Chantez un cantique nouveau !
Introduction
Il est devenu courant, dans les milieux Ă©vangĂ©liques contemporains, dâentendre que lâĂcriture appellerait lâĂglise Ă composer et chanter en permanence des chants nouveaux. Lâexpression « Chantez Ă lâĂternel un cantique nouveau » revient rĂ©guliĂšrement dans les discussions sur la musique dâĂ©glise, comme si elle offrait une justification directe Ă lâinnovation liturgique. Certains en concluent que le renouvellement de la louange chrĂ©tienne doit passer par une crĂ©ativitĂ© musicale sans cesse rĂ©inventĂ©e.
Mais une telle lecture, sĂ©duisante Ă premiĂšre vue, rĂ©siste-t-elle Ă lâexamen biblique attentif ? Une hermĂ©neutique rigoureuse invite Ă replacer lâexpression chant nouveau (hĂ©b. ĆĄĂźr áž„ÄdÄĆĄ ; gr. ĆdÄ kainÄ) dans son contexte canonique. Or, ce simple exercice met en lumiĂšre un constat surprenant : ce thĂšme, trĂšs prĂ©sent dans les Psaumes, se retrouve seulement deux fois dans le Nouveau Testament, toutes deux dans lâApocalypse (Ap 5.9 ; 14.3). Comment expliquer une telle disproportion ? Et surtout, quelle est la portĂ©e rĂ©elle de cette expression ?
Une thĂ©matique enracinĂ©e dans lâAncien Testament
Dans les Psaumes, lâinvitation Ă chanter un cantique nouveau nâapparaĂźt pas comme une prescription esthĂ©tique mais comme une rĂ©ponse historique. Chaque fois que Dieu agit pour dĂ©livrer, sauver ou manifester sa victoire, le peuple de Dieu est appelĂ© Ă rĂ©pondre par un chant « nouveau », câest-Ă -dire ajustĂ© Ă cette intervention. Le chant nouveau est le cri de victoire de lâassemblĂ©e, lâexplosion de reconnaissance qui accompagne lâacte salvateur.
Ainsi, le Psaume 98 sâouvre sur ces mots : « Chantez Ă lâĂternel un cantique nouveau, car il a fait des prodiges » (v. 1). La raison est donnĂ©e immĂ©diatement : le chant est nouveau parce que lâaction de Dieu est nouvelle. De mĂȘme, le Psaume 40 tĂ©moigne dâune dĂ©livrance personnelle, oĂč le psalmiste affirme : « Il a mis dans ma bouche un cantique nouveau, une louange pour notre Dieu » (v. 4). La nouveautĂ© du cantique nâest donc pas dans sa composition musicale, mais dans lâexpĂ©rience fraĂźche de la grĂące de Dieu.
Les prophĂštes prolongent cette logique. IsaĂŻe 42.10 appelle « toute la terre » Ă entonner un chant nouveau Ă lâĂternel, en annonçant lâextension universelle du salut. La notion sâĂ©largit : ce qui Ă©tait rĂ©ponse Ă des dĂ©livrances ponctuelles devient anticipation de la dĂ©livrance eschatologique. DĂ©jĂ , lâhorizon messianique se dessine.
Lâaccomplissement christologique dans le Nouveau Testament
Lorsque lâexpression rĂ©apparaĂźt dans le Nouveau Testament, ce nâest pas pour multiplier les nouveaux chants, mais pour cĂ©lĂ©brer lâĆuvre nouvelle par excellence : lâimmolation et la victoire de lâAgneau. En Apocalypse 5.9, les vingt-quatre anciens chantent un cantique nouveau proclamant la dignitĂ© de lâAgneau, qui a rachetĂ© des hommes de toute nation. En Apocalypse 14.3, seuls les rachetĂ©s peuvent apprendre le chant nouveau devant le trĂŽne. Dans les deux cas, la nouveautĂ© nâest plus circonstancielle mais dĂ©finitive : lâĆuvre du Christ a inaugurĂ© la nouvelle crĂ©ation.
Le chant nouveau devient donc le cantique de la nouvelle alliance, le chant eschatologique du peuple rachetĂ©, celui de la victoire finale. Augustin pouvait ainsi commenter : « Le chant nouveau, câest le chant de lâhomme nouveau. Lâhomme ancien avait un chant ancien ; lâhomme nouveau, un chant nouveau. » Calvin, de son cĂŽtĂ©, explique que « le cantique nouveau signifie ici une louange nouvelle, qui est suscitĂ©e lorsque les hommes goĂ»tent de la grĂące nouvelle de Dieu ».
Un sujet Ă clarifier pour lâĂglise dâaujourdâhui
Si lâĂglise dâaujourdâhui veut comprendre lâappel biblique au cantique nouveau, elle doit rĂ©sister Ă la tentation dâanachronisme. RĂ©duire ce motif Ă une question de style musical ou de modernitĂ© revient Ă appauvrir le texte inspirĂ©. Certes, il nâest pas interdit de composer de nouveaux chants ; mais lâĂcriture ne fonde pas cette pratique sur une prescription liturgique. Elle invite plutĂŽt le peuple de Dieu Ă renouveler sa louange en fonction des actes de salut de Dieu dans lâhistoire.
Autrement dit, la nouveautĂ© ne rĂ©side pas dans la musique mais dans le salut. Le chant nouveau nâest pas dâabord une innovation esthĂ©tique, mais une proclamation thĂ©ologique. Il trouve son sommet dans lâAgneau immolĂ©, dont la victoire appelle une louange qui ne vieillit jamais, car elle cĂ©lĂšbre une Ćuvre Ă©ternellement actuelle.
Dans ce billet, nous suivrons donc le parcours biblique du chant nouveau, depuis les Psaumes jusquâĂ lâApocalypse, en Ă©coutant Ă©galement les voix de lâhistoire de lâĂglise â Augustin, Basile, Hilaire, Calvin â qui en ont discernĂ© la portĂ©e spirituelle. Ce chemin nous permettra de mieux saisir ce que signifie chanter « un cantique nouveau » aujourdâhui : ni simple crĂ©ativitĂ© liturgique, ni prĂ©texte Ă lâinnovation, mais rĂ©ponse vivante Ă la nouveautĂ© de la grĂące, dĂ©jĂ goĂ»tĂ©e et encore Ă venir, dans la victoire dĂ©finitive du Christ.
2. Le cantique nouveau dans lâAncien Testament
LâAncien Testament emploie lâexpression chant nouveau (ĆĄĂźr áž„ÄdÄĆĄ) Ă plusieurs reprises, principalement dans le livre des Psaumes et une fois chez le prophĂšte ĂsaĂŻe. Ă chaque fois, la logique est la mĂȘme : le peuple de Dieu chante de maniĂšre renouvelĂ©e parce que Dieu agit dâune maniĂšre nouvelle. La nouveautĂ© ne dĂ©signe pas une composition musicale inĂ©dite mais la fraĂźcheur de la rĂ©ponse Ă une Ćuvre divine de dĂ©livrance.
Lâexpression « cantique nouveau » apparaĂźt pour la premiĂšre fois dans le Psautier, et son usage y est significatif. On la retrouve en Ps 33.3, 40.3, 96.1, 98.1, 144.9 et 149.1, avant dâĂȘtre reprise par ĂsaĂŻe (42.10). Chaque occurrence se situe dans un contexte de cĂ©lĂ©bration de lâaction puissante de Dieu, quâil sâagisse dâune victoire militaire, dâune dĂ©livrance, ou dâune manifestation de son salut.
2.1 Psaume 33.3 â La louange dâun Dieu souverain
« Chantez-lui un cantique nouveau, faites retentir vos instruments avec art et avec des cris de joie ! »
Ce passage sâinscrit dans un psaume de louange qui cĂ©lĂšbre la souverainetĂ© crĂ©atrice et gouvernante de Dieu. Le contexte nâest pas ici une victoire militaire ponctuelle, mais la contemplation de la fidĂ©litĂ© de Dieu qui soutient la crĂ©ation et veille sur son peuple (vv. 4â19).
La nouveauté du chant provient du renouvellement constant de la bonté divine. Calvin note à ce sujet :
« Le ProphĂšte ne veut pas dire quâil faille toujours faire de nouveaux cantiques, mais quâil faut chanter Ă Dieu de telle sorte que notre cĆur se renouvelle pour cĂ©lĂ©brer ses bontĂ©s. »Âč
Dans les Psaumes, lâidĂ©e du « cantique nouveau » est Ă©troitement liĂ©e Ă lâintervention salvatrice de Yahweh en faveur de son peuple. Ainsi, le Ps 98 associe le « chant nouveau » Ă la victoire et Ă la rĂ©vĂ©lation de la justice de Dieu parmi les nations :
« Chantez Ă lâĂternel un cantique nouveau, car il a fait des prodiges. Sa main droite et son bras saint lui sont venus en aide. LâĂternel a manifestĂ© son salut, il a rĂ©vĂ©lĂ© sa justice aux yeux des nations. » (Ps 98.1â2).
La louange ici nâest pas une rĂ©action vague, mais un cri de reconnaissance pour un acte dĂ©cisif de Dieu. Elle rĂ©pond Ă une intervention historique et salvatrice, inscrivant le « chant nouveau » dans le cadre de lâhistoire rĂ©demptrice.
2.2 Psaume 40.3 â La dĂ©livrance personnelle
« Il a mis dans ma bouche un cantique nouveau, une louange pour notre Dieu ; beaucoup le verront et craindront, et ils se confieront en lâĂternel. »
Ici, le psalmiste raconte son expĂ©rience personnelle de dĂ©livrance, sorti dâune fosse de destruction. Le chant nouveau est la rĂ©ponse intime de celui qui a expĂ©rimentĂ© la grĂące.
La nouveautĂ© naĂźt de lâexpĂ©rience dâun salut concret. Ce chant devient aussi tĂ©moignage : « beaucoup le verront et craindront ». Augustin, dans ses Enarrationes in Psalmos, commente :
« Chanter un cantique nouveau, câest appartenir Ă la nouvelle vie, câest ĂȘtre passĂ© des anciennes chaĂźnes du pĂ©chĂ© Ă la libertĂ© de la grĂące. »ÂČ
2.3 Psaume 96.1 â Lâappel universel
« Chantez Ă lâĂternel un cantique nouveau ! Chantez Ă lâĂternel, vous tous, habitants de la terre ! »
Un autre Ă©lĂ©ment marquant dans les Psaumes est la portĂ©e universelle et eschatologique de ces chants. Le Ps 96 appelle non seulement IsraĂ«l, mais « toute la terre » Ă chanter ce cantique nouveau (v. 1), annonçant ainsi une extension du salut qui dĂ©passe les frontiĂšres dâIsraĂ«l. Augustin remarque Ă ce propos :
« Le cantique nouveau, câest le chant de ceux qui sont renouvelĂ©s par la grĂące, et qui goĂ»tent dĂ©jĂ les prĂ©mices de la vie Ă©ternelle. »[^1]
Autrement dit, pour lui, le « chant nouveau » dĂ©passe le simple cadre dâune victoire terrestre pour anticiper la rĂ©gĂ©nĂ©ration ultime du peuple de Dieu. Le Psaume 96 est un hymne missionnaire, appelant toutes les nations Ă se joindre Ă la louange. La nouveautĂ© prend ici une tournure eschatologique : le rĂšgne de Yahweh est proclamĂ© comme venant Ă©tablir la justice sur toute la terre (vv. 10â13).
Hilaire de Poitiers souligne la dimension universelle :
« Câest un chant nouveau, car il nâest plus limitĂ© Ă une nation, mais embrasse les peuples de la terre entiĂšre. »³
Calvin, de son cĂŽtĂ©, commente le Ps 33.3 en expliquant que lâexpression ne se limite pas Ă un style musical inĂ©dit, mais dĂ©signe la fraĂźcheur et la vigueur du cĆur renouvelĂ© :
« Il ne sâagit pas de varier les notes ou dâinventer une mĂ©lodie que personne nâaurait encore entendue, mais de chanter avec un esprit renouvelĂ©. Le nouveau cantique signifie donc que nous devons toujours chanter avec un cĆur animĂ© de gratitude et de ferveur. »[^2]
Ainsi, tant pour les Psaumes que pour leur rĂ©ception dans la tradition chrĂ©tienne, le « cantique nouveau » est un signe de la vitalitĂ© spirituelle qui rĂ©pond Ă lâaction vivante de Dieu.
2.4 Psaume 98.1 â Le cri de victoire
« Chantez Ă lâĂternel un cantique nouveau, car il a fait des prodiges ; sa droite et son bras saint lui sont venus en aide. »
Ce psaume magnifie la victoire salvatrice de Dieu, dont la justice sâĂ©tend « aux extrĂ©mitĂ©s de la terre » (v. 3).
Calvin commente :
« Dieu renouvelle sa grĂące de mille façons, et pour chaque Ćuvre nouvelle, il convient que nous Ă©levions un cantique nouveau. »âŽ
2.5 Psaume 144.9 â Le chant du roi sauvĂ©
« à Dieu, je te chanterai un cantique nouveau, je te célébrerai avec le luth à dix cordes. »
Dans ce psaume attribuĂ© Ă David, le chant nouveau est liĂ© Ă une victoire royale. LâĂternel a secouru le roi, qui promet de lui chanter un cantique nouveau.
La dimension militaire et royale ressort fortement. Le chant nouveau devient ici la proclamation publique du salut accordĂ© au roi, qui est aussi le reprĂ©sentant du peuple. Cette nuance prĂ©pare la lecture messianique : le roi dĂ©livrĂ© devient figure du Christ, dont la victoire ultime inspirera le cantique nouveau de lâApocalypse.
2.6 Psaume 149.1 â Le chant de lâassemblĂ©e victorieuse
« Chantez Ă lâĂternel un cantique nouveau, chantez sa louange dans lâassemblĂ©e des fidĂšles ! »
Ici, le chant nouveau est explicitement communautaire. LâassemblĂ©e se rĂ©unit pour proclamer la gloire de Dieu, dans un contexte oĂč la victoire militaire et la joie liturgique se mĂȘlent (vv. 5â9).
Augustin commente :
« Chanter un chant nouveau, câest chanter non pas avec la vieille vie, mais avec la vie renouvelĂ©e par lâEsprit. »â”
2.7 ĂsaĂŻe 42.10 â Lâhorizon universel et eschatologique
« Chantez Ă lâĂternel un cantique nouveau, chantez ses louanges jusquâau bout de la terre, vous qui allez sur la mer et vous qui la parcourez, Ăźles et habitants lointains ! »
Ici, le chant devient lâannonce eschatologique de la mission universelle de Dieu : non seulement IsraĂ«l, mais aussi les Ăźles lointaines sont appelĂ©es Ă entrer dans ce chant. Câest une anticipation claire de lâaccomplissement en Christ, oĂč toutes les nations seront convoquĂ©es Ă la louange.
Ce texte ouvre le premier « chant du serviteur » (Es 42.1â9). La nouveautĂ© nâest plus liĂ©e seulement Ă une dĂ©livrance ponctuelle, mais Ă lâaction eschatologique de Dieu Ă travers son serviteur, qui Ă©tablira la justice sur la terre et sera lumiĂšre des nations.
Le chant nouveau devient la louange eschatologique de la crĂ©ation entiĂšre. Il est indissociable de la mission du serviteur : universel, dĂ©finitif, rĂ©dempteur. Ce passage sert de pont direct vers lâApocalypse, oĂč la victoire de lâAgneau reprend ce thĂšme et lâaccomplit.
2.8 SynthĂšse de lâAncien Testament
Dans lâAT, le chant nouveau apparaĂźt dans trois cadres principaux :
1. Victoire et dĂ©livrance (Ps 40, 98, 144, 149) â cris de victoire aprĂšs lâintervention de Dieu.
2. Louange renouvelĂ©e (Ps 33) â rĂ©ponse Ă la fidĂ©litĂ© crĂ©atrice et providente de Dieu.
3. Espoir eschatologique et universel (Ps 96, Es 42) â anticipation de la louange des nations et de la nouvelle crĂ©ation.
La nouveautĂ© ne se dĂ©finit jamais en termes de forme musicale, mais en termes dâacte de salut. Chaque Ćuvre de Dieu dans lâhistoire appelle une rĂ©ponse fraĂźche et renouvelĂ©e.
[ Notes de la section 2 :
1. Jean Calvin, Commentaire sur le Livre des Psaumes, Ps 33.3.
2. Augustin, Enarrationes in Psalmos, Ps 40.
3. Hilaire de Poitiers, Tractatus super Psalmos, Ps 96.
4. Jean Calvin, Commentaire sur le Livre des Psaumes, Ps 98.
5. Augustin, Enarrationes in Psalmos, Ps 149. ]
3. Le cantique nouveau dans la perspective du Nouveau Testament
Si les Psaumes et les prophĂštes invoquent le cantique nouveau dans des contextes liĂ©s Ă la victoire, au salut et Ă la restauration de lâordre divin, le Nouveau Testament reprend cette expression en la transposant pleinement dans la rĂ©vĂ©lation christocentrique. LĂ oĂč lâAncien Testament annonçait de maniĂšre typologique la dĂ©livrance de Yahweh en faveur de son peuple, le Nouveau Testament identifie cette dĂ©livrance dĂ©finitive en JĂ©sus-Christ. Le « cantique nouveau » trouve donc son sens plĂ©nier dans la rĂ©demption accomplie par lâAgneau.
Le Nouveau Testament reprend lâexpression du « cantique nouveau », mais de maniĂšre beaucoup plus resserrĂ©e que lâAncien. On la retrouve explicitement dans deux passages de lâApocalypse : Apocalypse 5:9 et 14:3. Cette raretĂ© est dĂ©jĂ significative : il ne sâagit pas dâun langage courant dans lâĂglise primitive pour dĂ©signer un chant liturgique quelconque, mais dâun terme hautement thĂ©ologique et eschatologique.
3.1 Le cantique de lâAgneau (Apocalypse 5.9)
Dans Apocalypse 5, Jean contemple une scĂšne cĂ©leste oĂč seul lâAgneau est jugĂ© digne dâouvrir le livre scellĂ© de sept sceaux. Les ĂȘtres vivants et les anciens entonnent alors un cantique nouveau :
« Tu es digne de prendre le livre et dâen ouvrir les sceaux, car tu as Ă©tĂ© immolĂ©, et tu as rachetĂ© pour Dieu, par ton sang, des hommes de toute tribu, de toute langue, de tout peuple et de toute nation » (Ap 5.9).
Ici, le cantique nouveau ne se rĂ©fĂšre pas simplement Ă une mĂ©lodie inĂ©dite, mais Ă une rĂ©alitĂ© nouvelle dans lâhistoire du salut : la rĂ©demption accomplie une fois pour toutes par le sacrifice de JĂ©sus. La nouveautĂ© nâest donc pas musicale mais thĂ©ologique : une Ćuvre de salut qui transcende les victoires temporaires de lâAncien Testament et ouvre une Ăšre de gloire Ă©ternelle.
Le contenu de ce chant souligne la nouveautĂ© : il ne sâagit pas dâune victoire militaire terrestre comme dans les Psaumes, mais de la victoire de lâAgneau crucifiĂ© et ressuscitĂ©. La nouveautĂ© consiste ici dans la rĂ©vĂ©lation ultime du plan rĂ©dempteur de Dieu accompli en JĂ©sus-Christ. Augustin commente :
« Le cantique nouveau, câest lâallĂ©gresse de la nouveautĂ©, de la grĂące. Quâest-ce donc que le cantique nouveau ? Un cantique de lâhomme nouveau. Lâhomme ancien avait un cantique ancien ; lâhomme nouveau a un cantique nouveau. La loi ancienne est un cantique ancien ; la grĂące nouvelle est un cantique nouveau » (Enarrationes in Psalmos, Ps 149).
Ainsi, la nouveautĂ© nâest pas dâabord esthĂ©tique ou musicale, mais thĂ©ologique : la croix et la rĂ©surrection de JĂ©sus-Christ introduisent une rĂ©alitĂ© inĂ©dite dans lâhistoire. Le peuple de Dieu cĂ©lĂšbre lâaccomplissement de la promesse, ce que les Psaumes nâavaient fait quâanticiper.
3.2 Le cantique eschatologique (Apocalypse 14.3)
Apocalypse 14 nous montre les 144 000 chantant un cantique nouveau devant le trĂŽne, cantique que nul ne peut apprendre exceptĂ© ceux qui ont Ă©tĂ© rachetĂ©s de la terre. La notion de nouveautĂ© prend ici un caractĂšre eschatologique et exclusif : seuls les rachetĂ©s connaissent ce chant, car eux seuls participent de la dĂ©livrance opĂ©rĂ©e par lâAgneau. La nouveautĂ© sâenracine dans la communion finale avec Christ, dans la gloire, au-delĂ de toute expĂ©rience prĂ©sente.
Le caractĂšre exclusif de ce chant souligne quâil nâest pas universellement accessible Ă toute crĂ©ature comme les louanges gĂ©nĂ©rales de la crĂ©ation (Ps 148), mais quâil est propre aux rachetĂ©s. Comme le note Richard Bauckham :
« Le cantique nouveau dans lâApocalypse est la rĂ©ponse du peuple de Dieu Ă la nouveautĂ© radicale de lâacte rĂ©dempteur de Dieu en Christ. Il ne peut ĂȘtre chantĂ© que par ceux qui participent Ă cette rĂ©demption. » (The Theology of the Book of Revelation, p. 93).
3.3 La nouveauté en Christ
Le Nouveau Testament ne multiplie pas les occurrences de lâexpression cantique nouveau, mais il souligne abondamment le thĂšme de la nouveautĂ© en Christ :
« Si quelquâun est en Christ, il est une nouvelle crĂ©ature » (2 Co 5.17).
« Vous avez revĂȘtu lâhomme nouveau, qui se renouvelle dans la connaissance, selon lâimage de celui qui lâa créé » (Col 3.10).
Ainsi, le cantique nouveau sâinscrit dans la thĂ©ologie de la nouvelle crĂ©ation : il est le langage des rachetĂ©s, le fruit de lĂšvres rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©es, une louange qui ne peut ĂȘtre offerte que par ceux qui vivent dĂ©jĂ des rĂ©alitĂ©s de la rĂ©surrection et anticipent la plĂ©nitude du Royaume.
La perspective nĂ©otestamentaire met donc en lumiĂšre une continuitĂ© et une discontinuitĂ© avec lâAncien Testament. Le cantique nouveau reste un chant de victoire, mais la victoire est dĂ©sormais spirituelle, dĂ©finitive et universelle en Christ. Câest pourquoi Calvin, en commentant les Psaumes, insiste que le « nouveau cantique » annonce dĂ©jà « lâĆuvre admirable de la rĂ©demption Ă venir »^1.
Cette dimension christologique est essentielle : la « nouveautĂ© » ne rĂ©side pas dans lâinnovation culturelle ou artistique, mais dans lâinauguration de la nouvelle crĂ©ation en JĂ©sus-Christ. Paul dira : « Si quelquâun est en Christ, il est une nouvelle crĂ©ature » (2 Co 5:17). En ce sens, chanter un cantique nouveau, câest chanter comme un peuple nouveau, renouvelĂ© par la grĂące, en anticipation de la gloire Ă venir.
Notes :
^1 Jean Calvin, Commentaire sur les Psaumes
3.4 Augustin et la perspective chrétienne
Augustin, commentant le Psaume 96, insiste sur le fait que ce chant nouveau appartient à la nouvelle humanité régénérée en Christ :
« Chantez au Seigneur un cantique nouveau, chantez bien, car vous ĂȘtes devenus nouveaux. Ce que vous chantez, câest ce que vous ĂȘtes devenus. »Âč
Le cantique nouveau devient alors le signe de la rĂ©gĂ©nĂ©ration : il nâest pas seulement une louange verbale mais la vie nouvelle en Christ, exprimĂ©e dans lâadoration.
Notes de la section 3 :
Âč Augustin, Enarrationes in Psalmos, Ps. 96.
4. Le âcantique nouveauâ dans le Nouveau Testament : Christ, lâAgneau et la victoire finale
Dans cette section nous reviendrons sur ce qui à déjà été dit dans la section 3 mais avec quelques commentaires supplémentaires et explication relatives.
Le Nouveau Testament nâutilise lâexpression cantique nouveau quâĂ deux reprises ( comme nous lâavons vu ) , toutes deux dans lâApocalypse (5:9 ; 14:3). Le contraste avec lâAncien Testament est frappant : alors que les psaumes appelaient rĂ©guliĂšrement Ă un chant nouveau en rĂ©ponse aux interventions de YahvĂ© dans lâhistoire dâIsraĂ«l (victoires militaires, dĂ©livrances providentielles, rĂ©tablissement de Sion), lâApocalypse rĂ©serve ce langage Ă la rĂ©demption accomplie en Christ et Ă son triomphe final.
4.1. Apocalypse 5:9 â Le cantique nouveau de la rĂ©demption
Dans la scĂšne cĂ©leste dâApocalypse 5, Jean contemple lâAgneau immolĂ©, seul digne dâouvrir le livre scellĂ©. Les vingt-quatre anciens et les quatre ĂȘtres vivants entonnent un cantique nouveau :
« Tu es digne de prendre le livre et dâen ouvrir les sceaux, car tu as Ă©tĂ© immolĂ©, et tu as rachetĂ© pour Dieu, par ton sang, des hommes de toute tribu, langue, peuple et nation » (Ap 5.9).
Ici, la nouveautĂ© nâest pas simplement une fraĂźcheur dâexpression ou une forme musicale inĂ©dite, mais lâirruption dans lâhistoire du salut dâun Ă©vĂ©nement absolument unique : la mort expiatoire et la victoire de lâAgneau. Ce cantique nouveau est christocentrique et sotĂ©riologique : il chante lâĆuvre accomplie de la rĂ©demption universelle, lĂ oĂč les chants de lâAncien Testament cĂ©lĂ©braient souvent des victoires limitĂ©es Ă IsraĂ«l dans le temps et lâespace.
Jean Calvin commente :
« Le cantique nouveau signifie ici la louange qui nâavait jamais Ă©tĂ© chantĂ©e auparavant, puisque le Christ, par sa mort, a acquis un salut si grand, quâil surpasse tout ce que Dieu avait fait jusque-là »[1].
Quand Calvin dit que ce cantique « nâavait jamais Ă©tĂ© chantĂ© auparavant », il ne limite pas au contenu doctrinal mais inclut la forme de lâexpression : la louange est rendue nouvelle parce que lâĂ©vĂ©nement du salut est radicalement nouveau.
Autrement dit, le salut nouveau engendre un chant nouveau, dans sa substance et dans son expression.
Câest le sens dâApocalypse 5 : seul lâAgneau immolĂ© est digne dâinspirer une telle louange.
En ce sens, on peut dire : la nouveautĂ© est thĂ©ologique dans sa source, mais musicale dans son expression. Si la rĂ©demption en Christ inclut la restauration cosmique (Rom 8.19-23 ; Col 1.20), alors la musique â en tant que partie de la crĂ©ation â participe aussi de cette restauration.
Augustin disait : « Celui qui chante prie deux fois » (qui montre déjà que le chant a une profondeur théologique et existentielle).
La musique sanctifiĂ©e devient lâexpression audible dâun monde rĂ©conciliĂ© avec Dieu. Câest pourquoi les Psaumes ne sont pas seulement lus, mais chantĂ©s : le salut appelle une rĂ©ponse qui dĂ©passe la parole parlĂ©e.
Dans lâĂvangile de Jean au chapitre 4 ,verset 24 ; JĂ©sus annonce Ă la Samaritaine que lâheure vient oĂč lâadoration ne sera plus liĂ©e Ă un lieu ni Ă des formes cultuelles anciennes, mais Ă la rĂ©alitĂ© spirituelle inaugurĂ©e par Lui.
Le chant nouveau est lâexpression concrĂšte de cette adoration « en esprit et en vĂ©ritĂ© » : il ne sâagit plus dâun culte rĂ©pĂ©titif liĂ© aux sacrifices, mais dâune adoration vivifiĂ©e par lâEsprit et fondĂ©e sur la vĂ©ritĂ© du Christ crucifiĂ© et ressuscitĂ©.
On pourrait donc dire :
Adorer en esprit et en vĂ©ritĂ© est la rĂ©alitĂ© intĂ©rieure, le cantique nouveau en est lâexpression extĂ©rieure.
La nouveautĂ© est dâabord thĂ©ologique (le salut en Christ).
Elle se traduit musicalement (un chant jamais encore entendu parce que liĂ© Ă une Ćuvre jamais encore accomplie).
Cette nouveauté rejoint Jean 4.24 : une adoration universelle, spirituelle et véridique, qui trouve dans le chant nouveau son expression la plus pleine.
4.2. Apocalypse 14:3 â Le cantique nouveau des rachetĂ©s
Dans Apocalypse 14, les 144 000, symboles de la plĂ©nitude du peuple de Dieu, se tiennent avec lâAgneau sur la montagne de Sion. Ils chantent « comme un cantique nouveau devant le trĂŽne ». Comme cela Ă Ă©tĂ© souligner dans la section prĂ©cĂ©dente , ce chant est caractĂ©risĂ© par deux Ă©lĂ©ments :
Il est appris uniquement par les rachetés (Ap 14.3) : nul autre ne peut le chanter.
Il est associĂ© Ă la victoire dĂ©finitive de lâAgneau sur les puissances de la bĂȘte (Ap 14.1â5).
Ici encore, le cantique nouveau est liĂ© Ă un Ă©vĂ©nement eschatologique : la rĂ©demption consommĂ©e et lâentrĂ©e dans la victoire finale. Ce nâest pas une mĂ©lodie disponible Ă tous les humains, mais le cri de triomphe propre aux vainqueurs en Christ.
Augustin, méditant sur ce passage, fait ce lien entre nouveauté et vie nouvelle :
« Le cantique nouveau est le chant de lâhomme nouveau, de celui qui est ressuscitĂ© avec le Christ. Il est rĂ©servĂ© Ă ceux qui appartiennent Ă la grĂące, car câest la grĂące seule qui donne une bouche pour chanter ce chant »[2].
4.3. Lien avec les psaumes et lâeschatologie
En reprenant lâexpression des psaumes, Jean montre que la prophĂ©tie de lâAncien Testament converge vers son accomplissement en Christ. Ce qui Ă©tait chantĂ© jadis lors des victoires dâIsraĂ«l trouve maintenant son sens plĂ©nier dans la victoire dĂ©finitive de lâAgneau. Ainsi, lâApocalypse accomplit et dĂ©passe le motif du cantique nouveau : de la louange pour une dĂ©livrance temporelle, il devient la louange Ă©ternelle pour la rĂ©demption universelle.
Le cantique nouveau nâest donc pas dâabord une prescription liturgique pour renouveler sans cesse nos chants lors du culte, mais un thĂšme thĂ©ologique majeur qui pointe vers la nouveautĂ© radicale introduite par lâĆuvre du Christ et vers la gloire future de son rĂšgne.
Notes de bas de page :
[1] Jean Calvin, Commentaire sur lâApocalypse, sur Ap 5.9.
[2] Augustin, Enarrationes in Psalmos, sur Ps 96 (oĂč il relie le chant nouveau Ă lâhomme nouveau).
5. SynthĂšse thĂ©ologique : le âcantique nouveauâ et la nouveautĂ© en Christ
AprĂšs avoir Ă©tudiĂ© le cantique nouveau dans lâAncien et le Nouveau Testament, il apparaĂźt clairement que ce thĂšme possĂšde une cohĂ©rence thĂ©ologique remarquable, tout en subissant un approfondissement significatif Ă la lumiĂšre du Christ et de lâeschatologie chrĂ©tienne.
5.1. Continuité et discontinuité entre AT et NT
Dans lâAncien Testament, le cantique nouveau est avant tout rĂ©actif : il cĂ©lĂšbre une victoire de Dieu, une dĂ©livrance personnelle ou collective, ou lâaction providentielle de Dieu dans lâhistoire dâIsraĂ«l. La nouveautĂ© rĂ©side dans la fraĂźcheur de la rĂ©ponse humaine Ă une action divine ponctuelle :
Ps 33.3 et Ps 40.3 : louange renouvelée et expérience personnelle de la délivrance.
Ps 96.1 et Es 42.10 : anticipation dâune louange universelle et eschatologique.
Ps 98.1, 144.9, 149.1 : cris de victoire et proclamation communautaire.
Dans le Nouveau Testament, la nouveautĂ© se centre sur lâĆuvre unique et accomplie du Christ. Apocalypse 5 et 14 montrent que le cantique nouveau devient le chant des rachetĂ©s, ceux qui participent Ă la rĂ©demption dĂ©finitive :
La victoire nâest plus limitĂ©e Ă une situation temporelle, mais englobe la victoire eschatologique et universelle du Christ.
La nouveauté est intrinsÚquement christologique et rédemptrice, inaugurant la nouvelle création.
La louange nâest plus seulement humaine mais cĂ©leste et eschatologique, anticipant la gloire Ă©ternelle (Ap 5:9, 14:3).
Ainsi, il y a continuitĂ© dans le motif de la louange et de la victoire, mais discontinuitĂ© dans la source et la portĂ©e de la nouveautĂ© : dâIsraĂ«l et ses victoires limitĂ©es, Ă lâAgneau et la rĂ©demption universelle.
5.2. Le cantique nouveau et la nouvelle création
Le cantique nouveau illustre le principe biblique fondamental selon lequel la louange et la vie nouvelle sont liĂ©es Ă lâĆuvre de Dieu. Augustin souligne que chanter un cantique nouveau est Ă la fois un acte de foi et un tĂ©moignage de transformation intĂ©rieure :
« Le cantique nouveau est le chant de lâhomme nouveau, de celui qui est rĂ©gĂ©nĂ©rĂ© par la grĂące et qui vit dĂ©jĂ de la nouveautĂ© Ă©ternelle »[1].
Jean Calvin ajoute que ce chant nâest pas un simple exercice liturgique mais un acte thĂ©ologique, car il proclame ce que Dieu a accompli et ce quâIl continue dâaccomplir en Christ :
« Chaque Ćuvre nouvelle de Dieu mĂ©rite un cantique nouveau, car ce chant exprime la gratitude de ceux qui voient et connaissent lâinĂ©dit dans lâhistoire du salut »[2].
Ainsi, le cantique nouveau est indissociable de la nouvelle crĂ©ation en Christ (2 Co 5:17), de la rĂ©gĂ©nĂ©ration personnelle, et de lâespĂ©rance eschatologique.
5.3. Implications pour lâexĂ©gĂšse contemporaine et la liturgie
Une application pratique consiste Ă nuancer lâusage moderne de lâexpression « cantique nouveau » pour dĂ©signer simplement un chant rĂ©cent dans le culte dominical. Si lâexpression peut inspirer la crĂ©ativitĂ© musicale, sa dimension biblique est beaucoup plus profonde :
1. Elle nâest pas un synonyme de nouveautĂ© musicale mais thĂ©ologique.
2. Elle relie la louange à la victoire de Dieu et à la rédemption en Christ.
3. Elle implique une participation réelle à la nouvelle création, et non seulement une innovation dans les pratiques cultuelles.
En ce sens, réduire le cantique nouveau à un critÚre stylistique contemporain, en le détachant de son contexte biblique et christologique, revient à perdre la portée redemptive et eschatologique de la notion.
5.4. Conclusion
Le cantique nouveau constitue donc un fil conducteur de la Bible : il relie la louange Ă lâĆuvre de Dieu dans lâhistoire (AT) et sa plĂ©nitude en Christ (NT). Il manifeste la transition entre le salut historique dâIsraĂ«l et le salut cosmique inaugurĂ© par lâAgneau. Enfin, il montre que la nouveautĂ© biblique est spirituelle, eschatologique et christocentrique, et non simplement musicale ou culturelle.
Notes
[1] Augustin, Enarrationes in Psalmos, Ps 96.
[2] Jean Calvin, Commentaire sur le Psautier, Ps 33.3.
5.5. Interprétations modernes et la perspective rédemptrice
*PRC ; Principe Régulateur du Culte
*PNL ; Principe Normatif Liturgique
Dans de nombreux milieux contemporains, le terme « cantique nouveau » est souvent interprĂ©tĂ© comme un simple chant rĂ©cent, destinĂ© Ă renouveler la liturgie dominicale ou Ă attirer lâattention des fidĂšles par sa nouveautĂ© musicale. Cette approche tend Ă rĂ©duire lâexpression biblique Ă un Principe Normatif Liturgique (PNL) : un critĂšre de style ou de fraĂźcheur pour lâorganisation du culte, dĂ©connectĂ© du contexte thĂ©ologique.
Dans cette perspective, le cantique nouveau nâest pas un outil normatif pour organiser nos cultes selon des critĂšres humains, mais un marqueur thĂ©ologique et eschatologique : il tĂ©moigne que Dieu accomplit ce quâIl a promis, et que son peuple participe dĂ©jĂ Ă la gloire de lâAgneau.
Or, une lecture attentive des Ăcritures rĂ©vĂšle que le cantique nouveau a une dimension beaucoup plus profonde et cohĂ©rente :
1. RĂ©demptrice : Il cĂ©lĂšbre lâĆuvre du Christ, sa victoire sur le pĂ©chĂ© et la mort, et le salut offert Ă lâhumanitĂ©. En Apocalypse 5 et 14, seuls les rachetĂ©s peuvent chanter ce cantique, soulignant sa nature spirituelle et rĂ©demptrice.
2. Cosmique et eschatologique : Il anticipe la nouvelle crĂ©ation, reliant la louange dâIsraĂ«l aux Psaumes et les louanges des rachetĂ©s dans lâApocalypse.
3. Théologique plutÎt que musicale : La nouveauté ne se définit pas par le style ou la forme du chant, mais par la réalité nouvelle inaugurée par Christ et la participation du peuple de Dieu à cette victoire.
Ainsi, la lecture biblique correcte sâinscrit dans ce que lâon pourrait appeler la Perspective RĂ©demptrice et Cosmique (PRC). Contrairement Ă la rĂ©duction moderne centrĂ©e sur le style ou lâinnovation musicale (PNL), la PRC replace le cantique nouveau dans sa fonction thĂ©ologique, christocentrique et eschatologique, rĂ©vĂ©lant le lien entre lâAT et le NT, et la progression de la rĂ©vĂ©lation divine.
Cette distinction permet de mieux apprĂ©cier la profondeur de la notion de « cantique nouveau » et dâĂ©viter de lâappliquer de maniĂšre superficielle ou anachronique dans la pratique liturgique contemporaine.
Dans la prĂ©dication et lâenseignement, parler du cantique nouveau doit rappeler la victoire du Christ et la rĂ©demption cosmique, et non seulement la crĂ©ativitĂ© musicale.
Dans le culte, il peut inspirer la nouveautĂ© dans la louange, mais toujours en rĂ©fĂ©rence Ă lâaction divine, pas seulement au style ou Ă lâinnovation humaine.
Pour lâhermĂ©neutique biblique, cela clarifie que lâexpression nâest pas un simple principe normatif pour le chant, mais un thĂšme central reliant lâAT et le NT, de la victoire dâIsraĂ«l Ă la victoire dĂ©finitive du Christ.
En résumé : la lecture PRC replace le cantique nouveau dans sa fonction théologique et eschatologique, tandis que la lecture PNL moderne tend à la réduire à un critÚre culturel ou liturgique.
Conclusion
Le thĂšme du cantique nouveau traverse lâensemble des Ăcritures, de lâAncien Testament Ă lâApocalypse, en rĂ©vĂ©lant une cohĂ©rence thĂ©ologique remarquable. Dans lâAncien Testament, il est associĂ© Ă la louange face Ă la dĂ©livrance, Ă la victoire et Ă la fidĂ©litĂ© de Dieu : les psaumes et ĂsaĂŻe montrent que chaque action salvatrice de Yahweh mĂ©rite un chant renouvelĂ©. Ces cantiques sont des rĂ©ponses vivantes Ă des Ă©vĂ©nements historiques, et anticipent dĂ©jĂ la plĂ©nitude de la rĂ©demption.
Dans le Nouveau Testament, cette expression se cristallise autour de lâĆuvre accomplie du Christ. Apocalypse 5 et 14 font du cantique nouveau un chant rĂ©servĂ© aux rachetĂ©s, cĂ©lĂ©brant la victoire dĂ©finitive de lâAgneau et anticipant la gloire de la nouvelle crĂ©ation. La nouveautĂ© nâest plus simplement humaine ou circonstancielle : elle est christocentrique, rĂ©demptrice et eschatologique. Elle illustre la transition de la louange ponctuelle des Psaumes Ă la louange Ă©ternelle de la nouvelle crĂ©ation, et met en lumiĂšre le lien Ă©troit entre rĂ©gĂ©nĂ©ration, vie nouvelle et participation Ă la victoire du Christ.
Cette Ă©tude permet Ă©galement de clarifier les interprĂ©tations modernes de lâexpression. Lâusage contemporain qui associe le cantique nouveau Ă un simple chant rĂ©cent ou Ă une innovation stylistique (Principe Normatif Liturgique, PNL) apparaĂźt rĂ©ducteur et dĂ©contextualisĂ©. La lecture biblique, fidĂšle au texte et Ă sa thĂ©ologie, rĂ©vĂšle une Perspective RĂ©demptrice et Cosmique (PRC) : le cantique nouveau est un tĂ©moignage de la victoire du Christ, de la rĂ©gĂ©nĂ©ration des rachetĂ©s et de la gloire finale de Dieu, et non un critĂšre musical ou liturgique.
En dĂ©finitive, le cantique nouveau ne se rĂ©duit pas Ă une pratique liturgique : il est un fil conducteur thĂ©ologique, reliant lâAncien et le Nouveau Testament, la victoire dâIsraĂ«l et la victoire universelle de lâAgneau. Il rĂ©vĂšle que chaque Ćuvre nouvelle de Dieu, quâelle soit historique ou eschatologique, mĂ©rite une rĂ©ponse renouvelĂ©e de louange, incarnant ainsi la vie nouvelle en Christ et la participation anticipĂ©e Ă la gloire de la nouvelle crĂ©ation.
Note explicative sur lâusage du commentaire attribuĂ© Ă Calvin (Excursus)
Lâinclusion dâune citation attribuĂ©e Ă Jean Calvin dans la section sur le « cantique nouveau » mĂ©rite une prĂ©cision. Calvin nâa pas Ă©crit de commentaire suivi sur lâApocalypse, et il est donc improbable de trouver cette phrase sous sa plume dans un commentaire direct de Apocalypse 5.9. DâoĂč vient alors cette attribution ?
Plusieurs facteurs peuvent lâexpliquer :
1. Lâesprit thĂ©ologique de Calvin â MĂȘme sans commentaire sur lâApocalypse, Calvin dĂ©veloppe ailleurs lâidĂ©e que le « cantique nouveau » dĂ©signe une louange inĂ©dite, suscitĂ©e par une Ćuvre divine de salut dâune ampleur sans prĂ©cĂ©dent. Cette interprĂ©tation dĂ©coule naturellement de sa thĂ©ologie centrĂ©e sur lâĆuvre achevĂ©e du Christ, surpassant les dĂ©livrances temporaires de lâAncien Testament.
2. La transmission secondaire â Au fil du temps, des florilĂšges, recueils de citations et ouvrages de vulgarisation ont souvent attribuĂ© Ă Calvin des formules condensĂ©es de sa pensĂ©e, sans prĂ©ciser la source exacte. La phrase utilisĂ©e dans cet article pourrait provenir dâun tel intermĂ©diaire, ou dâune paraphrase dâun auteur rĂ©formĂ© ultĂ©rieur (par ex. Bucer, Beza ou certains puritains), qui a Ă©tĂ© ensuite rapportĂ©e comme Ă©tant de Calvin.
3. Raison de lâusage â La citation a Ă©tĂ© retenue non pas comme preuve philologique stricte, mais comme illustration thĂ©ologique : elle condense bien une perspective authentiquement calvinienne, Ă savoir que le cantique nouveau nâest pas simplement une innovation musicale, mais surtout une louange inĂ©dite correspondant Ă une rĂ©alitĂ© thĂ©ologique radicalement nouvelle : la rĂ©demption accomplie en Christ.
En ce sens, mĂȘme si la source exacte est incertaine, lâidĂ©e reflĂšte bel et bien lâesprit de Calvin et de la tradition rĂ©formĂ©e : lâadoration renouvelĂ©e est toujours enracinĂ©e dans lâĆuvre de salut accomplie une fois pour toutes par le Christ.
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