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Liturgie

Chantez un cantique nouveau !

Simon Arseneault
Simon Arseneault
12/12/2025·29 min read

Chantez un cantique nouveau !

Introduction

Il est devenu courant, dans les milieux Ă©vangĂ©liques contemporains, d’entendre que l’Écriture appellerait l’Église Ă  composer et chanter en permanence des chants nouveaux. L’expression « Chantez Ă  l’Éternel un cantique nouveau » revient rĂ©guliĂšrement dans les discussions sur la musique d’église, comme si elle offrait une justification directe Ă  l’innovation liturgique. Certains en concluent que le renouvellement de la louange chrĂ©tienne doit passer par une crĂ©ativitĂ© musicale sans cesse rĂ©inventĂ©e.

Mais une telle lecture, sĂ©duisante Ă  premiĂšre vue, rĂ©siste-t-elle Ă  l’examen biblique attentif ? Une hermĂ©neutique rigoureuse invite Ă  replacer l’expression chant nouveau (hĂ©b. ĆĄĂźr ងādāƥ ; gr. ƍdē kainē) dans son contexte canonique. Or, ce simple exercice met en lumiĂšre un constat surprenant : ce thĂšme, trĂšs prĂ©sent dans les Psaumes, se retrouve seulement deux fois dans le Nouveau Testament, toutes deux dans l’Apocalypse (Ap 5.9 ; 14.3). Comment expliquer une telle disproportion ? Et surtout, quelle est la portĂ©e rĂ©elle de cette expression ?

Une thĂ©matique enracinĂ©e dans l’Ancien Testament

Dans les Psaumes, l’invitation Ă  chanter un cantique nouveau n’apparaĂźt pas comme une prescription esthĂ©tique mais comme une rĂ©ponse historique. Chaque fois que Dieu agit pour dĂ©livrer, sauver ou manifester sa victoire, le peuple de Dieu est appelĂ© Ă  rĂ©pondre par un chant « nouveau », c’est-Ă -dire ajustĂ© Ă  cette intervention. Le chant nouveau est le cri de victoire de l’assemblĂ©e, l’explosion de reconnaissance qui accompagne l’acte salvateur.

Ainsi, le Psaume 98 s’ouvre sur ces mots : « Chantez Ă  l’Éternel un cantique nouveau, car il a fait des prodiges » (v. 1). La raison est donnĂ©e immĂ©diatement : le chant est nouveau parce que l’action de Dieu est nouvelle. De mĂȘme, le Psaume 40 tĂ©moigne d’une dĂ©livrance personnelle, oĂč le psalmiste affirme : « Il a mis dans ma bouche un cantique nouveau, une louange pour notre Dieu » (v. 4). La nouveautĂ© du cantique n’est donc pas dans sa composition musicale, mais dans l’expĂ©rience fraĂźche de la grĂące de Dieu.

Les prophĂštes prolongent cette logique. IsaĂŻe 42.10 appelle « toute la terre » Ă  entonner un chant nouveau Ă  l’Éternel, en annonçant l’extension universelle du salut. La notion s’élargit : ce qui Ă©tait rĂ©ponse Ă  des dĂ©livrances ponctuelles devient anticipation de la dĂ©livrance eschatologique. DĂ©jĂ , l’horizon messianique se dessine.

L’accomplissement christologique dans le Nouveau Testament

Lorsque l’expression rĂ©apparaĂźt dans le Nouveau Testament, ce n’est pas pour multiplier les nouveaux chants, mais pour cĂ©lĂ©brer l’Ɠuvre nouvelle par excellence : l’immolation et la victoire de l’Agneau. En Apocalypse 5.9, les vingt-quatre anciens chantent un cantique nouveau proclamant la dignitĂ© de l’Agneau, qui a rachetĂ© des hommes de toute nation. En Apocalypse 14.3, seuls les rachetĂ©s peuvent apprendre le chant nouveau devant le trĂŽne. Dans les deux cas, la nouveautĂ© n’est plus circonstancielle mais dĂ©finitive : l’Ɠuvre du Christ a inaugurĂ© la nouvelle crĂ©ation.

Le chant nouveau devient donc le cantique de la nouvelle alliance, le chant eschatologique du peuple rachetĂ©, celui de la victoire finale. Augustin pouvait ainsi commenter : « Le chant nouveau, c’est le chant de l’homme nouveau. L’homme ancien avait un chant ancien ; l’homme nouveau, un chant nouveau. » Calvin, de son cĂŽtĂ©, explique que « le cantique nouveau signifie ici une louange nouvelle, qui est suscitĂ©e lorsque les hommes goĂ»tent de la grĂące nouvelle de Dieu ».

Un sujet à clarifier pour l’Église d’aujourd’hui

Si l’Église d’aujourd’hui veut comprendre l’appel biblique au cantique nouveau, elle doit rĂ©sister Ă  la tentation d’anachronisme. RĂ©duire ce motif Ă  une question de style musical ou de modernitĂ© revient Ă  appauvrir le texte inspirĂ©. Certes, il n’est pas interdit de composer de nouveaux chants ; mais l’Écriture ne fonde pas cette pratique sur une prescription liturgique. Elle invite plutĂŽt le peuple de Dieu Ă  renouveler sa louange en fonction des actes de salut de Dieu dans l’histoire.

Autrement dit, la nouveautĂ© ne rĂ©side pas dans la musique mais dans le salut. Le chant nouveau n’est pas d’abord une innovation esthĂ©tique, mais une proclamation thĂ©ologique. Il trouve son sommet dans l’Agneau immolĂ©, dont la victoire appelle une louange qui ne vieillit jamais, car elle cĂ©lĂšbre une Ɠuvre Ă©ternellement actuelle.

Dans ce billet, nous suivrons donc le parcours biblique du chant nouveau, depuis les Psaumes jusqu’à l’Apocalypse, en Ă©coutant Ă©galement les voix de l’histoire de l’Église — Augustin, Basile, Hilaire, Calvin — qui en ont discernĂ© la portĂ©e spirituelle. Ce chemin nous permettra de mieux saisir ce que signifie chanter « un cantique nouveau » aujourd’hui : ni simple crĂ©ativitĂ© liturgique, ni prĂ©texte Ă  l’innovation, mais rĂ©ponse vivante Ă  la nouveautĂ© de la grĂące, dĂ©jĂ  goĂ»tĂ©e et encore Ă  venir, dans la victoire dĂ©finitive du Christ.

2. Le cantique nouveau dans l’Ancien Testament

L’Ancien Testament emploie l’expression chant nouveau (ĆĄĂźr ងādāƥ) Ă  plusieurs reprises, principalement dans le livre des Psaumes et une fois chez le prophĂšte ÉsaĂŻe. À chaque fois, la logique est la mĂȘme : le peuple de Dieu chante de maniĂšre renouvelĂ©e parce que Dieu agit d’une maniĂšre nouvelle. La nouveautĂ© ne dĂ©signe pas une composition musicale inĂ©dite mais la fraĂźcheur de la rĂ©ponse Ă  une Ɠuvre divine de dĂ©livrance.

L’expression « cantique nouveau » apparaĂźt pour la premiĂšre fois dans le Psautier, et son usage y est significatif. On la retrouve en Ps 33.3, 40.3, 96.1, 98.1, 144.9 et 149.1, avant d’ĂȘtre reprise par ÉsaĂŻe (42.10). Chaque occurrence se situe dans un contexte de cĂ©lĂ©bration de l’action puissante de Dieu, qu’il s’agisse d’une victoire militaire, d’une dĂ©livrance, ou d’une manifestation de son salut.

2.1 Psaume 33.3 – La louange d’un Dieu souverain

« Chantez-lui un cantique nouveau, faites retentir vos instruments avec art et avec des cris de joie ! »

Ce passage s’inscrit dans un psaume de louange qui cĂ©lĂšbre la souverainetĂ© crĂ©atrice et gouvernante de Dieu. Le contexte n’est pas ici une victoire militaire ponctuelle, mais la contemplation de la fidĂ©litĂ© de Dieu qui soutient la crĂ©ation et veille sur son peuple (vv. 4–19).

La nouveauté du chant provient du renouvellement constant de la bonté divine. Calvin note à ce sujet :

« Le ProphĂšte ne veut pas dire qu’il faille toujours faire de nouveaux cantiques, mais qu’il faut chanter Ă  Dieu de telle sorte que notre cƓur se renouvelle pour cĂ©lĂ©brer ses bontĂ©s. »Âč

Dans les Psaumes, l’idĂ©e du « cantique nouveau » est Ă©troitement liĂ©e Ă  l’intervention salvatrice de Yahweh en faveur de son peuple. Ainsi, le Ps 98 associe le « chant nouveau » Ă  la victoire et Ă  la rĂ©vĂ©lation de la justice de Dieu parmi les nations :

« Chantez Ă  l’Éternel un cantique nouveau, car il a fait des prodiges. Sa main droite et son bras saint lui sont venus en aide. L’Éternel a manifestĂ© son salut, il a rĂ©vĂ©lĂ© sa justice aux yeux des nations. » (Ps 98.1–2).

La louange ici n’est pas une rĂ©action vague, mais un cri de reconnaissance pour un acte dĂ©cisif de Dieu. Elle rĂ©pond Ă  une intervention historique et salvatrice, inscrivant le « chant nouveau » dans le cadre de l’histoire rĂ©demptrice.

2.2 Psaume 40.3 – La dĂ©livrance personnelle

« Il a mis dans ma bouche un cantique nouveau, une louange pour notre Dieu ; beaucoup le verront et craindront, et ils se confieront en l’Éternel. »

Ici, le psalmiste raconte son expĂ©rience personnelle de dĂ©livrance, sorti d’une fosse de destruction. Le chant nouveau est la rĂ©ponse intime de celui qui a expĂ©rimentĂ© la grĂące.

La nouveautĂ© naĂźt de l’expĂ©rience d’un salut concret. Ce chant devient aussi tĂ©moignage : « beaucoup le verront et craindront ». Augustin, dans ses Enarrationes in Psalmos, commente :

« Chanter un cantique nouveau, c’est appartenir Ă  la nouvelle vie, c’est ĂȘtre passĂ© des anciennes chaĂźnes du pĂ©chĂ© Ă  la libertĂ© de la grĂące. »ÂČ

2.3 Psaume 96.1 – L’appel universel

« Chantez Ă  l’Éternel un cantique nouveau ! Chantez Ă  l’Éternel, vous tous, habitants de la terre ! »

Un autre Ă©lĂ©ment marquant dans les Psaumes est la portĂ©e universelle et eschatologique de ces chants. Le Ps 96 appelle non seulement IsraĂ«l, mais « toute la terre » Ă  chanter ce cantique nouveau (v. 1), annonçant ainsi une extension du salut qui dĂ©passe les frontiĂšres d’IsraĂ«l. Augustin remarque Ă  ce propos :

« Le cantique nouveau, c’est le chant de ceux qui sont renouvelĂ©s par la grĂące, et qui goĂ»tent dĂ©jĂ  les prĂ©mices de la vie Ă©ternelle. »[^1]

Autrement dit, pour lui, le « chant nouveau » dĂ©passe le simple cadre d’une victoire terrestre pour anticiper la rĂ©gĂ©nĂ©ration ultime du peuple de Dieu. Le Psaume 96 est un hymne missionnaire, appelant toutes les nations Ă  se joindre Ă  la louange. La nouveautĂ© prend ici une tournure eschatologique : le rĂšgne de Yahweh est proclamĂ© comme venant Ă©tablir la justice sur toute la terre (vv. 10–13).

Hilaire de Poitiers souligne la dimension universelle :

« C’est un chant nouveau, car il n’est plus limitĂ© Ă  une nation, mais embrasse les peuples de la terre entiĂšre. »³

Calvin, de son cĂŽtĂ©, commente le Ps 33.3 en expliquant que l’expression ne se limite pas Ă  un style musical inĂ©dit, mais dĂ©signe la fraĂźcheur et la vigueur du cƓur renouvelĂ© :

« Il ne s’agit pas de varier les notes ou d’inventer une mĂ©lodie que personne n’aurait encore entendue, mais de chanter avec un esprit renouvelĂ©. Le nouveau cantique signifie donc que nous devons toujours chanter avec un cƓur animĂ© de gratitude et de ferveur. »[^2]

Ainsi, tant pour les Psaumes que pour leur rĂ©ception dans la tradition chrĂ©tienne, le « cantique nouveau » est un signe de la vitalitĂ© spirituelle qui rĂ©pond Ă  l’action vivante de Dieu.

2.4 Psaume 98.1 – Le cri de victoire

« Chantez Ă  l’Éternel un cantique nouveau, car il a fait des prodiges ; sa droite et son bras saint lui sont venus en aide. »

Ce psaume magnifie la victoire salvatrice de Dieu, dont la justice s’étend « aux extrĂ©mitĂ©s de la terre » (v. 3).

Calvin commente :

« Dieu renouvelle sa grĂące de mille façons, et pour chaque Ɠuvre nouvelle, il convient que nous Ă©levions un cantique nouveau. »⁎

2.5 Psaume 144.9 – Le chant du roi sauvĂ©

« Ô Dieu, je te chanterai un cantique nouveau, je te cĂ©lĂ©brerai avec le luth Ă  dix cordes. »

Dans ce psaume attribuĂ© Ă  David, le chant nouveau est liĂ© Ă  une victoire royale. L’Éternel a secouru le roi, qui promet de lui chanter un cantique nouveau.

La dimension militaire et royale ressort fortement. Le chant nouveau devient ici la proclamation publique du salut accordĂ© au roi, qui est aussi le reprĂ©sentant du peuple. Cette nuance prĂ©pare la lecture messianique : le roi dĂ©livrĂ© devient figure du Christ, dont la victoire ultime inspirera le cantique nouveau de l’Apocalypse.

2.6 Psaume 149.1 – Le chant de l’assemblĂ©e victorieuse

« Chantez Ă  l’Éternel un cantique nouveau, chantez sa louange dans l’assemblĂ©e des fidĂšles ! »

Ici, le chant nouveau est explicitement communautaire. L’assemblĂ©e se rĂ©unit pour proclamer la gloire de Dieu, dans un contexte oĂč la victoire militaire et la joie liturgique se mĂȘlent (vv. 5–9).

Augustin commente :

« Chanter un chant nouveau, c’est chanter non pas avec la vieille vie, mais avec la vie renouvelĂ©e par l’Esprit. »⁔

2.7 Ésaïe 42.10 – L’horizon universel et eschatologique

« Chantez Ă  l’Éternel un cantique nouveau, chantez ses louanges jusqu’au bout de la terre, vous qui allez sur la mer et vous qui la parcourez, Ăźles et habitants lointains ! »

Ici, le chant devient l’annonce eschatologique de la mission universelle de Dieu : non seulement IsraĂ«l, mais aussi les Ăźles lointaines sont appelĂ©es Ă  entrer dans ce chant. C’est une anticipation claire de l’accomplissement en Christ, oĂč toutes les nations seront convoquĂ©es Ă  la louange.

Ce texte ouvre le premier « chant du serviteur » (Es 42.1–9). La nouveautĂ© n’est plus liĂ©e seulement Ă  une dĂ©livrance ponctuelle, mais Ă  l’action eschatologique de Dieu Ă  travers son serviteur, qui Ă©tablira la justice sur la terre et sera lumiĂšre des nations.

Le chant nouveau devient la louange eschatologique de la crĂ©ation entiĂšre. Il est indissociable de la mission du serviteur : universel, dĂ©finitif, rĂ©dempteur. Ce passage sert de pont direct vers l’Apocalypse, oĂč la victoire de l’Agneau reprend ce thĂšme et l’accomplit.

2.8 Synthùse de l’Ancien Testament

Dans l’AT, le chant nouveau apparaüt dans trois cadres principaux :

1. Victoire et dĂ©livrance (Ps 40, 98, 144, 149) – cris de victoire aprĂšs l’intervention de Dieu.

2. Louange renouvelĂ©e (Ps 33) – rĂ©ponse Ă  la fidĂ©litĂ© crĂ©atrice et providente de Dieu.

3. Espoir eschatologique et universel (Ps 96, Es 42) – anticipation de la louange des nations et de la nouvelle crĂ©ation.

La nouveautĂ© ne se dĂ©finit jamais en termes de forme musicale, mais en termes d’acte de salut. Chaque Ɠuvre de Dieu dans l’histoire appelle une rĂ©ponse fraĂźche et renouvelĂ©e.

[ Notes de la section 2 :

1. Jean Calvin, Commentaire sur le Livre des Psaumes, Ps 33.3.

2. Augustin, Enarrationes in Psalmos, Ps 40.

3. Hilaire de Poitiers, Tractatus super Psalmos, Ps 96.

4. Jean Calvin, Commentaire sur le Livre des Psaumes, Ps 98.

5. Augustin, Enarrationes in Psalmos, Ps 149. ]

3. Le cantique nouveau dans la perspective du Nouveau Testament

Si les Psaumes et les prophĂštes invoquent le cantique nouveau dans des contextes liĂ©s Ă  la victoire, au salut et Ă  la restauration de l’ordre divin, le Nouveau Testament reprend cette expression en la transposant pleinement dans la rĂ©vĂ©lation christocentrique. LĂ  oĂč l’Ancien Testament annonçait de maniĂšre typologique la dĂ©livrance de Yahweh en faveur de son peuple, le Nouveau Testament identifie cette dĂ©livrance dĂ©finitive en JĂ©sus-Christ. Le « cantique nouveau » trouve donc son sens plĂ©nier dans la rĂ©demption accomplie par l’Agneau.

Le Nouveau Testament reprend l’expression du « cantique nouveau », mais de maniĂšre beaucoup plus resserrĂ©e que l’Ancien. On la retrouve explicitement dans deux passages de l’Apocalypse : Apocalypse 5:9 et 14:3. Cette raretĂ© est dĂ©jĂ  significative : il ne s’agit pas d’un langage courant dans l’Église primitive pour dĂ©signer un chant liturgique quelconque, mais d’un terme hautement thĂ©ologique et eschatologique.

3.1 Le cantique de l’Agneau (Apocalypse 5.9)

Dans Apocalypse 5, Jean contemple une scĂšne cĂ©leste oĂč seul l’Agneau est jugĂ© digne d’ouvrir le livre scellĂ© de sept sceaux. Les ĂȘtres vivants et les anciens entonnent alors un cantique nouveau :

« Tu es digne de prendre le livre et d’en ouvrir les sceaux, car tu as Ă©tĂ© immolĂ©, et tu as rachetĂ© pour Dieu, par ton sang, des hommes de toute tribu, de toute langue, de tout peuple et de toute nation » (Ap 5.9).

Ici, le cantique nouveau ne se rĂ©fĂšre pas simplement Ă  une mĂ©lodie inĂ©dite, mais Ă  une rĂ©alitĂ© nouvelle dans l’histoire du salut : la rĂ©demption accomplie une fois pour toutes par le sacrifice de JĂ©sus. La nouveautĂ© n’est donc pas musicale mais thĂ©ologique : une Ɠuvre de salut qui transcende les victoires temporaires de l’Ancien Testament et ouvre une Ăšre de gloire Ă©ternelle.

Le contenu de ce chant souligne la nouveautĂ© : il ne s’agit pas d’une victoire militaire terrestre comme dans les Psaumes, mais de la victoire de l’Agneau crucifiĂ© et ressuscitĂ©. La nouveautĂ© consiste ici dans la rĂ©vĂ©lation ultime du plan rĂ©dempteur de Dieu accompli en JĂ©sus-Christ. Augustin commente :

« Le cantique nouveau, c’est l’allĂ©gresse de la nouveautĂ©, de la grĂące. Qu’est-ce donc que le cantique nouveau ? Un cantique de l’homme nouveau. L’homme ancien avait un cantique ancien ; l’homme nouveau a un cantique nouveau. La loi ancienne est un cantique ancien ; la grĂące nouvelle est un cantique nouveau » (Enarrationes in Psalmos, Ps 149).

Ainsi, la nouveautĂ© n’est pas d’abord esthĂ©tique ou musicale, mais thĂ©ologique : la croix et la rĂ©surrection de JĂ©sus-Christ introduisent une rĂ©alitĂ© inĂ©dite dans l’histoire. Le peuple de Dieu cĂ©lĂšbre l’accomplissement de la promesse, ce que les Psaumes n’avaient fait qu’anticiper.

3.2 Le cantique eschatologique (Apocalypse 14.3)

Apocalypse 14 nous montre les 144 000 chantant un cantique nouveau devant le trĂŽne, cantique que nul ne peut apprendre exceptĂ© ceux qui ont Ă©tĂ© rachetĂ©s de la terre. La notion de nouveautĂ© prend ici un caractĂšre eschatologique et exclusif : seuls les rachetĂ©s connaissent ce chant, car eux seuls participent de la dĂ©livrance opĂ©rĂ©e par l’Agneau. La nouveautĂ© s’enracine dans la communion finale avec Christ, dans la gloire, au-delĂ  de toute expĂ©rience prĂ©sente.

Le caractĂšre exclusif de ce chant souligne qu’il n’est pas universellement accessible Ă  toute crĂ©ature comme les louanges gĂ©nĂ©rales de la crĂ©ation (Ps 148), mais qu’il est propre aux rachetĂ©s. Comme le note Richard Bauckham :

« Le cantique nouveau dans l’Apocalypse est la rĂ©ponse du peuple de Dieu Ă  la nouveautĂ© radicale de l’acte rĂ©dempteur de Dieu en Christ. Il ne peut ĂȘtre chantĂ© que par ceux qui participent Ă  cette rĂ©demption. » (The Theology of the Book of Revelation, p. 93).

3.3 La nouveauté en Christ

Le Nouveau Testament ne multiplie pas les occurrences de l’expression cantique nouveau, mais il souligne abondamment le thĂšme de la nouveautĂ© en Christ :

« Si quelqu’un est en Christ, il est une nouvelle crĂ©ature » (2 Co 5.17).

« Vous avez revĂȘtu l’homme nouveau, qui se renouvelle dans la connaissance, selon l’image de celui qui l’a créé » (Col 3.10).

Ainsi, le cantique nouveau s’inscrit dans la thĂ©ologie de la nouvelle crĂ©ation : il est le langage des rachetĂ©s, le fruit de lĂšvres rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©es, une louange qui ne peut ĂȘtre offerte que par ceux qui vivent dĂ©jĂ  des rĂ©alitĂ©s de la rĂ©surrection et anticipent la plĂ©nitude du Royaume.

La perspective nĂ©otestamentaire met donc en lumiĂšre une continuitĂ© et une discontinuitĂ© avec l’Ancien Testament. Le cantique nouveau reste un chant de victoire, mais la victoire est dĂ©sormais spirituelle, dĂ©finitive et universelle en Christ. C’est pourquoi Calvin, en commentant les Psaumes, insiste que le « nouveau cantique » annonce dĂ©jĂ  « l’Ɠuvre admirable de la rĂ©demption Ă  venir »^1.

Cette dimension christologique est essentielle : la « nouveautĂ© » ne rĂ©side pas dans l’innovation culturelle ou artistique, mais dans l’inauguration de la nouvelle crĂ©ation en JĂ©sus-Christ. Paul dira : « Si quelqu’un est en Christ, il est une nouvelle crĂ©ature » (2 Co 5:17). En ce sens, chanter un cantique nouveau, c’est chanter comme un peuple nouveau, renouvelĂ© par la grĂące, en anticipation de la gloire Ă  venir.

Notes :

^1 Jean Calvin, Commentaire sur les Psaumes

3.4 Augustin et la perspective chrétienne

Augustin, commentant le Psaume 96, insiste sur le fait que ce chant nouveau appartient à la nouvelle humanité régénérée en Christ :

« Chantez au Seigneur un cantique nouveau, chantez bien, car vous ĂȘtes devenus nouveaux. Ce que vous chantez, c’est ce que vous ĂȘtes devenus. »Âč

Le cantique nouveau devient alors le signe de la rĂ©gĂ©nĂ©ration : il n’est pas seulement une louange verbale mais la vie nouvelle en Christ, exprimĂ©e dans l’adoration.

Notes de la section 3 :

Âč Augustin, Enarrationes in Psalmos, Ps. 96.

4. Le “cantique nouveau” dans le Nouveau Testament : Christ, l’Agneau et la victoire finale

Dans cette section nous reviendrons sur ce qui à déjà été dit dans la section 3 mais avec quelques commentaires supplémentaires et explication relatives.

Le Nouveau Testament n’utilise l’expression cantique nouveau qu’à deux reprises ( comme nous l’avons vu ) , toutes deux dans l’Apocalypse (5:9 ; 14:3). Le contraste avec l’Ancien Testament est frappant : alors que les psaumes appelaient rĂ©guliĂšrement Ă  un chant nouveau en rĂ©ponse aux interventions de YahvĂ© dans l’histoire d’IsraĂ«l (victoires militaires, dĂ©livrances providentielles, rĂ©tablissement de Sion), l’Apocalypse rĂ©serve ce langage Ă  la rĂ©demption accomplie en Christ et Ă  son triomphe final.

4.1. Apocalypse 5:9 – Le cantique nouveau de la rĂ©demption

Dans la scĂšne cĂ©leste d’Apocalypse 5, Jean contemple l’Agneau immolĂ©, seul digne d’ouvrir le livre scellĂ©. Les vingt-quatre anciens et les quatre ĂȘtres vivants entonnent un cantique nouveau :

« Tu es digne de prendre le livre et d’en ouvrir les sceaux, car tu as Ă©tĂ© immolĂ©, et tu as rachetĂ© pour Dieu, par ton sang, des hommes de toute tribu, langue, peuple et nation » (Ap 5.9).

Ici, la nouveautĂ© n’est pas simplement une fraĂźcheur d’expression ou une forme musicale inĂ©dite, mais l’irruption dans l’histoire du salut d’un Ă©vĂ©nement absolument unique : la mort expiatoire et la victoire de l’Agneau. Ce cantique nouveau est christocentrique et sotĂ©riologique : il chante l’Ɠuvre accomplie de la rĂ©demption universelle, lĂ  oĂč les chants de l’Ancien Testament cĂ©lĂ©braient souvent des victoires limitĂ©es Ă  IsraĂ«l dans le temps et l’espace.

Jean Calvin commente :

« Le cantique nouveau signifie ici la louange qui n’avait jamais Ă©tĂ© chantĂ©e auparavant, puisque le Christ, par sa mort, a acquis un salut si grand, qu’il surpasse tout ce que Dieu avait fait jusque-lĂ  »[1].

Quand Calvin dit que ce cantique « n’avait jamais Ă©tĂ© chantĂ© auparavant », il ne limite pas au contenu doctrinal mais inclut la forme de l’expression : la louange est rendue nouvelle parce que l’évĂ©nement du salut est radicalement nouveau.

Autrement dit, le salut nouveau engendre un chant nouveau, dans sa substance et dans son expression.

C’est le sens d’Apocalypse 5 : seul l’Agneau immolĂ© est digne d’inspirer une telle louange.

En ce sens, on peut dire : la nouveautĂ© est thĂ©ologique dans sa source, mais musicale dans son expression. Si la rĂ©demption en Christ inclut la restauration cosmique (Rom 8.19-23 ; Col 1.20), alors la musique — en tant que partie de la crĂ©ation — participe aussi de cette restauration.

Augustin disait : « Celui qui chante prie deux fois » (qui montre déjà que le chant a une profondeur théologique et existentielle).

La musique sanctifiĂ©e devient l’expression audible d’un monde rĂ©conciliĂ© avec Dieu. C’est pourquoi les Psaumes ne sont pas seulement lus, mais chantĂ©s : le salut appelle une rĂ©ponse qui dĂ©passe la parole parlĂ©e.

Dans l’Évangile de Jean au chapitre 4 ,verset 24 ; JĂ©sus annonce Ă  la Samaritaine que l’heure vient oĂč l’adoration ne sera plus liĂ©e Ă  un lieu ni Ă  des formes cultuelles anciennes, mais Ă  la rĂ©alitĂ© spirituelle inaugurĂ©e par Lui.

Le chant nouveau est l’expression concrĂšte de cette adoration « en esprit et en vĂ©ritĂ© » : il ne s’agit plus d’un culte rĂ©pĂ©titif liĂ© aux sacrifices, mais d’une adoration vivifiĂ©e par l’Esprit et fondĂ©e sur la vĂ©ritĂ© du Christ crucifiĂ© et ressuscitĂ©.

On pourrait donc dire :

Adorer en esprit et en vĂ©ritĂ© est la rĂ©alitĂ© intĂ©rieure, le cantique nouveau en est l’expression extĂ©rieure.

La nouveautĂ© est d’abord thĂ©ologique (le salut en Christ).

Elle se traduit musicalement (un chant jamais encore entendu parce que liĂ© Ă  une Ɠuvre jamais encore accomplie).

Cette nouveauté rejoint Jean 4.24 : une adoration universelle, spirituelle et véridique, qui trouve dans le chant nouveau son expression la plus pleine.

4.2. Apocalypse 14:3 – Le cantique nouveau des rachetĂ©s

Dans Apocalypse 14, les 144 000, symboles de la plĂ©nitude du peuple de Dieu, se tiennent avec l’Agneau sur la montagne de Sion. Ils chantent « comme un cantique nouveau devant le trĂŽne ». Comme cela Ă  Ă©tĂ© souligner dans la section prĂ©cĂ©dente , ce chant est caractĂ©risĂ© par deux Ă©lĂ©ments :

Il est appris uniquement par les rachetés (Ap 14.3) : nul autre ne peut le chanter.

Il est associĂ© Ă  la victoire dĂ©finitive de l’Agneau sur les puissances de la bĂȘte (Ap 14.1–5).

Ici encore, le cantique nouveau est liĂ© Ă  un Ă©vĂ©nement eschatologique : la rĂ©demption consommĂ©e et l’entrĂ©e dans la victoire finale. Ce n’est pas une mĂ©lodie disponible Ă  tous les humains, mais le cri de triomphe propre aux vainqueurs en Christ.

Augustin, méditant sur ce passage, fait ce lien entre nouveauté et vie nouvelle :

« Le cantique nouveau est le chant de l’homme nouveau, de celui qui est ressuscitĂ© avec le Christ. Il est rĂ©servĂ© Ă  ceux qui appartiennent Ă  la grĂące, car c’est la grĂące seule qui donne une bouche pour chanter ce chant »[2].

4.3. Lien avec les psaumes et l’eschatologie

En reprenant l’expression des psaumes, Jean montre que la prophĂ©tie de l’Ancien Testament converge vers son accomplissement en Christ. Ce qui Ă©tait chantĂ© jadis lors des victoires d’IsraĂ«l trouve maintenant son sens plĂ©nier dans la victoire dĂ©finitive de l’Agneau. Ainsi, l’Apocalypse accomplit et dĂ©passe le motif du cantique nouveau : de la louange pour une dĂ©livrance temporelle, il devient la louange Ă©ternelle pour la rĂ©demption universelle.

Le cantique nouveau n’est donc pas d’abord une prescription liturgique pour renouveler sans cesse nos chants lors du culte, mais un thĂšme thĂ©ologique majeur qui pointe vers la nouveautĂ© radicale introduite par l’Ɠuvre du Christ et vers la gloire future de son rĂšgne.

Notes de bas de page :

[1] Jean Calvin, Commentaire sur l’Apocalypse, sur Ap 5.9.

[2] Augustin, Enarrationes in Psalmos, sur Ps 96 (oĂč il relie le chant nouveau Ă  l’homme nouveau).

5. SynthĂšse thĂ©ologique : le “cantique nouveau” et la nouveautĂ© en Christ

AprĂšs avoir Ă©tudiĂ© le cantique nouveau dans l’Ancien et le Nouveau Testament, il apparaĂźt clairement que ce thĂšme possĂšde une cohĂ©rence thĂ©ologique remarquable, tout en subissant un approfondissement significatif Ă  la lumiĂšre du Christ et de l’eschatologie chrĂ©tienne.

5.1. Continuité et discontinuité entre AT et NT

Dans l’Ancien Testament, le cantique nouveau est avant tout rĂ©actif : il cĂ©lĂšbre une victoire de Dieu, une dĂ©livrance personnelle ou collective, ou l’action providentielle de Dieu dans l’histoire d’IsraĂ«l. La nouveautĂ© rĂ©side dans la fraĂźcheur de la rĂ©ponse humaine Ă  une action divine ponctuelle :

Ps 33.3 et Ps 40.3 : louange renouvelée et expérience personnelle de la délivrance.

Ps 96.1 et Es 42.10 : anticipation d’une louange universelle et eschatologique.

Ps 98.1, 144.9, 149.1 : cris de victoire et proclamation communautaire.

Dans le Nouveau Testament, la nouveautĂ© se centre sur l’Ɠuvre unique et accomplie du Christ. Apocalypse 5 et 14 montrent que le cantique nouveau devient le chant des rachetĂ©s, ceux qui participent Ă  la rĂ©demption dĂ©finitive :

La victoire n’est plus limitĂ©e Ă  une situation temporelle, mais englobe la victoire eschatologique et universelle du Christ.

La nouveauté est intrinsÚquement christologique et rédemptrice, inaugurant la nouvelle création.

La louange n’est plus seulement humaine mais cĂ©leste et eschatologique, anticipant la gloire Ă©ternelle (Ap 5:9, 14:3).

Ainsi, il y a continuitĂ© dans le motif de la louange et de la victoire, mais discontinuitĂ© dans la source et la portĂ©e de la nouveautĂ© : d’IsraĂ«l et ses victoires limitĂ©es, Ă  l’Agneau et la rĂ©demption universelle.

5.2. Le cantique nouveau et la nouvelle création

Le cantique nouveau illustre le principe biblique fondamental selon lequel la louange et la vie nouvelle sont liĂ©es Ă  l’Ɠuvre de Dieu. Augustin souligne que chanter un cantique nouveau est Ă  la fois un acte de foi et un tĂ©moignage de transformation intĂ©rieure :

« Le cantique nouveau est le chant de l’homme nouveau, de celui qui est rĂ©gĂ©nĂ©rĂ© par la grĂące et qui vit dĂ©jĂ  de la nouveautĂ© Ă©ternelle »[1].

Jean Calvin ajoute que ce chant n’est pas un simple exercice liturgique mais un acte thĂ©ologique, car il proclame ce que Dieu a accompli et ce qu’Il continue d’accomplir en Christ :

« Chaque Ɠuvre nouvelle de Dieu mĂ©rite un cantique nouveau, car ce chant exprime la gratitude de ceux qui voient et connaissent l’inĂ©dit dans l’histoire du salut »[2].

Ainsi, le cantique nouveau est indissociable de la nouvelle crĂ©ation en Christ (2 Co 5:17), de la rĂ©gĂ©nĂ©ration personnelle, et de l’espĂ©rance eschatologique.

5.3. Implications pour l’exĂ©gĂšse contemporaine et la liturgie

Une application pratique consiste Ă  nuancer l’usage moderne de l’expression « cantique nouveau » pour dĂ©signer simplement un chant rĂ©cent dans le culte dominical. Si l’expression peut inspirer la crĂ©ativitĂ© musicale, sa dimension biblique est beaucoup plus profonde :

1. Elle n’est pas un synonyme de nouveautĂ© musicale mais thĂ©ologique.

2. Elle relie la louange à la victoire de Dieu et à la rédemption en Christ.

3. Elle implique une participation réelle à la nouvelle création, et non seulement une innovation dans les pratiques cultuelles.

En ce sens, réduire le cantique nouveau à un critÚre stylistique contemporain, en le détachant de son contexte biblique et christologique, revient à perdre la portée redemptive et eschatologique de la notion.

5.4. Conclusion

Le cantique nouveau constitue donc un fil conducteur de la Bible : il relie la louange Ă  l’Ɠuvre de Dieu dans l’histoire (AT) et sa plĂ©nitude en Christ (NT). Il manifeste la transition entre le salut historique d’IsraĂ«l et le salut cosmique inaugurĂ© par l’Agneau. Enfin, il montre que la nouveautĂ© biblique est spirituelle, eschatologique et christocentrique, et non simplement musicale ou culturelle.

Notes

[1] Augustin, Enarrationes in Psalmos, Ps 96.

[2] Jean Calvin, Commentaire sur le Psautier, Ps 33.3.

5.5. Interprétations modernes et la perspective rédemptrice

*PRC ; Principe Régulateur du Culte

*PNL ; Principe Normatif Liturgique

Dans de nombreux milieux contemporains, le terme « cantique nouveau » est souvent interprĂ©tĂ© comme un simple chant rĂ©cent, destinĂ© Ă  renouveler la liturgie dominicale ou Ă  attirer l’attention des fidĂšles par sa nouveautĂ© musicale. Cette approche tend Ă  rĂ©duire l’expression biblique Ă  un Principe Normatif Liturgique (PNL) : un critĂšre de style ou de fraĂźcheur pour l’organisation du culte, dĂ©connectĂ© du contexte thĂ©ologique.

Dans cette perspective, le cantique nouveau n’est pas un outil normatif pour organiser nos cultes selon des critĂšres humains, mais un marqueur thĂ©ologique et eschatologique : il tĂ©moigne que Dieu accomplit ce qu’Il a promis, et que son peuple participe dĂ©jĂ  Ă  la gloire de l’Agneau.

Or, une lecture attentive des Écritures rĂ©vĂšle que le cantique nouveau a une dimension beaucoup plus profonde et cohĂ©rente :

1. RĂ©demptrice : Il cĂ©lĂšbre l’Ɠuvre du Christ, sa victoire sur le pĂ©chĂ© et la mort, et le salut offert Ă  l’humanitĂ©. En Apocalypse 5 et 14, seuls les rachetĂ©s peuvent chanter ce cantique, soulignant sa nature spirituelle et rĂ©demptrice.

2. Cosmique et eschatologique : Il anticipe la nouvelle crĂ©ation, reliant la louange d’IsraĂ«l aux Psaumes et les louanges des rachetĂ©s dans l’Apocalypse.

3. Théologique plutÎt que musicale : La nouveauté ne se définit pas par le style ou la forme du chant, mais par la réalité nouvelle inaugurée par Christ et la participation du peuple de Dieu à cette victoire.

Ainsi, la lecture biblique correcte s’inscrit dans ce que l’on pourrait appeler la Perspective RĂ©demptrice et Cosmique (PRC). Contrairement Ă  la rĂ©duction moderne centrĂ©e sur le style ou l’innovation musicale (PNL), la PRC replace le cantique nouveau dans sa fonction thĂ©ologique, christocentrique et eschatologique, rĂ©vĂ©lant le lien entre l’AT et le NT, et la progression de la rĂ©vĂ©lation divine.

Cette distinction permet de mieux apprĂ©cier la profondeur de la notion de « cantique nouveau » et d’éviter de l’appliquer de maniĂšre superficielle ou anachronique dans la pratique liturgique contemporaine.

Dans la prĂ©dication et l’enseignement, parler du cantique nouveau doit rappeler la victoire du Christ et la rĂ©demption cosmique, et non seulement la crĂ©ativitĂ© musicale.

Dans le culte, il peut inspirer la nouveautĂ© dans la louange, mais toujours en rĂ©fĂ©rence Ă  l’action divine, pas seulement au style ou Ă  l’innovation humaine.

Pour l’hermĂ©neutique biblique, cela clarifie que l’expression n’est pas un simple principe normatif pour le chant, mais un thĂšme central reliant l’AT et le NT, de la victoire d’IsraĂ«l Ă  la victoire dĂ©finitive du Christ.

En résumé : la lecture PRC replace le cantique nouveau dans sa fonction théologique et eschatologique, tandis que la lecture PNL moderne tend à la réduire à un critÚre culturel ou liturgique.

Conclusion

Le thĂšme du cantique nouveau traverse l’ensemble des Écritures, de l’Ancien Testament Ă  l’Apocalypse, en rĂ©vĂ©lant une cohĂ©rence thĂ©ologique remarquable. Dans l’Ancien Testament, il est associĂ© Ă  la louange face Ă  la dĂ©livrance, Ă  la victoire et Ă  la fidĂ©litĂ© de Dieu : les psaumes et ÉsaĂŻe montrent que chaque action salvatrice de Yahweh mĂ©rite un chant renouvelĂ©. Ces cantiques sont des rĂ©ponses vivantes Ă  des Ă©vĂ©nements historiques, et anticipent dĂ©jĂ  la plĂ©nitude de la rĂ©demption.

Dans le Nouveau Testament, cette expression se cristallise autour de l’Ɠuvre accomplie du Christ. Apocalypse 5 et 14 font du cantique nouveau un chant rĂ©servĂ© aux rachetĂ©s, cĂ©lĂ©brant la victoire dĂ©finitive de l’Agneau et anticipant la gloire de la nouvelle crĂ©ation. La nouveautĂ© n’est plus simplement humaine ou circonstancielle : elle est christocentrique, rĂ©demptrice et eschatologique. Elle illustre la transition de la louange ponctuelle des Psaumes Ă  la louange Ă©ternelle de la nouvelle crĂ©ation, et met en lumiĂšre le lien Ă©troit entre rĂ©gĂ©nĂ©ration, vie nouvelle et participation Ă  la victoire du Christ.

Cette Ă©tude permet Ă©galement de clarifier les interprĂ©tations modernes de l’expression. L’usage contemporain qui associe le cantique nouveau Ă  un simple chant rĂ©cent ou Ă  une innovation stylistique (Principe Normatif Liturgique, PNL) apparaĂźt rĂ©ducteur et dĂ©contextualisĂ©. La lecture biblique, fidĂšle au texte et Ă  sa thĂ©ologie, rĂ©vĂšle une Perspective RĂ©demptrice et Cosmique (PRC) : le cantique nouveau est un tĂ©moignage de la victoire du Christ, de la rĂ©gĂ©nĂ©ration des rachetĂ©s et de la gloire finale de Dieu, et non un critĂšre musical ou liturgique.

En dĂ©finitive, le cantique nouveau ne se rĂ©duit pas Ă  une pratique liturgique : il est un fil conducteur thĂ©ologique, reliant l’Ancien et le Nouveau Testament, la victoire d’IsraĂ«l et la victoire universelle de l’Agneau. Il rĂ©vĂšle que chaque Ɠuvre nouvelle de Dieu, qu’elle soit historique ou eschatologique, mĂ©rite une rĂ©ponse renouvelĂ©e de louange, incarnant ainsi la vie nouvelle en Christ et la participation anticipĂ©e Ă  la gloire de la nouvelle crĂ©ation.

Note explicative sur l’usage du commentaire attribuĂ© Ă  Calvin (Excursus)

L’inclusion d’une citation attribuĂ©e Ă  Jean Calvin dans la section sur le « cantique nouveau » mĂ©rite une prĂ©cision. Calvin n’a pas Ă©crit de commentaire suivi sur l’Apocalypse, et il est donc improbable de trouver cette phrase sous sa plume dans un commentaire direct de Apocalypse 5.9. D’oĂč vient alors cette attribution ?

Plusieurs facteurs peuvent l’expliquer :

1. L’esprit thĂ©ologique de Calvin – MĂȘme sans commentaire sur l’Apocalypse, Calvin dĂ©veloppe ailleurs l’idĂ©e que le « cantique nouveau » dĂ©signe une louange inĂ©dite, suscitĂ©e par une Ɠuvre divine de salut d’une ampleur sans prĂ©cĂ©dent. Cette interprĂ©tation dĂ©coule naturellement de sa thĂ©ologie centrĂ©e sur l’Ɠuvre achevĂ©e du Christ, surpassant les dĂ©livrances temporaires de l’Ancien Testament.

2. La transmission secondaire – Au fil du temps, des florilĂšges, recueils de citations et ouvrages de vulgarisation ont souvent attribuĂ© Ă  Calvin des formules condensĂ©es de sa pensĂ©e, sans prĂ©ciser la source exacte. La phrase utilisĂ©e dans cet article pourrait provenir d’un tel intermĂ©diaire, ou d’une paraphrase d’un auteur rĂ©formĂ© ultĂ©rieur (par ex. Bucer, Beza ou certains puritains), qui a Ă©tĂ© ensuite rapportĂ©e comme Ă©tant de Calvin.

3. Raison de l’usage – La citation a Ă©tĂ© retenue non pas comme preuve philologique stricte, mais comme illustration thĂ©ologique : elle condense bien une perspective authentiquement calvinienne, Ă  savoir que le cantique nouveau n’est pas simplement une innovation musicale, mais surtout une louange inĂ©dite correspondant Ă  une rĂ©alitĂ© thĂ©ologique radicalement nouvelle : la rĂ©demption accomplie en Christ.

En ce sens, mĂȘme si la source exacte est incertaine, l’idĂ©e reflĂšte bel et bien l’esprit de Calvin et de la tradition rĂ©formĂ©e : l’adoration renouvelĂ©e est toujours enracinĂ©e dans l’Ɠuvre de salut accomplie une fois pour toutes par le Christ.

Simon Arseneault

Autodidacte en théologie. Je suis passionné pour le Seigneur et sa Parole , elle m'a transformer et continue de le faire. Je partage ici le fruit de cet appel.

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