean Calvin :

« Il n’y a point de foi où l’on borne Dieu selon notre plaisir. Il faut que notre foi soit assise en sa bonté, et non sur notre désir. »

(Commentaire sur Hébreux 11.1)

La foi n’est pas un levier pour manipuler Dieu. C’est une réponse confiante à sa Parole, ancrée dans ce qu’il a promis, pas dans ce qu’on désire.

2.2 Une foi charnelle : poursuivre Jésus pour le pain et non pour sa personne

Une certaine foi contemporaine, influencée par une culture du résultat, peut parfois ressembler à celle de la foule de Jean 6 (Jn 6.26). Ce type de foi est motivé non par une soif de justice ou de communion avec Dieu, mais par l’espoir d’un soulagement temporel : guérison, prospérité, succès personnel.

Mais Jésus répond fermement à cette posture : « Travaillez, non pour la nourriture qui périt, mais pour celle qui subsiste pour la vie éternelle » (Jn 6.27). L’Évangile ne nous promet pas la suppression immédiate de la souffrance, mais la victoire finale sur la mort et le péché, dans la communion avec le Christ ressuscité. Ainsi, la guérison de Lazare (Jn 11) n’était qu’un signe, non un aboutissement. Lazare est mort de nouveau. Mais ceux qui croient verront la gloire de Dieu et ressusciteront pour l’éternité.

C’est pourquoi Paul affirme : « C’est en espérance que nous avons été sauvés » (Rm 8.24). La foi n’est pas un raccourci vers le confort ici-bas, mais un arrhe du monde à venir. Elle s’inscrit dans l’attente patiente du renouvellement cosmique, là où Dieu « essuiera toute larme de leurs yeux » (Ap 21.4).

2.3 Une foi autosuffisante : parole créatrice ou volonté divine ?

Autre dérive majeure : la réduction de la foi à une « puissance de manifestation », où il suffirait de croire très fort ou de déclarer des choses pour qu’elles prennent forme. Cette idée, très présente dans certains courants néo-pentecôtistes ou dans l’idéologie de la « parole de foi », transforme la foi biblique en une technique pseudo-spirituelle, proche des mantras de la pensée positive.

Mais cette conception nie la centralité de la souveraineté divine. Ce n’est pas notre foi qui crée la réalité ; c’est Dieu qui, dans sa fidélité, accomplit ses desseins en son temps (Ésaïe 46.10). La foi véritable n’est pas une projection mentale autosuffisante ; elle est une réponse confiante à la Parole de Dieu, toujours soumise à sa volonté.

Jacques Ellul écrivait :

« La foi n’est jamais la puissance de l’homme, mais l’abdication de cette puissance. Elle est dépendance radicale d’un Autre. »

(La Parole humiliée, 1981)

Il ne s’agit pas de condamner ceux qui, dans la détresse, implorent Dieu pour un secours immédiat – car il est compatissant. Mais de rappeler que la foi biblique ne s’arrête pas là. Elle fait de Dieu un moyen, et non une fin. Elle abandonne la croix et refuse l’attente.

Alors comment vivre cette foi solide, quand tout autour de nous pousse vers l’émotionnel, le spectaculaire, ou l’individualisme spirituel ?

Section 3

III. De l'Église souffrante à l'Église triomphante : restaurer la vision eschatologique communautaire

Alors que notre époque pousse souvent à vivre la foi de façon isolée et à voir l’espérance chrétienne comme quelque chose de purement personnel, la Bible nous rappelle que l’attente du Royaume de Dieu se vit ensemble, au sein de l’Église, et qu’elle est tournée vers l’accomplissement final de toutes choses. L’Église ne vit pas de slogans ou de promesses déconnectées de la croix ; elle est le peuple pèlerin qui, dans la souffrance, anticipe la gloire. Elle est cette Épouse qui soupire après l’avènement de l’Époux (Ap 22.17), et dont le témoignage fidèle dans le monde témoigne déjà de la réalité du Royaume à venir.

3.1 Une Église souffrante : signe de contradiction et laboratoire d'espérance

La vision biblique de l’Église ne correspond en rien à celle d’un club de mieux-être ou d’une entreprise de développement personnel. Elle est une assemblée appelée hors du monde, marquée par la croix, traversant l’histoire dans la tension entre le déjà et le pas encore. Elle n’est pas exempte de douleur, mais elle souffre « selon la volonté de Dieu » (1 Pi 4.19), dans l’espérance certaine que « les souffrances du temps présent ne sauraient être comparées à la gloire à venir » (Rm 8.18).

Les Actes des Apôtres ne décrivent pas une Église triomphaliste, mais une Église persécutée, solidaire, joyeuse et constante dans la prière (Ac 2.42–47 ; 5.41). Loin des promesses fallacieuses de succès et d’influence immédiate, l’Église primitive savait que « c’est par beaucoup de tribulations qu’il nous faut entrer dans le royaume de Dieu » (Ac 14.22).

Comme l’écrit Dietrich Bonhoeffer, lui-même témoin de l’Église confessante face au nazisme :

« L’Église est seulement l’Église lorsqu’elle est là pour les autres… elle doit partager la vie des hommes et participer aux souffrances du Christ dans le monde. »

(Résistance et soumission, 1951)

3.2 Une Église prophétique : préserver la tension entre l’ère présente et l’ère à venir

L’un des grands problèmes d’aujourd’hui, c’est que l’espérance du retour du Christ est souvent absente de la vie de l’Église. Soit on l’ignore complètement en se concentrant uniquement sur les choses de ce monde, soit on la déforme en la transformant en un spectacle rempli de sensations fortes mais coupé de la réalité. Pourtant, c’est cette tension eschatologique qui donne à l’Église sa forme et sa mission : elle est appelée à vivre dès maintenant comme si le Royaume était déjà pleinement là, tout en confessant qu’il est encore à venir.

L’Église est donc prophétique en ce qu’elle anticipe l’ordre nouveau, en incarnant déjà quelque chose du monde à venir : justice, communion, vérité, paix, adoration. Comme le dit Jürgen Moltmann :

« L’Église ne peut être réellement missionnaire que si elle est eschatologique… Elle est envoyée dans le monde non pour y triompher, mais pour y porter le témoignage du Crucifié ressuscité. »

(Théologie de l’espérance, 1964)

Cette mission prophétique la rend forcément étrangère à l’esprit du siècle : elle ne se conforme pas, mais se transforme par le renouvellement de l’intelligence (Rm 12.2). Elle ne cherche pas à plaire aux foules, mais à garder fidèle le dépôt de la foi (2 Tm 1.13–14).

3.3 Une Église militante et en marche : de Babylone à la Jérusalem céleste

L’Église, dans son essence, est un peuple en exil. Elle vit dans un monde qui n’est pas le sien, comme Israël à Babylone. Le livre de l’Apocalypse illustre puissamment ce contraste entre Babylone, cité de la confusion, de l’idolâtrie et du pouvoir corrupteur, et la Jérusalem céleste, cité sainte descendue du ciel (Ap 17–22).

Le croyant n’appartient plus à la cité terrestre, il est citoyen des cieux (Ph 3.20). Et c’est ensemble, en Église, que nous cheminons vers cette patrie : « Car nous n’avons point ici-bas de cité permanente, mais nous cherchons celle qui est à venir » (Hé 13.14). Cette marche est marquée par le combat, la sanctification, et l’espérance.

Comme le résume si bien Augustin dans La Cité de Dieu :

« Deux amours ont bâti deux cités : l’amour de soi jusqu’au mépris de Dieu a bâti la cité terrestre ; l’amour de Dieu jusqu’au mépris de soi a bâti la cité céleste. »

(Cité de Dieu, XIV, 28)

Cette espérance, ce n’est pas une fuite. C’est une vision claire du but ultime.

Et ce but n’est pas individuel. C’est le rassemblement du peuple de Dieu, dans la cité éternelle.

La vocation de l’Église est donc de marcher fidèlement, sans illusion, mais avec une espérance incorruptible, vers cette Jérusalem nouvelle où Dieu sera tout en tous (1 Co 15.28).

Voilà pourquoi la vraie foi se vit ensemble. Elle se nourrit de la Parole, de la communion, de l’Esprit.

Elle se manifeste dans la persévérance dans l’épreuve, dans la prière commune, dans la fidélité à Christ, même quand c’est coûteux.

Conclusion

Le Christ au centre, l’Écriture pour fondement, l’Église comme témoin

Ce parcours nous a conduit à contempler l’Écriture non seulement comme la Parole infaillible de Dieu, mais aussi comme le miroir qui révèle la vérité sur Dieu, sur l’homme, sur le monde déchu, et sur l’unique chemin de restauration : Jésus-Christ. Là où l’homme cherche la lumière dans ses propres ténèbres, la Parole fait luire une lumière qui ne vient pas de lui (2 Pi 1.19), mais du Dieu vivant, révélée en son Fils, rendue puissante par l’Esprit.

Dans un monde enchanté de lui-même, enivré de spiritualités creuses, de techniques magiques ou de révélations privées qui prétendent compléter ou corriger la Parole divine, l’Église est appelée à tenir ferme. Non pas dans une posture de peur ou de supériorité, mais avec la lucidité du peuple qui vit déjà sous la Seigneurie du Christ. C’est en revenant à la loi et au témoignage (És 8.20) que l’Église se maintiendra à la lumière, et qu’elle pourra dénoncer les ténèbres avec amour, sagesse et assurance.

Aujourd’hui, les formes modernes d’idolâtrie – comme le spiritisme, les faux guérisseurs, une foi basée uniquement sur les émotions ou centrée sur soi – ne peuvent être dénoncées efficacement que par une Église solidement fondée sur la Parole de Dieu, remplie du Saint-Esprit, et engagée dans une vie de foi, de communion fraternelle et d’espérance. Et c’est précisément pourquoi l’Église doit mener ce combat non dans la peur ou l’orgueil, mais dans l’amour, la vérité et la persévérance.

Là où les ténèbres cherchent à séduire, à séduire même les élus si possible (Mt 24.24), l’Église doit brandir l’épée de l’Esprit (Ép 6.17), proclamer la souveraineté de Dieu, vivre comme peuple de la lumière, et persévérer dans l’espérance de la Jérusalem céleste. Non pas une fuite du monde, mais une anticipation fidèle de la restauration ultime, où l’on verra enfin, face à face, Celui qui est la lumière du monde (Jn 8.12), et qui éclaire toute réalité.

« Car Dieu qui a dit : La lumière brillera du sein des ténèbres ! a fait briller la lumière dans nos cœurs, pour faire resplendir la connaissance de la gloire de Dieu sur la face de Christ. »

(2 Corinthiens 4.6)

Est-ce que ta foi est fondée sur ce que tu espères voir… ou sur ce que Dieu a promis ?

Est-ce que tu marches seul, ou dans la communion du peuple de Dieu ?

Est-ce que tu vis comme un citoyen de cette terre… ou comme un pèlerin vers la Jérusalem céleste ?

Persévère. Regarde plus loin. Et marche avec ton Dieu.

Simon Arseneault

Autodidacte en théologie. Je suis passionné pour le Seigneur et sa Parole , elle m'a transformer et continue de le faire. Je partage ici le fruit de cet appel.

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